CHAPITRE V
de plus de dix mille hommes de pied, de quinze cents hommes de cavalerie légère ou d'arquebusiers à cheval, ne pénétrât en France par la Navarre, pour essayer de rejoindre Tarmée du duc de Parme, de troubler ainsi les plans de Henri IV, et d'amener peut-être l'entier envahissement de la France, également attaquée au sud et au nord *. Ces appréhensions ne se réalisèrent pas; leur cause même permit à la régente de rendre un service important à la politique française, en attachant au parti de Henri IV un homme dont le nom et les infortunes étaient alors bien connus : c'était Antonio Ferez, On sait qu'il avait encouru la disgrâce de Philippe II, après avoir été un instant l'égal en faveur, sinon en talents politiques, du cardinal Espinosa, du duc d'Eboly, du duc d'Albe et du cardinal Granvelle. Rappelons ici comment Catherine de Bourbon devint la protectrice de ce célèbre aventurier.
1. Voy. P. Cayet, Chronologie novennaire, t. II, contenant « l'histoire de la guerre sous le règne du très chrestien roy de France et de Navarre Henry IV, et des choses les plus mémorables advenues par tout le monde, depuis le commencement de son règne, Tan 1589, jusques à la paix faite à Vervins, etc. »
Ferez était parvenu à se réfugier auprès du tribunal suprême d'Aragon ; il avait été acquitté par cette libre justice , dont Charles-Ouint avait autrefois respecté l'indépendance et reconnu les droits. Mais l'inquisition ayant repris son procès et l'ayant condamné , il fut emprisonné de nouveau. Le peuple , animé par les partisans d'Antonio Ferez, se révolta contre une autorité qui violait ses privilèges constitutionnels, et délivra Ferez. Cette sédition provoqua la formation de l'armée castillane dont l'approche inquiétait la régente de Navarre. Fhilippe craignait d'exciter une guerre civile en déclarant ses intentions de vengeance contre l' Aragon. Il avait assuré aux députés deSaragosse « que ses troupes passaient en France et feraient seulement halte en Aragon \ » Mais malgré ces paroles, l'armée était entrée dans Saragosse, et de cruelles exécutions avaient commencé. Antonio Ferez réussit à s'enfuir; il gagna les montagnes, et il écrivit une lettre suppliante à la
1. <' Especialmente no intrando, comô no entra ni exeroita jurisdiccion, sino que yendo de paso a su jornada de Francia. »