CHAPITRE V
princesse Catherine * pour obtenir sa protection et un asile en Béarn. La pitié , plus encore que la politique*, décida la régente à lui répondre : « qu'il pouvait venir hardiment et à la bonne
l. « Sérénissime dame, Antonio Ferez se présente à Votre Altesse, par le moyen de cette lettre et de la personne qui la porte. Madame, comme il ne peut exister ici -bas de lieu si caché et si retiré où ne soit parvenu le bruit de mes persécutions et de mes aventures, il est probable que, par suite de ce retentissement, la connaissance en sera arrivée jusqu'à des région aussi élevées que celles où Votre Altesse réside. Ces persécutions sont telles, et elles durent depuis si longtemps, qu'elles m'ont réduit à la plus impérieuse et absolue nécessité, pour ma défense et ma conservation naturelle, de chercher un port où je puisse sauver ma personne, et la mettre à l'abri de cette mer pleine de tempête que soulève avec tant de furie et depuis tant d'années contre elle la passion de certains ministres, ainsi que cela est notoire au monde entier. Raison suffisante, Madame, polir croire que j'ai été comme une borne à l'épreuve du marteau et de tous les chocs possibles. Je supplie Votre Altesse de me donner sa protection et un sauf-conduit qui me fasse parvenir au but que je poursuis^ ou, si elle le préfère, de m'accorder son appui et un guide pour pouvoir passer en toute sécurité près de quelque autre prince de qui je puisse recevoir le même bienfait. Votre Altesse fera là une chose digne de sa grandeur. » M. Mignet, Antonio Ferez et Philippe IL
2. La Grande Chronique ancienne et moderne de Hollande» Zélande, West- frise, Utrecht, Frise Overyssel et Groeningen, recueillie tant des histoires des4ites provmces que de divers aultres auteurs, par J. François le Petit, greffier de Béthunes, en Ai'tois. A. Dordrecht, impress. de Guillaume Guillemot, t. II, p. 604-605.
heure^ et qu'il trouveroit en Navarre toutes franchises^ aUarUy venant^ séjournant avec liberté entière de sa religion. » Elle lui envoya quelques chevaux et une escorte assez nombreuse pom sa sûreté. Il arriva à Pau le 26 novembre 1591.
Catherine le traita avec égards , et accueillit généreusement ses compagnons d'infortune, condamnés à I*exil pour avoir défendu leurs libertés nationales.
Quatre de ces nobles proscrits conservaient l'espoir de vaincre Tarmée castillane et de venger le ^and justicier d'Aragon , Juan de la Nuça , exécuté par ordre de Philippe II. Ils demandèrent à la régente de leur accorder quelques secours pour exécuter ce généreux et téméraire projet. Cédant à leurs instances, et accomplissant en môme temps la pensée politique exprimée par Mornay ; i( Nous exciterons les révoltes d'Aragon * , » elle leur donna cinq cents hommes sous la conduite de quelques capitaines béarnais, et promit des renforts si l'expédition commençait heureusement. Les montagnards furent avertis du passage des