CHAPITRE I
pour la religion calviniste, vers laquelle son âme inclinait depuis longtemps. Elle y était disposée par une austérité naturelle, un goût particulier pour les études abstraites, plus encore par la nécessité d'échapper à la domination espagnole et aux intrigues de Catherine de Médicis. En 1563, elle embrassa le calvinisme avec ses enfants dans une cérémonie publique et reçut la cène selon le rit de Genève. A cet acte succédèrent des mesures intolérantes et cruelles. L'assistance à la sainte messe et aux processions fut interdite aux Béarnais catholiques sous peine de mort ; les biens ecclésiastiques furent confisqués, les autels démolis, les images pieuses et les statues dee saints lacérées et détruites. Dès lors, les révoltes, les conspirations, tous les désordres de la guerre civile affligèrent la Navarre, où la liberté, la vie même de Jeanne et de ses enfants furent presque constamment menacées. Une conduite courageuse mais inhabile, un zèle trop intolérant, la privaient de l'appui de ses protecteurs naturels, et motivaient jusqu'à un certain point l'inimitié dtn Guises et la froideur du cardinal de Bourbon.
Il n'entre pas dans notre sujet de raconter ces troubles ; mais nous devons rappeler ici un complot dont la princesse Catherine fut bien près d'être une des victimes, puisque Tobjet de la conspiration ourdie par les Guises et l'Espagne était de s'emparer de Jeanne d'Albret et de ses enfants, de conduire la reine en Espagne et de la livrer à Tinquisition. Henri et Catherine devaient être enfermés séparément dans des forteresses, la Navarre eût été envahie par les troupes castillanes, et le Béam offert à Charles IX pour être annexé à la France. Les moyens d'exécuter ce plan se préparaient activement, lorsqu'un hasard providentiel en révéla le danger, et fit de la jeune reine d'Espagne la protectrice de la reine de Navarre.
Étrangère à la politique de Philippe II, Elisabeth de Valois, reine d'Espagne, vivait paisiblement dans le palais de Madrid, partageant son cœur modeste entre l'amour maternel et l'exercice d'une charité tout évangélique. Secondée dans ses soins bienfaisants par l'abbé de Saint- Étienne son aumônier, elle employait encore ses