CHAPITRE II
fidèles amis et serviteurs. L'appartement de la jeune reine de Navarre fut envahi par les assassins; couverte du sang d'un fugitif qui s'était jeté sur son lit, elle s'enfuit, vit tuer un homme devant elle, et tomba sans connaissance sur le plancher. M. de Nançay, capitaine des gardes, la porta évanouie chez la duchesse de Lorraine.
Le massacre dura trois jours dans Paris, et Ton porte le nombre des victimes à quatre mille. Pendant ce temps, le roi et sa mère changèrent trois fois de résolution : ils firent d'abord répandre le bruit que les discordes entre les Guises et les ChAtillons avaient été la cause de ces violences. Puis ils expédièrent en secret des courriers pour commander aux gouverneurs des provinces d'exterminer les protestants. Enfin le roi tint en grande pompe un lit de justice, où, accusant Co- Hgny et ses partisans d'une conspiration, il déclara que rien ne s'était fait que par ses ordres.
Où était Catherine de Bourbon durant le massacre ? Dans quel réduit du Louvre écoutaitdle en frémissant le bruit du tocsin, les hurlements des assassins et les cris des victimes ? Ma-
crin était4l loin de son appartement quand il périt assassiné? Quels furent ses sentiments et ses frayeurs? Gomment cette enfent débile, encore afflftiblie par une maladie récente, à peine remise du chagrin causé par la perte d'une mère chérie, supportM-dle cette cruelle émotion? C'est ce que nous ne pouvons dire exactement. On voit seule** ment, dans les Mémoires contemporains, que son frère abjura pour elle durant la nuit terrible oft Charles IX exigea de Condé et de Henri leur ^umission è la foi catholique*. Il est certain auiteî qu'elle reçut du cardinal de Bourbon l'absolution
i. Sully ne nommfe pas Catherînfe dafts le récit qu'il Goutte Ûe cette scène et qu'il semble placer dans la nuit même de la Salnt-Barthélemy. « Deux heures avant le jour, dit-il, ils furent fesveiilés luy et le prince de Gottdé, par ^rand hôtebre d'archers de la garde, qui entrèrent effrontément dans leurs chambres, et leur firent commandement de par le roy de s'habiller et le venir trouver êans espées ; ce qu'ils furent con* traintâ de Mre ; et, en sortant de leurs chambres, virent percer de leurs gentilshommes de plusieurs coups de halebardes. Ayant esté présentez au roy Charles, il les rèceut avec un visage farouche et des yeux ardents de courroux ; et après plusieurs blasphèmes, injures et reproches de luy avoir fait la guerre, il leUr Commanda de quitter leur belle religion (jnMls avoient prise pour servir de prétexte à leur rébellion^ etc. » CEconomtes royales ou Mém, de Sully, t. I, p. 242.