CHAPITRE I
Le 4 juin 1572, elle rentrait à l'hôtel de Condé, épuisée par la fièvre et la fatigue ; la nuit se passait sans sommeil, et le lendemain, de violentes douleurs de poitrine, accompagnées d'oppression, se déclaraient. Effrayés par ces symptômes, ses médecins ordinaires appelèrent ceux de Charles IX, et ces nouveaux conseils n'obtinrent aucun succès. La plus vive consternation se répandit dans le parti huguenot; l'amiral de Coligny, le comte de Nassau et le chancelier de Navarre, prévenus à la hâte, ne quittèrent pas les appartements voisins de celui de la malade, dont ils recueillirent les dernières volontés.
Jeanne, se montrant sublime devant la mort comme devant les périls qui tant de fois avaient menacé son existence, n'exprima d'autre regret que celui de quitteF ses enfants. La destinée de' Catherine paraît avoir été surtout l'objet de sa plus vive sollicitude. Malade elle-même, la jeune princesse ignorait l'état désespéré de sa mère, et l'on parvint à lui cacher quelque temps le malheur qui la frappait. Ce fut madame de Tignonville qui reçut les adieux de la reine de Navarre h
«0 CATHERIW DE BOURBON.
safilla : « Dites-lui que sa mère mourante lui recommande de se montrer, dans son basAge, ferme et constante au service de Dieu { qu'elle le prie, qu'elle le serve, qu'elle soit soumise h son frère, aux kmwm vertueuses qui vont diriger ses pas au milieu de tant d'écueils ; qu'elle se dise sans cesse à elle-même, qu'en écoutant leurs sages avis, c'est moi-même qu'elle écoute. Rappelez-lui le passé, nos entretien^, les exemples de vertu et de constance dont elle a été témoin. Enfin dites-lui que je la remets en |a garde et la protei^n de Dieu qui la gardera et la protégera si elle le sert*. » « J'engage et je supplie mon fils, disait la reine de Navarre dans son testament, qu'elle fit dresser en présence de Tamiral de Coligny et du cardinal de Bourbon , à prendre sa sœur Catherine sous sa protection, à être son tuteur et son défens^ir, ^ lui servir après Dieu de père, à ne jamais admettre auprès d'elle d'autres femmes que la baronne de Tignonville, que mesdames de Vauî,
i. VauviUiers, fiéstoire <fe Jm^ne eTÀlèrft' Teat^^nt ^e Jeanne d'Albret, Portef. Fontanieu, 324, et mss. franc. 9é38, If provenu de Mesmes, Bib. nat.
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de FontrailJes, et mademoiselle du Perray, toutes de sa religian, et dont la m §r>ti$re ^t u^ exemple. Je lui défends d'pser jamais de sévérité envers elle ; je veux au contraire qu'il la traite avec douceur, avee bonté ; que surtout il la fasse élever en Béarn, et qu'elle n*en sorte que lorsqu'elle sera en âge d'être mariée avee un prince de son rang, de sa religion, et dont les mœurs soient telles, que les deux époux puissent en un bon et saint mariage vivre pareillement et saintement ensemble. »
Par un autre article, Jeanne d'Albret donnait à $a fille tous ses bijoux, tous ceux que le ppmte de Nassau avait engagés k Paris pour le compte du prince d'Orange et qu'elle avait ^•étirés pour le prix de 13,000 fr. Elle n'exceptait de sas dons que son grand collier engagé en Angleterre, et une pierre d'une beauté célèbre, appelée le rulns balais , qui devait rester dans la maison de Navarre. Elle exigeait que la princesse jouît pleinement de sa légitime, et terminait en suppliant le rpi^ la reine mère et les princes de protéger ses enfants, de leur permettre de pratiquer librement
leur religion, en demandant à la princesse Marguerite d'aimer Catherine comme sa sœur, eu déclarant le cardinal de Bourbon et Tamiral de Coligny ses exécuteurs testamentaires, et en leur recommandant, au nom du sang et de Tamitié, de servir de protecteurs, de pères à Henri et ?i Catherine, gages de ses plus chères affections et de ses regrets les plus amers *.
La reine de Navarre mourut le 9 juin 1572, assistée par les ministres Mallot, Merlin de Vaux et Espina, tandis que l'amiral de Coligny, penché sur sa main défaillante, pleurait la vaillante et noble amie dont l'exemple et les conseils avaient tant de fois éclairé sa conduite et ranimé son courage. Le cérémonial usité aux funérailles des personnes royales fut observé à l'égard de Jeanne avec autant d'exactitude que le permettait Taustère simplicité du culte qu'elle avait adopté. La
1. Ces détails, extraits de la pièce intitulée : Testament de la reine de Navarre, signé Gaudicher et Goguyer, notaires au Chatelet de Paris, ont été donnés par M"« Vauvilliers, dans son Histoire de Jeanne d'Albret, et par Miss Freer, dans The Life of Jeanne d^AlbreU