CHAPITRE Xr
iloit être ressentie de tous ceux qui fout inesnie profession que celle pour laquelle elle a eu tant à souffrir. »
La résistance de Catherine excita plusieurs fois l'impatience du roi. Lassé de son obstination, à la suite d'une scène orageuse pendant laquelle il avait employé vainement les raisonnements et les supplications, il s'unit au duc de Bar pour lui déclarer qu'elle compromettait le destin et la paix des États du duc son beau-père : « Hélas, répondit la duchesse, je sais bien que ma religion vous est préjudiciable ; laissez-moi donc retourner en Béarn, où du moins je n'importunerai personne et vivrai tranquille. » Puis, s'adressant au roi, elle reprit en pleurant : « Sire, ils veulent que je croye que notre mère est damnée ! » Henri, ému, se détourna pour cacher les larmes qui le gagnaient, et dit brusquement au duc de Bar :
(( C'en est assez, mon frère, je renonce ti la dompter. C'est à vous d'y essayer. »
Après son retour en Lorraine, la situation de la duchesse devint déplorable. On en jugera par la lettre qu'elle écrivit au roi le 28 novembre 1602.
:m CATllElUNE DE BOURDON.
(( Mon cher roy,
(( Si votre authorité auprès du pape, et les justes raisons qu'il a de mettre mon mari hors de peine, eussent produit les effets qu'elle devoit, je ne seroîs contrainte de vous importuner si souvent sur ce môme sujet, qui est maintenaut en tel état que je vois mon mary en un tel désespoir, se voyant plus éloigné que jamais d'avoir sa dispense; que s'il ne vous plaist avoir pitié de lui ou de moi, nous ne pouvons que vivre avec toutes sortes de misères, luy pour te trouble que cela apporte en son âme, moi, pour voir pâtir à mon occasion ce qui m'est plus cker que ma vie. Ne permettez donc, mon cher roy, que lui étant donnée de votre main, je sois le sujet de ses peines. Apportez votre autorité à son repos, qui n'est maintenant troublé que par vos anciens ennemis les Espagnols, comme vous pourrez savoir particulièrement par M. de ChampvaUoUi Voti'e bon naturel et votre promesse vous obligent à m'assister de cette cruelle peine oà je lai^uis avec la moitié de moi-même, et à soutenir mon
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