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toutes deux possédant les mêmes privilèges civils, toutes deux allant de pair commme les deux empereurs, à cela près qu'il y a une vieille Rome et une nouvelle Rome, et que des deux sièges, celui de Rome est le premier et celui de Gonstantinople le second. Pas un mot du privilège apostolique du siège de Rome.
Donc, conclut Bishop Gore, le 28^ canon, de Ghalcédoine nie le privilège apostolique du siège de Rome. Gette conclusion n'est pas nouvelle, et je ne dis pas qu'elle ne soit pas logique, mais je conteste qu'elle soit dans la perspective des rédacteurs du dit canon. J'ai deux raisons à faire valoir à l'appui.
1*^ Nous avons dans la lettre GVII de saint Léon la preuve que l'homme de sa confiance à Gonstantinople, Julien, évêque de Kos, lui a écrit pour recommander la requête d'Anatolios en faveur du 28" canon. Supposons que la requête d'Anatolios soit un prodige de duplicité et qu'elle aille à faire approuver par le pape la négation sournoise du privilège apostolique du siège de Rome, et cette supposition est une énormité; à qui fera-t-on croire que Julien de Kos n'ait pas soupçonné la négation ainsi impliquée dans le 28^ canon ? Le pape répond à Julien do Kos (22 mai 452), que ni ses raisons, ni ses supplications, ne l'induiront à approuver le 28* canon : « Nullo modo poteris obtinere ut me in excidium ecclesiastici status vel suadendo
impellas vel supplicando traducas ». Qu'Anatolios donc n'espère pas, ajoute le pape, que j'accorderai ce qu'il demande, au mépris des canons des pères (de Nicée), quelles que, soient les intercessions qui l'appuieront auprès de moi : « Nullis apud me patrociniis ita poterit adiuvari^ uthis quae postulat calcata patrum constitutione consentiam^ y>.
2° Julien de Kos n'a donc pas soupçonné la négation dénoncée par Bishop Gore dans le 28° canon; mais voici qui est plus péremptoire, le pape saint Léon ne l'a ni dénoncée, ni soupçonnée. Il dit à Julien de Kos, dans la lettre G VII : « Ta dilection a pu voir à maintes reprises avec quelle constance, avec quelle décision j'entends maintenir les statuts des saints canons de Nicée, parce que j'estime que toutes les règles ecclésiastiques sont compromises, si en quelque chose est violée cette sacro-sainte constitution des pères » , Dans le 28" canon, saint Léon voit l'ambition de l'évêque de Gonstantinople, qui cherche à s'attribuer des pouvoirs indus aux dépens de 1' « universalis Eeclesiae status saluberrima olim et vej^a ordinationè munitus ». Le pape Léon n'a pas un mot qui donne à penser que le privilège apostolique de Rome soit menacé 2. —
1. Sans doute les légats du pape à Chalcédoine ont tout de suite vu dans le 28« canon une injure faite au Siège apostolique. Mais ils se sont trop écliauffés apparemment, puisque Julien de Kos ne partage pas leur sentiment.
2. Chapman, op. cit. p. 87 : « It is certain that. St Léo saw in
La lettre GVII à Julien de Kos n'est pas la seule que le pape écrive sur cette affaire. Il y à la lettre GIV à l'empereur Marcien, la lettre GV à l'impératrice Pulchérie, la lettre GVI à l'évêque de Gonstantinople Anatolios, toute les trois du même jour que la lettre GVII. Dans ces lettres, le pape s'élève contre l'ambition d' Anatolios et contre le 28** canon qu'il repousse absolument. Il reproche à ce 28^ canon de renverser l'ordre établi par les pères de Nicée : ici encore pas un mot qui suggère que le pape ait à défendre son privilège apostolique. Le pape défend les « statuta paternorum canonum quae ante longissimae aetatis annos in urbe Nicaéna spiritalibus sunt fundata decretis » {Epist. GV, 2), les . « sacratissimas Nicaenofum canonum constitutiones », qui assurent au siège d'Alexandrie le « secundl honoris privilegium » et au siège d'Antioche la « proprietatem tertiae dignitatis » (Epist. GVI, 2). Il ne parle pas du premier rang reconnu au siège de Rome, ce premier, rang n'étant pas contesté à Gonstantinople. — La lettre GXIV (21 mars 453) est la lettre par
the canon nothing in any way reflecting upon the unique dignity that lie himself claimed with so much assurance... He does not see anything in tlie canon inconsistent with the respect due to Rome. » B. J. KrOD, A History ofthe Church to A. D. 461, t. III (1922), p. 337-338 : « Léo does not, it will be observed, appealto the principles of papalism in order to get the canon cancelled... He only appeals to Eastern vénération for the council of Nicaea ». On pourrait supposer une feinte chez saint Léon, si Julien de Kos n'avait pas estimé de son côté le canon parfaitement conciliable avec les principes du « papalism ».
