CHAPITRE V. j
chement au peuple, à la noblesse et au pays qu'elle était fière et jalouse de conserver à son frère. C'est une existence à laquelle les mœurs naïves et la beauté de la contrée prêtent leur channe, et l'antique splendeur du château de Pau sa majesté. On comprend qu'elle l'ait plus d'une fois regretté au Louvre et à Nancy, et que son esprit doux et rêveur l'ait constamment ramenée vers sa résidence chérie.
Le château de Pau, bâti, dit-on, au dixième siècle par les vicomtes de Béarn, conservait, à l'époque où régnait la sœur de Henri IV, son caractère de forteresse du moyen âge, et Catherine aurait pu braver quelque temps dans ses vieux remparts les attaques de l'Espagne et des ligueurs. Du côté oriental, il était protégé par des fossés profonds et par le flanc de sa principale tour; du côté du nord et de l'ouest, par une enceinte de murs et par les eaux du Hédas ; du côté du nord, des escarpements naturels, baignés par une dérivation du Gave, rendaient la place inaccessible. De sombres restes de la barbarie du moyen âge l'animaient encore. Chacune de ses totu^ avait sa légende, sa
prison, ses fantômes et ses sanglants souvenirs. Les instruments de torture se dressaient encore dans les cachots, et on assurait qu'un souterrain immense s'étendait jusqu'à une ville éloignée, pour faciliter dans un cas désespéré la fuite de la garnison.
L'intérieur de ce château répondait à son pittoresque aspect. Les appartements, où Tesprit se plaît à évoquer avec le souvenir de la régente,.sa %ure austère^ mais remplie de poésie et d'originalité, étaient décorés dans le goût de la renaissance, avec ce hixe prodigue longtemps conservé dans 1^ maisons flamandes^ Retracer ces chambres antiq^ces, d'après les anciens inventaires, c'est cher» cher à rqfaroduire un tableau de Rembrandt ou de Gérard Dow- Des peintures remarquables, de magnifiques tapisseries les ornaient* Les verreries d'Italie, les feiïences de Palissy, les majoliques d'Uri>ino brillaient sur les dressoirs de noyer; Lef annes floreiïtines de l'époque de Charies YIII et^ les dagues de Tolède étincelaient ea trophées sur les panneaux des galeries; les guipures en point de Yenise et en toile de Frise voilaient de