CHAPITRE m
huit personnes. On levait le pont-levis tant que durait la c^ébration du saint sacrifice. Le jour de la Pentecôte 1579, plusieurs Béarnais catholiques s'introduisirent, à l'aide d'un dô^isement, dans la petite chapelle où ils priaient paisiblement, quand un e^ion dénonça leur présence à Le Pin, secrétaire du roi de Navarre. Sans aucune forme de procès, Le Pin fit maltraiter les intrus devant Marguerite, et les envoya dans les prisons du château. L'indignation du secrétaire ne résista cependant pas à l'offre d'une forte somme promise par les prisonniers. Ceux-ci ne pouvaient cependant recouvrer leur liberté sans un ordre du Parlement. La colère de la reine aggrava, encore cette fâcheuse affaire, et Henri trancha la difficulté en transportant la cour à Nérac, oti l'on demeura quatre ou cinq ans. Catherine, hors du manoir paternel, se montrait beaucoup plus accommodante, et Nérac devint bientôt célèbre par le charme et l'élégance de la société qui s'y réunissait. Marguerite était de ces flAnmes qui savent communiquer à ce qui les entoure quelque chose de la poésie de leur imagination et de la délica-
têsee de leurs babitudes. Le vieus: ch&teau prit sous ses ordres une apparenoe de fête et de jâu*nesse. Un parterre s'étala deveait les fenêtres, et des allées de lauriers^roses deesinèrent au loin les bords de la rivière qui serpentait au milieu des prairies* Une chapelle catholique sortit de ces booagesinaprovisés ; la reine y entendait la messe, pendant que sa belle-sœur allait au prêche. Aux troubles précédents avait succédé une douce harmonie entre deux croyances qui se partageaient cette petite cour, comme elles partageaient alors l'Europe entière. Le latin, la musique et la poésie occupaient les matinées des princesses ; des bals et de longues promenades, le reste de la journée. Rien de plus brillant que le récit de ces cavalcades où les jeunes seigneurs de la cour se disputaient l'honneur d'accompagner Catherine et de caracoler autour de la litière de Marguerite. Et quelle litière! C'était celle du voyage de Flandre, « faite à piliers de velours incarnadin d'Espagne, en broderie d'or et de soie nuée à devises, toute vitrée, et ayant à la doublure ou aux vitres quarante devises toutes diflférentes,
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av^ des mots @b espagiK)! et en italien sup le sol^l et ses effets \ »' Toutes les demoiselles d'honBeur suivaient à cheral. M. de Turenne avait le privilège ©sdnsif d'entretenir la reine à sa poftière, tandis « qne les vingt-cinq gentilsheinmes de la Tonr^d' Auvergne, vêtus de easaqfoes êm velours orange^ avec forée passements d'aflPgent et tes armes dorées par bandes, » Tescortaie&t k qnelcpie distance* Lorsque ce cortège étnicelattt d'or, de pourpre et de cfinquant travw^sait les campagnes de l'Agenois et brillait sous l'écki du soleil méridionrf, le peuple ^Usui croyait voir apparaître llrgèl^ et Mékisine dans toute l«up pompe fantastique.
Le temps s'écouhit ainsi, dit Marguerite, dans ses charmants Mémoires, « en fêtes, en conversation» et en plaisirs honnestes, et ma cour de Nérac, en fS79, était si belle et si plaisante^ que nous n'enviions pas celle de France, y ayant Madame la princesse de Navarre , ma sœur *. »
i. ifém. de Margmrit€ de Valois, t. M, p. 424-125. Liège 2. Mém» de Margueriie de Valois^ t. III; p. 187.
Mais les personnages principaux de cette illustre réunion conservaient oette fois leurs ambi-** *:^«« ^^iu:^„3g^ gj uç gg laissaient pas absorber rs comme à Tépoque du traité de veillait sur son armée, et profitait ur augmenter ses forces et rétablir nances. Marguerite entretenait une ;e avec le duc d'Alençon, et emjiloyait secrètement son influence sur les seigneurs calvinistes pour les engager à le suivre en Flandre. Elle songeait également à n^ocier le mariage de ce frère trop aimé avec la reine Elisabeth, et elle parvenait à lui assurer l'appui d'un grand nombre de huguenots. Turenne était l'heureux confident de ces projets : tous deux conspiraient de la meilleure amitié du monde, dans une maison isolée, près du Mas d'Agenais, oîi Marguerite se rendait régulièrement. La cour se taisait discrètement sur ces entrevues, auxquelles on donnait un motif tout étranger à la politique.
Mais Turenne était trop favorisé pour ne pas avoir de jaloux. De mauvais propos circulèrent^