CHAPITRE V
célèbre par sa vaillance et par ses succès à la cour de France. Esprit fin et cultivé, cœur intrépide, aimant la gloire comme un Bourbon, l'intrigue comme un Valois, les arts comme un Médicis, il résumait en lui les qualités, les séductions, mais aussi les vices des grandes races contemporaines. Son caractère et sa conduite étaient agités, souvent inexplicables; on reconnaissait en lui un enfant de ces époques terribles, où selon la remarque de Montaigne, ce la nature humaine es/ A-* secouée dans tous les sens. » Frère catholique d'un prince huguenot, ami de Henri III et des Guises, proche parent du roi de Navarre, il avait des liens dans tous les partis; il s'associait à leurs passions, partageait leurs dangers et leurs triomphes, et passait de l'un à l'autre avec une légèreté telle, que l'Estoile, dans son judicieux journal, l'appelle, non sans raison, le Protée de son temps.
Une fortune beaucoup plus considérable que celle de ses frères assurait son indépendance. Il l'employait libéralement, et son hôtel à Paris était célèbre par le grand nombre d'objets d'art qu'il
y réunissait à grands frais. La reine mère y résidait souvent. Elle aimait à retrouver dans cette splendide demeure les gloires artistiques de l'Italie et les trophées de la Renaissance. A Nogent et à Blandy, le prince exerçait une hospitalité fastueuse. Passionné pour tous les plaisirs, il (excellait dans les exercices du corps les plus difficiles, brillait dans les conversations les plus intelligentes, et portait avec une grâce et une noblesse incomparables le costume éblouissant de cette époque. Les femmes avaient pour lui une préférence que justifiaient son esprit, son élégance et »on âge. Indulgentes pour sa légèreté, enthousiastes pour ses succès, elles subissaient toutes l'influence de ce charme dont la nature l'avait doué. Le roi de France lui témoignait une affection particulière; et le peuple, qui se plaisait alors, dans son ignorante misère, à entourer d'un merveilleux prestige ceux qui l'opprimaient, le croyait en rapport avec le monde invisible. Les désordres de sa vie privée, les scènes étranges dont les souterrains de Nogent et les tours de Blandy étaient, disait-on, le théâtre, au lieu de