CHAPITRE n. 5Ô
rite pour ne pas le laisser nous la révéler luimême :
« Madame, sœur du roy de Navari;e, conu^ença à me faire bon visage : c'estoit une chrestieUine princesse, quit avoit lors Mad9jpa,e de Tignonville pour gQuvernante, qui estoit une femme ai^tèr^ méfiante, qui a,voit un continuel i^egard sur sa maistresse, et ne souffiroit n'y enduroit rien de mgl. Madame et moy parlions souvent eiïsemble, do façon, qu'elle commença de prendre de la con^uc^ eix moy, qui, V^norois fort, ayant ceste princ^se de fort belles qualités, estant jeune et agréable, chantant des mieux, jouant fort joliment (jlu luth) faisant quelques rimes, de sorte que luy rendant rijLonueur çpie je lui devois, elle me disoit familièrçip^t ses conceptions Qt moi les miennes. Je m luy pajrloiis jamais que daœ sa chambre eti devant tout te monde ; de sorte que n'y ayant là personne qui me précédast, U sembloit qu'elle suiyistplifâtOfr la coutume d'entretenir les plus grands, que par un choix elle m'entretint. Cela a d^ré longt,Qmpa, bijdn l'espace de quatre ou cinq ans, et finit ainsi que vous l'entendrez. Le roy son frère ne désar
gréoit pas cela, n'y voyant rien de mal séant, et jugeant que ce m'estoît un moyen de me retenir davantage à luy que la conversation honneste et vertueuse de sa sœur avec moy. »
L'indiscret d'Aubigné ajoute que Turenne aspirait à un autre honneur que celui de causer fami-' lièrement avec la princesse de Navarre. Henri le laissa, peut-être à dessein, quelque temps dans le doute à cet égard ; c'était l'un des moyens les plus sûrs de l'attacher à son parti. On sait que, dans la suite, il épousa Charlotte de la Marck et, après elle, Elisabeth de Nassau, qui le rendit père du célèbre Turenne.
Mornay avait embrassé la cause du roi de )Savarre en même temps que Turenne ; mais ses vingts^t ans, son caractère austère et la régularité de sa vie privée le rendaient sinon le modèle, du moins le doyen de la jeune cour de Béarn. Né en 1549, il avait été destiné à l'état ecclésiastique; l'exemple de sa mère, les conseils de plusieurs docteurs calvinistes l'entraînèrent vers la Réforme. Il en adopta les principes dans toute leur rigidité primitive et devint bientôt le plus ardent de ses