CHAPITRE III
pour la jeune princesse, et à ses sentiments de zélé calviniste. Jacques était appelé à régner sur l'Angleterre : il était allié de près à la reine Elisabeth, seule souveraine dont le pouvoir indépendant et ferme fût en opposition ouverte avec la maison d'Autriche, ennemie acharnée de la Réforme. Momay , dans sa pieuse ferveur , croyait préserver Catherine de l'influence catholique en la donnant à un prince élevé dans les sévères doctrines du puritanisme écossais. Enfin ce mariage devait être une des premières conditions de la ligue que méditaient Henri et ses conseillers entre la reine d'Angleterre et les princes protestants d'Allemagne **
Cette ligue, sorte de contre-partie de celle de France, était la réalisation d'une idée fort antérieure à Tépoque dont nous parlons. Turenne l'avait conçue le premier après le siège de La Ro-
i . Instructions originales, signées Henri et Catherine, données aux ambassadeurs qu'ils envoient vers la reine d'Angleterre, curieuses pour l'article du commerce. Archives de l'Empire, K, 101, no 17. Le n» 26 de la même liasse renferme une proenration donnée, le i" juin 1581, par Catherine ail sieur du Plessis, conjointement avec le roi de Navarre, son frère.
chelle. Condé et Montmorency avaient tenté de l'exécuter après les États de Blois en 1S76 ; mais les circonstances et l'absence des négociateurs y avaient mis obstacle. Henri craignait l'ambition du vicomte de Turenne, et ne pouvait d'ailleurs lui confier une mission aussi délicate et aussi importante. Elle fut réservée au surintendant de la maison du roi, Jacques de Ségur Pardaillan \ homme dont nous connaissons si bien l'incorruptible fidélité, disait de lui Henri, le zèle pour nos affaires et pour celles des églises, que nous l'avons établi surintendant de notre maison et chef de notre conseil privé *. »
Plus modeste et moins passionné que Mornay, Ségur unissait une distinction réelle, un mérite
1. Jacques-François de Ségur, appelé souvent Ségur Pardaillan, seigneur de Sainte- Aulaye, Montazeau, etc., fils de Pierre de Ségur et de Catherine de Pellagrue. Nommé, le 14 août 1576, gentilhomme de la chambre du roi de Navarre, il devint surintendant de ses maisons, afTaii'es et finances et chef de son conseil^ fut gouverneur de Sainte-Foi, en Agenais ; puis, en 1593, capiteine de cinquante lances des ordonnances. H vivait encore en 1605. A l'exemple de Mornay, il avait refusé d'abjurer le protestantisme, et s'était retiré de la cour.
2. Lettre à l'Électeur de Saxe. HenrinNavarri régis Epistol», rtrecht, 1679; in- 12, p. 170.