CHAPITRE V
Cependant le voyage du comte de Soissons à la cour de Henri III s'était terminé sans satisfaction pour lui. Le roi Tavait reçu froidement, ne pou* vaut lui pardonner la part qu'il avait prise à la bataille où Joyeuse avait succombé. Une mission militaire en Bretagne lui avait été seulement accordée. Il s'en acquitta avec une imprudence dont les suites lui furent fatales. Arrêté par les ligueurs avec le comte d'Avaugour, il fut envoyé à Nantes et y resta plusieurs mois prisonnier. Sa captivité servait admirablement les intentions du roi de Navarre, qui, grâce aux ligueurs, se voyait délivré pour quelque temps d'un ennemi dont 1^ intrigues et Tirritation l'inquiétaient avec raison. Il se flatta que cette absence effacerait son souve^ nir du cœur de Catherine. Mais la princesse, trop soumise à son frère pour oser braver son autorité, était trop constante aussi pour sacrifier son affection et manquer aux engagements que son cœur avait pris.
'Patiente et discrète, elle attendit, ne cessant ni d'espérer le retour de son fiancé, ni de prier pour lui. <( J'ai su, écrivait-elle dans la joie
qu'elle éprouva en apprenant son évasion \ que mon cousin, le comte de Soissons, s'était sauvé de sa prison par un merveilleux moyen, car il en a été tiré dans une corbeille. Dieu a montré en sa délivrance un effet admirable de sa providence. Je le prie qu'il lui fasse encore cette grâce qu'il ne soit ingrat, envers sa divine bonté, d'un si excellent bénéfice*. »
Une des dames de la princesse, appelée à jouer un rôle important dans ce grand drame de la vie de Catherine, et dont l'attachement n'était pas le seul mobile, servait de confidente aux deux amants et s'était chargée de leur correspondance. C'est par elle que le comte de Soissons apprit, dans sa prison de Nantes, que la princesse avait refusé pour lui la couronne qui lui était offerte par l'héritier des Stuarts et le futur successeur des Tudor.
1. « 11 se mit âans un panier dans lequel on lui apportait à manger ; les domestiques remportèrent hors du château au travers des gardes, qui crurent que c'était la desserte qu'on enlevait. » (De Thou, Htst. univ,, t. X, 1. 96, p. 659. Londres, 1734).
2. Lettre de Catherine à M. de Gontaut. Arch. des aff. étrang., corresp. diplom., France, n» XIX, vol. intit. Lettres écrites de la mam du rot Henri IV, etc., fol. IT.