CHAPITRE V
Navarre et au comte de Soissons, augmentèrent leur brouillerie. Leur rivalité devint plus évidente. Le prince voulait retourner à la cour ; il semblait se flatter d'y retrouver la faveur dont il avait joui, et remplacer peut-être le duc d'Épernon. De son côté, le roi de Navarre, songeant à négocier avec Henri III, et à profiter de la nouvelle situation du trône pour s'en rapporocher plus facilement, chargeait Sully, qu'il envoyait à Mantes, de proposer au roi l'appui de ses armes, dans le but de l'aider à reprendre sa capitale. A cette nouvelle, le comte de Soissons, irrité de ne pas avoir reçu cette mission qu'il avait convoitée, éclata en reproches amers et violents contre Henri : il l'accusa de l'avoir trompé dès le commencement de leur alliance, de n'avoir eu d'autre pensée, en lui proposant Catherine, que de briser son avenir politique et de détruire son influence à la cour. Il lui prodigua les plus cruelles invectives, les insultes les plus sanglantes, et jura qu'il obtiendrait, en dépit du roi, la main de sa sœur qu'il lui refusait. Mauvaises paroles, dit Sully, qui amenèrent une rupture plus éclatante que
toutes les scènes qui avaient eu lieu précédemment. Le comte de Soissons partit ensuite pour Mantes, « lassant Sully le long des chemins de son mécontentement, de son amour et de ses projets de vengeance ^ »
Après cet événement, le roi de Navarre paraît avoir instruit sa sœur du départ du comte de Soissons et des causes de son éloignement. Il ne semble pas néanmoins qu'il lui ait ôté tout espoir de réconciliation; mais il envoyait en même temps La Burthe en Béarn pour remettre à là princesse la lettre de Jacques VI, et la préparer à recevoir favorablement l'envoyé écossais Melvil, muni d'instructions particulières. La princesse l'accueillit avec froideur, ajourna sa réponse, et donna pour cause à son hésitation une santé qui lui faisait redouter la rigueur du climat de l'Ecosse. Après de longs pourparlers entre Mornay et Buzanval, envoyé de Navarre à Londres, la négociation fut rompue, et Jacques épousa l'année suivante la princesse Anne, fille de Frédéric II, roi de Danemarck.