laquelle le pape saint Léon écrit aux évêqùes qui ont tenu le concile de Ghalcédoine ; il approuvé ce qu'ils ont décidé sur la foi; mais il regrette ce qu'ils ont proposé, dans leur 28® canon et qui va « contre les inviolables décrets du concile de Nicée » : « lura Ecclesiarum sieut ah illis CCCXVIII patribus divinitus inspiratissunt or~ dinata permaneant n^Epist. GXIV,2). Il écritle même jour à Marcien : « Privilégia Ecclesiarum illibata permaneant » [Epist. GXV, 1).
Ainsi le pape saint Léon n'a pas relevé dans le 28® canon, et pas davantage Julien de Kos, ce que Bishop Gore y voit. Le pape n'a pas repoussé la formule : « Les pères ont à bon droit reconnu la primauté au trône de la vieille Rome, parce que cette ville est souveraine "^ ». La raison en est, peut-on croire, que cette primauté (ta upecrêeia) ne visait pas le privilège apostolique : cette primauté répondait à la conception que l'on se faisait dans le monde romain de Vordo urbium^ et à l'importance qu'on y attachait. « Nous devons, écrit Galla Placidia à Pulchérie au lendemain du brigandage d'Éphèse, attribuer le primatus en tout à la ville éternelle, qui a rempli le monde entier de la domination de sa virtus, et a donné
1. Cette formule sera relevée, au contraire, dans le ifomocanon de saint Méttiode, où on lit : « Il n'est pas vrai, comme l'affirme ce canon, que les saints pères ont accordé la primauté à l'ancienne Rome, parce qu'elle était la capitale de l'empire, mais c'est d'en haut, c'est de la grâce diyine que cette primauté a tiré son origine... » Tout le texte, traduit du slavon, dans B. Lbib, jRome, Kiev et Byzance (1924), p. 38-39.
à notre empire l'univers à gouverner et à conserver ». Voilà bien le langage du temps. Mais Galla Placidia n'ignore pas pour autant le privilège « apostolicae sedis in qua primas apostolorum beatus Petrus, qui etiam claves regnorum caelestiumsuscipiens sacerdotiiprincipatum tenuit^ ». Le 28® canon de Ghalcédoine n'a pensé qu'à Vordo urbium : le pape saint Léon n'a pas vu dans ce que ce canon disait du primatus de la vieille Rome une négation du principatus du Siège apostolique 2. Nous ne saurions être sur ce point plus chatouilleux que le pape.
Saint Léon défend contre l'évêque de Gonstantinople Vuniversalis Ecclesiae status qu'il croit trouver dans le 6^ canon de Nicée, et qui, réservant au siège de Rome le premier rang, attribue le second à Alexandrie, le troisième à Antioche. Anatolios réclame pour le siège de Gonstantinople la parité avec le siège de Rome, mais la parité en second : c'est là une prétention qui doit remonter au temps de Théodose. La doctrine que lui oppose saint Léon est plus nouvelle 3, et nous ne ferons pas difficulté de reconnaître qu'elle est une interprétation arbitraire