CHAPITRE IV
Malgré rintervention du maréchal de Matignon, la guerre de TAgenais dura près de deux ans. La reine, retirée à Agen, 9e couvrit de ridicule en donnant à son amie, madame de Duras, une di« gnîté équivalente à celle de premier ministre. Le peuple, accablé d'impôts, réclama l'assistance de Henri III et se révolta. Le maréchal de Matignon marcha sur Agen, d'où la reine et madame de Duras s'échappèrent à la hâte. Un cavalier prit la reine en croupe; elle fit ainsi plus de douge lieues, et finit par être arrêtée par M. de Canillac, qui se saisit d'elle au nom du roi et la conduisit au diâteau d'Usson en Auvergne, où nous la laisserons écrire ses Mémoires pour charmer l'ennui de sa captivité.
La conduite courageuse et dévouée de la jeune sœur du roi présentait alors un frappant contraste avec les désordres de Marguerite. Constamment occupée des intérêts de Henri, elle agissait avec une modération judicieuse et ferme, .qui mérita souvent les éloges du roi, et lui fut précieuse dans maintes occasions. Les principales ressources militaires lui étaient confiées, car le fort, de Na-
varreins, dépôt des armes et des munitions, appartenait au Béarn. En même temps, pour subvenir aux dépenses de la guerre, elle engageait ses meubles et abandonnait à son frère ses revenus et ses pensions. Dans ces moments de détresse, Henri, réduit aux expédients, alla jusqu'à mettre en gage ses joyaux et ceux de sa sœur*. Un sieur Jean-Baptiste Rota, se disant citoyen grison, prêta 3,000 écus d'or au coin de France. Théodore de Bèze fut l'intermédiaire de cette affaire, et il reçut en dépôt, pour la garantie de la somme prêtée, les bijoux suivants, qui donneront une idée de l'écrin de la princesse béarnaise : « un grand . saphir de couleur d'Orient, hors d'œuvre, taillé en table à huit pentes, le dessous en degré ; une grande bague, où il y a un grand diamant et quatre rubis à mettre au chapeau; une grande table de diamant, garnie de quatre rubis en table, et une pièce à chatons *. » Les dames
1. Lettre du 8 octobre 1579. — Idem du 5 octobre 1586. — Idem du 13 août 1590.
2. Arch. de l'Empire, sect. Bord., Cb. des comptes. Mém. à l'an 1593. Ces bijoux furent réclamés en 1591, comme étant la propriété de Madame, sœur du roi.