CHAPITRE V
Cependant les États de Blois s'étaient ouverts avec éclat. La majorité, dévouée au duc de Guise, abreuva le roi d'humiliations, et ne craignit pas de proclamer en quelque sorte la souveraineté du peuple. Henri III, par sa résignation passive, semblait accepter ou encourager cette rébellion ; mais sa conduite s'accordait trop peu avec son caractère pour ne pas inspirer de l'inquiétude. L'événement justifia les appréhensions. Le 23 dé- JoSS cembre, Henri HI, par un sanglant coup d'État, vengeait son autorité menacée jusqu'aux dernières limites, et croyait écraser la Ligue en assassinant- ses rois. Ne sachant pas profiter de la consternation que produisit d'abord cette terrible exécution, il laissa l'opposition se redresser plus furieuse et plus imposante. Mayenne fut nommé successeur de ses frères; le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, se joignit à lui ; Lyon suivit son exemple, et presque tous les parlements de province furent contraints d'embrasser le parti de la révolte.
Mayenne, chef de la Ligue, possédait la bravoure du duc de Guise ; sa politique moins ex-
clusive, son caractère plus sage, lui assuraient des succès plus solides. Il plaisait aux Parisiens par son nom, au clergé par sa dévotion, et à la magistrature par sa douceur et sa modération. Henri III crut pouvoir le désarmer par des offres brillantes qui furent méprisées. Voyant l'inutilité de ses efiTorts, il se décida à se réunir au roi de Navarre. L'entrevue des deux princes eut lieu au Plessis-lès-Tours, le 30 avril 1589. Deux mois suffirent à Henri de Navarre pour reformer Tarmée. A la fin de juillet, quarante mille combattants étaient réunis ; le siège de Paris, que défendait Mayenne, allait commencer. Le roi de Navarre, retiré àMeudon, tenait Vanves et Charenton avec ses troupes, et Henri III occupait Saint-Cloud. C'est là que, le 1" août 1589, il succomba victime du fanatisme de Jacques Clément, et que Tantique prédiction qui promettait à la maison de Bourbon la plus glorieuse couronne du monde, s'accomplit au milieu des convulsions de la guerre civile et religieuse. Il ne restait plus des Valois qu'une princesse prisonnière, oubliée dans les murs d'une forteresse d'Auvergne.