Harnack, Dogmengeschichte, 1. 1 4, p
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Non, Eusèbe de Dorylée ne tient pas là le langage qu'il sait devoir plaire à saint Léon : la lettre de Théodoret serait bien plus soupçonnable de complaisance. Mais au fond ce ne sont pas ces considérants qui nous importent davantage : l'intérêt de la démarche d'Eusèbe de Dorylée est qu'elle est un libellus appellation nis. Eusèbe requiert le jugement du Siège romain ; « Vestrae sedis cognitionem poposci ». Il conjure le pape Léon, en embrassant ses genoux, .de prononcer que la condamnation fulminée contre lui par le concile d'Éphèse est nulle, et de lui rendre l'épiscopat dont on l'a dépouillé. 11 voit dans le pape Léon une potestas capable de casser la sentence d'un concile d'Orient convoqué par l'empereur et présidé par l'évêque d'Alexandrie.
Rome n'accepte pas qu'une cause jugée à Rome soit portée en Orient. Elle entend, au contraire, que l'on puisse faire appel au Siège apostolique d'un jugement prononcé en Orient, et l'Orient a maintes fois fait appel à Rome dans ces conditions *. Nous voyons ce point de droit observé à l'époque du concile de Ghalcédoine. C'est seulement à partir de Photius que la thèse a prévalu dans le Kirchenrecht byzantin qu'aucune intervention du pape n'était recevable en
1. Voyez P. Bernardakis, « Les appels au Pape dans l'Église grecque jusqu'à Photius .. Echos d'Orient, 1903, pp. 30-42, 118-126, 248-257. ^
Orient. Encore faut-il observer que cette thèse n'était pas la doctrine du parti stoiidite, je veux dire du parti qui avait mené la campagne contre les Iconoclastes, lequel professait que le pape seul était capable de sauvegarder la liberté de l'Église contre l'arbitraire dubasileus *.
Il faut renoncer à rien comprendre à l'histoire de la papauté, si on veut se la représenter comme une institution arrivée dès l'antiquité chrétienne au terme de son évolution. Le catholicisme a connu une grande variété d'expériences, depuis le régime que Rome avait donné aux Églises de son ressort métropolitain, jusqu'à celui qu'elle avait donné aux Églises du vicariat de Thessalonique. L'Afrique chrétienne, avant l'invasion vandale, fut une confédération d'Églises groupées autour de l'évéque de Garthage et à qui Rome reconnaissait la faculté d'être sui iuris. L'Egypte chrétienne était une confédération plus étroite, soumise à l'évéque d'Alexandrie avec une rigueur extrême : Rome ne connaissait que l'évéque d'Alexandrie, et jamais elle n'eut, au temps d'Athanase ou de Cyrille, à intervenir dans le gouvernement ecclésiastique intérieur de l'Egypte. Le royaume de Perse, à l'Est de l'empire romain, formait une Église étrangère, ramassée autour de son catholicos, et qui
1. L. Bréhier, « Normal relations between Rome and the Churclies oftheEast before the schism of the eleventh century •, Constructive Quarterly, 1916, p. 665. J. Pargoire, L'Église byzantine de 527 à 847 (1905), p. 292-295.
n'acceptait pas que ses affaires fussent portées devant les « pères occidentaux », c'est-à-dire l'évêque d'Antioche et son concile. Rome exerçait sur la Catholica qu'elle embrassait dans son horizon sa sollicitude, et cette sollicitudo impliquait une potestas qu'elle exerçait par un droit de regard, par un droit d'intervention, et que le plus souvent elle réservait, attendant qu'on y recourût comme à un secours.
Mais, d'une part, quiconque dans la Catholica avait souci d'être en communion ayec toute l'Église savait que Rome était l'Église avec laquelle il fallait être en communion pour être assuré d'être en communion avec toutes, et Rome était donc l'arbitre de la communion. D'autre part, quiconque voulait s'assurer de la foi authentique, savait que Rome, qui l'avait reçu des apôtres Pierre et Paul, en gardait le sûr et précieux dépôt, et Rome était donc la norme de la foi.
Si c'est là l'essence du catholicisme romain, Bishop Gore n'a pas le droit de le distraire du catholicisme tout court.
Qu'il ne nous dise pas que nous devons une gratitude exceptionnelle au catholicisme grec pour nous avoir donné la langue des controverses. Les controverses n'ont pas fait l'unité de l'Église, bien au contraire; le catholicisme de Rome, avec son sens de l'ordre, de la communion, de la tradition, mérite bien mieux notre reconnaissance ; et il est bien dommage que les
Grecs n'aient pas compris, ou plutôt aient un jour cessé de comprendre, que le Siège apostolique leur offrait ce qui leur manquait davantage.
Je serai très bref sur la troisième considération de Bishop Gore. L'Eglise romaine est une Église d'autorité, et d'une autorité concentrée aujourd'hui dans la conscience d'un seul, qui est le pape. (J'ai souligné, plus haut déjà, l'impropriété de cette formule.) Or « toute notre âme proteste, car ce n'est pas là l'espèce de foi que nous trouvons (prescrite) dans le Nouveau Testament », où la foi aux faits est « toujours scrupuleusement fondée sur le témoignage adéquat d'un témoin de première main », et où Notre- Seigneur nous met en garde « contre la confiance en une autorité purement ecclésiastique ». Dieu est toujours par son Esprit dans l'Église, mais aucune assurance ne nous est donnée que les autorités ecclésiastiques de la Nouvelle Alliance ne s'égareront pas, comme se sont égarées les autorités ecclésiastiques de l'Ancienne. Par contre, Notre-Seigneur, suprême exemple de l'autorité, s'est montré très opposé aune méthode purement dogmatique : « Il désire franchement que chaque homme pense pour lui-même... » Ces
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quelques lignes suffisent à indiquer le développement de Bishop Gore.
En le lisant, je me rappelais, dans son beau livre Belle fin God (1921), les pages où il s'applique à établir que le récit de la conception virginale est chez saint Mathieu un récit de Joseph et chez saint Luc un récit de Marie, pour pouvoir substituer à l'autorité d'un écrivain sacré, celle d'un « témoin de première main » supposé capable de fournir un « témoignage adéquat ». Vraiment, Bishop Gore pense-t-il que la foi aux faits se soit à l'âge apostolique imposé cette enquête critique, et que personne ne soit devenu chrétien simplement en acceptant la foi de la communauté des premiers jours, comme il est certain que c'a été le cas de saint Paul ^ ? L'Église a été dès le premier instant une Eglise d'autorité, et l'homme qui réclamait le droit de penser pour son compte a porté le nom d'hérétique, nom que lui donne saint Paul.
De même, en écoutant Bishop Gore dénoncer « la confiance en une autorité purement ecclésiastique », et rappeler à ce propos la répugnance que l'Evangile nous inculque pour les Pharisiens, je me rappelais les pages que dans son livre Belief in Christ (1922), il consacre aux définitions des conciles concernant la personne du Christ. Pour Bishop Gore, ces définitions,