CHAPITRE II
exigée, et signa la lettre adressée au saint-père * par son frère et son cousin. Ces faits établis, on peut seulement lire par la pensée au fond de rame indignée de la jeune fille, blessée profondément dans ses sentiments les plus respectés, et d'autant plus révoltée intérieurement qu'elle était condamnée à une soumission apparente.
En quelques mois, elle avait passé, de la vie la plus douce et la mieux entourée, à une solitude tourmentée par de cruels souvenirs. Après sa mère, elle avait encore à pleurer ses amis, ses maîtres et ses fidèles serviteurs. Madame de Téligny, veuve et orpheline, avait gagné la Suisse ; Jacqueline de Montbel ', la jeune et romanesque femme de Famiral de Coligny, s'était également
4. Grégoire XIII, Htigo Buotteompagno, tté en 1502. Célèbfe par la réformation du calendrier Julien. Il a donné son nom à celui qui est adopté aujourd'hui dans presque toute l'Europe. D publia le décret de Gratien, fonda le collège des langues orientales à Rome, et mourut en 1585.
2. Jacqueline de Montbel, comtesse d'Entremont; elle ftvftlt vonlu, disait-elle, en épousant le vieil amiral Coligny, devenir la Marcia d'un nouveau Oaton. EUle vécut dans l'exil depiïis la mort de Coligny, et finit par être accusée de sorcellerie imr la justice de Savoie. Son innocence venait d'être reconnue, quand elle mourut prisonnière, en 1594.
dérobée au supplice et à Tabjuration par un exil qui devait être éternel. Catherine regrettait dans ces nobles dames des amies tendres et dévouées, dont les soins auraient adouci ses chagrins et son isolement. Elle sembla s'affaisser sous le poids de tant d'épreuves ; son aimable enjouement, la confiance de son âge firent place à une tristesse profonde, à une de ces résignations muettes, plus effrayantes chei les enfants que les accès d'un bruyant désespoir. Henri de Navarre ne la voyait qu'à de rares intervalles et en présence de témoins ; le cardinal de Bourbon, son seul protecteur depuis la mort de Coligny, avait l'esprit trop faible et l'âme trop indifférente pour songer à la consoler \ et Marguerite de Valois, occupée de plaisirs et d'intrigues, n'avait aucun attrait pour une enfant que paraissait miner une insurmontable langueur '.
i . Voir la lettre de la princesse Catherine à M. de Saint- Geniès, Arch» des aff, étrangères^ France, n» m, fol. 43. '^ «-'2« Il semble pourtant qu'on ait eu la pensée, à cette époque, âe Idéaliser le projet autrefois formé par Henri II et Antoine de Bonrbon, de marier Catherine au duc d'Alençon. Elle-même Tatteste dans les termes suivants : « On me proposa estant encore fort jeune, PmnçoÎH, duc d'Alençon, lors troisième fils de
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