CHAPITRE II
il sembla se noyer dans les plaisirs et dans les séductions qui se multipliaient li dessein autour de lui. L'attitude de sa sœur est moins connue ; il semble que Catherine de Médicis, satisfaite de l'avoir écartée du trône, Tait oubliée et négligée. On ne voit point figurer la sœur du roi de Navarre dans les fêtes dont la cour des Valois fut si prodigue h cette époque. Isolée comme elle Tétait au milieu des intrigues, des galanteries et des conspirations, il est impossible de savoir avec certitude si la sœur avait avec son frère des communications secrètes, si Henri prescrivait à Catherine un plan de conduite analogue au sien, s'ils entretenaient quelque espérance de s'éloigner ensemble, et si la princesse fut instruite du projet de fuite qu'il parvint à réaliser en 1576. L'extrême affection qui les unissait dès lors peut faire croire à cette dernière supposition, qui nous conduit à l'époque de leur commune délivrance.
La reine mère, profitant des loisirs de la trêve de Champigny, s'efforçait d'absorber Henri dans les plaisirs et d'éteindre en lui sa première énergie. Cependant il ne tarda pas à déjouer ses pro-
jets. Le 1" février 1576, Henri s'échaf^ de Saint-Germain pendant une partie de chasse, et gagna son gouvernement de Guyenne. Bientôt il sut imposer des conditions à ses ennemis, dominer ses rivaux sans les éloigner de sa cause, et rendre ses forces et son nom redoutables. Cet événement ouvrit à Catherine de Bourbon les portes du Louvre, Peu de semaines après le départ d'Henri, M. de Fervaques fut envoyé pour demander la liberté de la princesse de Navarre au nom de son frère*. On l'accorda au mois de mai 1576, et Henri HI publia en même temps un édit de pacification par lequel les protestants reçurent huit places de sûreté et la promesse d'une réunion des États-Généraux avant six mois. Henri ni et sa mère revenaient au système qui avait été
1. « La paix se fit trois ou quatre mois après, et suivistes le roy de Navarre, lequel fit lors, estant à Touars, nouvelles protestations de vivre dans la religion que l'on luy avoit fait quitter par force à la SMnct-Barthelemy ; d'où il fit partir Farvaques pour aller à la cour redemander Madame sa sœur (avec lequel vous fu8tes,pource qu'il estoitfbrt de vos amys); laquelle, dès la première ou seconde journée, au partir de Paris, se deselani de la religion ; et vous aussi fustes au presche à, Ciiâteaudun avec elle, et plusieurs autres qui avoient changé an massacre. » {Mém. de Sully, 1. 1, p. 264, coll. Petifot.)