LA PHILOSOPHIE DU ROMANTISME SELON RENAN
de ridiculiser ses détracteurs. Après Chateaubriand, il a voulu monter, à son tour, sur ce piédestal unique au monde, qui s'appelle TAcropole, pour y prononcer des paroles éternelles. Au fait, Chateaubriand n'avait que son génie descriptif. Il ne disposait, lui, Renan, que d'un assez vieux petit pinceau, hérité de sa tante George Sand; mais il savait l'hébreu, il comprenait presque le criticîsme allemand, il pouvait bénéficier des progrès de Tarchéologie. Delà, celte fameuse invocation à Athéna.; de là^ cette confession romantique qu'il faut retenir parce qu'elle renferme un jugement littéraire définitif : a Je ne suis pas sûr de moi... Une philosophie perverse, sans doute, m'a porté à croire que le bien et le mal, le beau et le laid, la raison et la folie, se transforment les unes dans les autres par des nuances aussi indiscernables que celles du cou de la colombe... Voilà les blasphèmes que me suggère mon esprit profondément gâté. Une littérature qui comme la tienne serait saine de tout point, n'exciterait plus maintenant que Tennui. Nous sommes corrompus :qu'y faire ? J'irai plus loin, déesse orthodoxe, je te dirai la dépravation intime de mon cœur, d
Ironie attique, et transcendante ? Non pas, mais cri du cœur. Remarquez bien, je vous prie, que Renan s'exprime quelquefois avec bonhomie : « Nous sommes corrompus, qu'y faire ?» Le moqueur, peu à peu est devenu grave; il se confesse en essayant mais en vain de ricaner ; il se sent dominé par la force des choses ; il ne peut que commenter mot terrible de Gœthe : le classique c'est le sain, le romantique c'est le malade.