‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 147 sur 186 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

elle s'entoura de souvenirs de sa jeunesse, et orna plusieurs salons des tapisseries et des meubles de Pau, de Navarreins et de Vendôme. Elle faisait venir également les arbres et les plantes capables de résister au climat lorrain, et elle s'attacha plusieurs vieux serviteurs qui jusque-là l'avaient patiemment attendue en Béarn. Cette heure de calme, accordée h sa triste vie après tant d'agitations et d'épreuves, acheva de mettre en relief loute la grâce de son esprit et la tendresse de son cœur. Jamais ses amitiés ne furent aussi vives qu'à cette époque, jamais la tendre admiration que lui inspirait son frère, devenu pour elle un père et un confident après avoir été un juge si sévère, ne s'exprima avec plus de charme. Les lettres qu'elle écrivit alors présentent un récit fidèle et circonstancié de son existence à Nancy, de ses relations avec Henri IV, et de l'empire absolu qu'il exerçait sur elle. Elles sont ingénieuses, écrites d'un style vif et piquant, presque toujours égayées par un badinage et une plaisanterie de bon ton. On voit même que la princesse possédait, à un plus haut degré que son frère, ce que l'on apjKîlle

proprement de Tesprit; et lorsque enfin elle abordera les dernières épreuves de sa vie, nous reoonnattrons qu'il était difficile de cacher plus de sérieux sous autant d'enjouement. Parcourons cette correspondance, qui offre, sur les dernières années de la princesse, des détails plus intéressants que tous ceux qu'on pourrait trouver ailleurs.

(( Mon cher roy,

« Je ne veux faillir de vous rendre très-humbles grâces, par M. d'Attichy, des offres qu'il m'a faites de votre part ; je m'asseure, mon roy, que l'honneur que vous me témoignez me rendra toujours mieux traitée de J^nsîeur mon beaupré et de Monsieur mon mary ; il vous a toiyours plu me promettre que, lorsque vous seriez paisible et que je serois mariée^ vous me fériés ressentir les effets de votre bon naturel ; l'un et l'autre sont mainte^ nant, dont je loue Dieu et connois, par ce que m'a rapporté de votre part M* d'Âttichy, que vous voulés exécuter cette promesse.

J'en ay bon besoin, mon cher roy, étant bien fort en peine^ à cause des frais qu'il m'a falu faire

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k mes noces et pour mon voyage, de plus que les quarante mille écus qu'il vous avoît plu me donner, comme vous dira M, d'Attichy. La nécessité où je me trouve cette année, à cause de cela, me contraint de vous importuner, encore que Mon-* sieur mon beau-père m'assiste de ce qu*il peut ; mais. Monsieur, il est fort endetté, et ne pourroît pas continuer longtemps. Quant à ce que M. d'Attichy m'a dit aussy, touchant le partage qu'il vous plaît voulloir me donner, que votre volonté étoit que j'élusse quelqu'un pour regarder à ce qui m'appartient, ayez agréable, mon brave roy, l'élection que j'ay faite pour cet effet, m'asseurant d'avoir choisy une personne si capable que mes affaires n'en peuvent que réussir à mon avantage: c'est vous, mon cher et brave roy, que je prends pour mon avocat, mon arbitre et mon juge, et votre bon naturel pour me faire la part telle qu'il vous plaira ; car, quoi que vous me donniez avec votre bonne grâce, j'en seray plus contente que si j'avois plus par la dispute d'autre. Disposez donc de tout comme il vous plaira, et vous souvenez que tout ce que j'auray jamais, vous y aurez toujours

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plus do pouvoir que moi-mômo. Je suis à vous, tout ce que j'ay en sera toujours de môme; j*ai le mari que vous m avez choisi; faites-moi paroître que cette obéissance vous est agréable; je n'espère qu'en vous, mon roy, car vous seul me pouvez rendre heureuse ou bien misérable. Or, maintenant, puisque je vous prends pour mon avocat auprès de vous, gagnés la cause de votre petite sœur et très-humble servante et soyés assuré que tant que je vivrai vous n'aurez, entre toutes vos sujettes, une qui, avec plus d'honneur, de respect et d'obéissance, reçoive la lov de vos volontés que moy, qui vous baise cent mille fois, mon roy.

« Je vous supplie très-humblement de témoigner îi M. d'Attichy que vous avez le service qu'il m'a fait agréable, et vous souvenir de luy quand il se présentera quelque occasion pour S(m avancement.»

(( Mon cher roy,

(( Mérange vous contera comme tout va icy ; je ne m'arauseray donc à vous le dire par cette lettre, me remettant à luy; je vous diray seulement que je me porte fort bien, Dieu merci, et que je désire

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