Inter s. Leon. Epistul. CXXXII, k
38 CATHOLICISME ET fAPAUTÉ.
finalement le succès de cette action en dépit de la résistance de Gonstantinople, d'Antioche, d'Alexandrie. Vingt-cinq ans après, c'est l'intervention du pape Gélestin en Orient par la sentence prononcée à Rome contre Nestorius, et le pape obtenant du concile d'Éphèse, d'abord, puis de l'empereur Théodose II» la condamnation, la déposition, la relégation de Nestorius, en dépit des maladresses de l'évêque d'Alexandrie, Cyrille, qu'il a chargé de tenir sa place, et en dépit de l'obstruction de l'évêque d'Antioche, Jean. Vingt ans plus tard^ c'est le concile de Ghalcédoine, l'entente de saint Léon, de Flavien de Gonstantinople, de l'empereur Marcien, le désaveu du « brigandage d'Ephèse », la condamnation de l'évêque d'Alexandrie, Dioscore; au demeurant, le point culminant de la reconnaissance par l'Orient de la primauté de Rome.
Je ne vois pas que Bishop Gore tienne compte de cette courbe ascendante, si remarquable, grâce à laquelle les relations de Rome et de l'Orient au iv" et v° siècles prennent tout leur sens. Les théologiens de chez nous supposent dans ces relations une constance organisée qui ne répond pas à la complexité concrète et mouvante des faits. Mais les théologiens anglicans ne veulent retenir que ceux de ces faits ([ui contredisent cette constance : voyez F. W- Palier, dans son livre si instructif The primitive Saints and the see of Rome (3^ édit. 1914), met-
tant en tout son relief le schisme d'Antioclie et le schisme d'Acace, et ne disant pas un mot du pape Innocent, du pape Gélestin, du pape Léon ! C'est une véritable gageure ! Je suis persuadé que tous les faits se concilient harmonieusement dans la perspective d'une primauté romaine, qui, vis-à-vis de l'Orient arien se réserve, vis-à-vis de l'Orient revenant à l'orthodoxie nicéenne se prête aux avances de saint Basile, vis-à-vis de l'injustice faite à saint Jean Ghrysostome met à sa communion avec l'Orient des conditions intransigeantes, vis-à-vis de l'erreur de Nestorius se prononce souverainement, et à Ghalcédoine voit reconnues ses revendications à une primauté de doctrine et de juridiction. Ce qui est accepté de l'Orient en 451 n'était accepté ni en 340, ni en 381, il faut le dire; mais ce qui est admis en 451, et que le demi-siècle qui précède a préparé à admettre, est bel et bien admis par un grand concile, le concile de Ghalcédoine, il faut que Bishop Gore s'y résigne.
A la séance d'ouverture du concile de Ghalcédoine, le légat du pape Léon s'oppose à ce que Dioscore prenne séance parmi les évêques :
« Nous avons, déclare-t-il, entre les mains, des instructions [praecepta) du bienheureux et apostolique évéque de la ville des Romains, lequel est le chef de toutes les Eglises, qui est caput omnium Ecclesiaimin.. Ou Dioscore sortira.
40 CATHOLICISME ET PAPAtTÉ.
OU nous nous retirons * ». Pourquoi les cinq cents évêques présents ne protestent-ils pas contre ce langage du légat? Mais non, ils ne protestent pas, ils acquiescent. Le concile fini, et fini conformément au programme du pape, ils écrivent à saint Léon une lettre synodale où ils disent : « Tu es venu jusqu'à nous, tu as été pour nous tous l'interprète de la voix du bienheureux Pierre. Nous étions là environ cinq cents évêques que tu conduisais comme la tête conduit les membres ». Ils demandent que le 28® canon soit approuvé par le pape : « Nous te prions d'honorer de ta confirmation cette décision (par nous prise), et, de même que nous nous sommes pour le bien accordés avec (toi qui es) la tête, (nous avons confiance) que la tête consentira aux enfants ce qui convient ^ » .
Dans la Declaratio fidei adressée en 1922 par la E. G. U. ^ au patriarche de Gonstantinople, Bishop Gore et ses amis professent que le concile œcuménique a dans l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique, le pouvoir suprême {summam potestatem) * : or, voici un concile œcuménique qui déclare avoir pris pour règle