‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 71 sur 186 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

leurs délicats réseaux les lits de damas, de velours et de satin des Indes. La bibliothèque, dont l'intéressant catalogue existe encore en partie, était Tune des plus curieuses de ces anciens temps. Dans une pièce appelée le cabinet du roi, dix coffres antiques, portant les noms d'Abraham, de Moïse, de David, de Salomon, de Lazare et de saint Jean, renfermaient le trésor du château, c'est^-dire une profusion de bijoux et d'objets d'art dont l'énumération serait trop longue à donner ici*. Presque tous ces appartements s'o«vraient sur une terrasse, de laquelle Catherine pouvait contempler le Gave avec ses eaux limpides et ses lointains murmures, les vallées de Gan et de Lestelle, les coteaux de Jurançon et de Gélos, tantôt resplendissants de soleil, tantôt noyés dans les brumes vaporeuses qui tombaient des Pyrénées avec les derniers feux du jour et tes premières ombres eu soir. De cette terrasse, qui dominait des bouquets d'arbres dont les cimes y jetaient leurs parfums et leurs chants d'oiseaux, on descendait dans C0&

1. La. plupart de ces détails sont dus aux savants ouvrages de M. de Lagrèze sur le château de Pau.

jardins tant aimés d'Henri et de Catherine, dont Tentretien coûtait plus de cinq mille écus par an. Là, se voyaient les berceaux de feuillage dont parle Auguste de Thou dans ses Mémoires, et les vergers célèbres qui ont donné à la France septentrionale tant de précieux produits. Dans les terres attenantes, coupées de bois, de champs et de prairies, qui dépassaient une étendue équivalente à trente-sept hectares, la régente récoltait le blé qui devenait le pain délicat pétri par sa jolie boulangère Picotine; puis, les muscats, les melons, les figues et les presegs ou pêches réservés à sa table; tandis que les troupeaux destinés à l'approvisionnement du château s'engraissaient dans les pâturages, sans se laisser distraire par les nuées de cailles et de perdreaux qui venaient à l'automne payer leur tribut aux cuisines, dont le célèbre La Varenne avait été longtemps le maître.

On connaît le caractère des anciens Béarnais par les lois que leur avaient données leurs souverains et par leur civilisation avancée. Comme toute nation ancienne et intelliggite qui respecte son passé et qui a foî dans son avenir, ils étaient jaloux de

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