‹ Catherine de Bourbon: sœur de Henri IVChapitre 87 sur 186 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Le Conseil souverain qui, lui-même, avait excité ces rumeurs, feignit d'en être effrayé, et fit partir le prisonnier à la hâte. Les cris de fureur de la foule arrivèrent jusque dans la chambre où la régente, malade et gardée à vue, adressait alors à son frère la lettre suivante, flet* et touchant récit j dont la lecture arMchsl, dit-od, au cteiir de Btenri lY les larmes les plus aitJéi^s qu'il eût encore versées de sa vie ^

« Au RoY^

« Monsieur, je vous ay faict entendre, par ma dernière lettre, l'arrivée de M. le comte, mon cousin, à l'occasion de son voyage. C'est une preuve d'amour de laquelle je ne lui puis savoir mauvais feré, et crois qu'étant jugée telle de vous^ qui luy avez permis d'en avoir pdur moi, et véritablement représentée que vous l'auriez pour agréable. Son désir étoit de m'accompagner jusques au lieu où vous êtes ; et ne me tt-ouvant pas en cheçain, ni si prête de partir qu'il se

1. V Étoile, journal du règne de Henri It, p. â98, t. î, édil. de 1741, note, par M. le chev. C. B. A., 282.

m CAT^japîE: de bourdon.

l'étoit promis, il faîsoit état de retourner m'attendre au lieu où il ne seroit point inutile pour votre service. Je n'ay rien reconnu en lui que du plus fidèle serviteur que vous ayez ; c'est ce que son arrivée m'a appris, et la principale occasion qui m'ait conviée à lui vouloir du bien, après le commandement que vous m'en avez fait de votre propre bouche. Je lui avôis promis de l'avertir du temps que je serois prête, et connoissant son affection telle à son maître et à moi, qu'avec votre permission il nomme maîtresse, je m'étois proposé, selon la liberté qu'il vous a plu toujours me donner, de vous parler librement et vous supplier très-humblement lui permettre et à moi, en acceptant l'offre qu'il vous a plu me faire par M. Esperian, du choix de lui ou de M. le prince de Bombes \ trouver bon que je le préférasse à cette élection, espérant vous faire connoître, lorsque je serois si heureuse d'être auprès de vous, combien j'aurois été soigneuse en cette occasion qui vous importe, ne pouvant commettre

1. Henri de Bourbon, due de Montpensier, prince de Dombes, dauphin d'Auvergne.

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ces particularités au papier ni à un tiers, sur le partement de M. Esperian * que je devois despêcher exprès, est arrivé qu'une troupe de mutins', du Conseil de ce pays, sans le sceu de M. de Saint-Geniès % du moins comme il me Ta assuré, ne se voulant pas ressouvenir de ce qu'ils me dévoient pour avoir Thonneur d'être voire sœur, et de ma vie passée et présente, ont armé la ville et les faubourgs de Pau, se sont rendus maîtres du château, entre les dix ou onze heures du soir, et sans me faire savoir rien de leurs doubtes, sont venus avec leurs robes rouges impudemment se plaindre qu'ils avoient été avertis que je voulois épouser mon cousin, le comte, et qu'ils doutoient qu'il ne me voulust enlever. 11 me semble. Monsieur, que nulle de mes actions n'a su fournir de ce soupçon à ceux qui les ont pu voir et connoître, et qu'il n'est pas permis h telles gens de noircir la réputation d'une personne qui en a préféré le soin à toutes choses. La forme et l'heure

1. Théophile Esperian, l'un des secrétaires de la princesse, et depuis, du duc de la Force.

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