‹ Catholicisme et romantismeChapitre 25 sur 33 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

I. — Que Victor Hugo fut plus anticatholîque que Voltaire. Parallèle théplogique et philosophique. — Voltaire s'était proposé d'écraser l'Eglise. — Victor Hugo a voulu l'achever et la remplacer.

Tentative théologique de M. Renouvier en faveur de Victor Hugo. Olympio pythagoricien. — Erreur de M. Renouvier. — Badinage platonicien. — En réalité, Victor Hugo avait Tesprit tremblant, non sur la valeur des idées, mais sur le choix des mots. — Vulgarité de sa philosophie qui se confond souvent avec la théologie de Béranger.

II. — Distinguer entre la personne de Lamartine et l'auteur du Tailleur de pierres de Saint-Point. — Le panthéisme dans Jocelyn. — La chute d'un Ange. — Lamartine est le traducteur poétique de Rousseau.

Olympio fut plus anticatholique que Voltaire.

J^entends déjà les protestations que ne manqueront pas de formuler ses admirateurs chrétiens : « Le cas de Victor Hugo, diront-ils, n'a rien de commun, religieusement parlant, avec le cas de Voltaire. D'une part, Olympio n'a cessé de professer hautement des croyances touchantes et naïves, exubérantes même, qui choquaient le scepticisme de ses contemporains :

Je sais que Dieu semble incertain, Je sais que l'Inconnu ne répond àTappel Ni du calcul morose et lourd, ni du scalpel ;

Soit, mais j*ai la foi . La foi, c'est la lumière haute. Ma conscience en moi, c'est Dieu que j'ai pour hôte...

« Profession de foi admirable, qui n'est nullement isolée dans Tœuvre du poète, qu*il a reproduite, au contraire, sous mille formes et à toutes les époques de sa vie, et jusque dans son testament, au milieu duquel se détachaient ces mots : « Je crois en Dieu. »

a D'autre part, Victor Hugo, s'il a combattu TËglise, ne l'a combattue qu'incidemment; il n'a pas donné à sa vie la terrible unité qui distingue celle de Voltaire ; on ne lui connaît pas d'Ecr. l'inf... »

Cette double plaidoirie s'appuie, il me semble, sur des données historiques inexactes.

Voltaire, en effet, a parlé de Dieu aussi persévéramment et presque aussi éloquemment que Hugo. Je ne suis pas chrétien, s'écriait-il, en s'adressant à Dieu lui-même :

Je ne suis pas chrétien, mais c'est pour t'aimer mieux.

Quelques jours avant sa mort, après avoir béni le petit-fils de Franklin, il prononça ces mots qui exprimaient sa pensée sincère : God and Liberty (Dieu et liberté). On peut les considérer comme l'équivalent de la phrase célèbre et peut-être trop retentissante par laquelle se terminait le testament de Victor Hugo.

Il y a plus : tandis que la croyance de Voltaire en un Dieu personnel ne peut pas être mise en doute, quelques critiques rangent Victor Hugo parmi les panthéistes. Et il est incontestable qu'on trouve, dans sa prose et dans ses vers, des formes de parler nettement

panthéisliques. « Par Dieu — fixons le sens de ce mot — nous entendons l'infini vivant. Le moi latent de rinfini patent, voilà Dieu. . Le monde dense, c'est Dieu. Dieu dilaté, c'est le monde. Nous qui parlons ici, nous ne croyons à rien hors de Dieu. »

En vers, Victor Hugo exprime les mêmes concepts, et aussi énergiquement qu^en prose. Des critiques pointilleux auraient donc le droit de soutenir qu'il fut panthéiste, et ils aligneraient sans peine, en faveur de leur thèse, un nombre respectable d'arguments assez forts. Dans la Légende des siècles, par exemple, il se constitue Tinterprète-né des forces cosmiques, le premier ministre du dieu Pan ; il est lui-même le satyre.

Tout en parlant ainsi, le satyre devint

Démesuré ; plus grand d'abord que Polyphème,

Puis plus grand que Typhon qui hurle et qui blasphème

Et qui heurte ses poings ainsi que des marteaux.

Puis, plus grand que Titan, puis, plus grand que TAthos :

L'espace immense entra dans cette forme noire ;

Et comme le marin voit croître un promontoire,

Les dieux dressés voyaient grandir Tétre effrayant...

Sa chevelure était une forêt ; des ondes,

Fleuves, lacs, ruisselaient de ses hanches profondes...

Sur ses flancs palpitaient des prés et des campagnes.

Et ses difformités s'étaient faites montagnes...

Mais ce poète-satyre s'e^t flatté en vain de pénétrer dans les hautes sphères bleues et étoilées ; il ne connaît pas la région où vivent les esprits et les cœurs, il ne comprend pas ou il comprend peu les âmes.

Tous les critiques, il est vrai, n'admettent pas cette incompétence philosophique et psychologique de Victor Hugo ; les uns affirment, avec M. Renouvier, qu'il

est un penseur, d'autres, avec plus de raison, rappellent qu'il sut exprimer avec force quelques sentimenls admirables .

On ne saurait traiter incidemment des questions aussi délicates, auxquelles d'autres consacrèrent des volumes. Remarquons toutefois que Victor Hugo, sans être un docteur es philosophie, possédait quelques notions superficielles de métaphysique. Comme il excellaitdans Tartde faire rendre aux mots tout le sens qu'ils contiennent, il n'est pas surprenant qu'on trouve chez lui quelques formules pantbéistiques, étonnantes de précision :

C'est l'esprit pénétrant de toutes parts, la chose... Place au fourmillement éternel des cieux noirs, Place au rayonnement de l'âme universelle...

Place à tout ! je suis Pan : Jupiter à genoux.

Ces paroles laissent-elles deviner la pensée intime et définitive du poète ? C'est douteux ; mais même en supposant que Victor Hugo ait adhéré à la doctrine panthéistique, par un effort de sa volonté, et dans la partie supérieure de son intelligence, il n'en reste pas moins que son tempérament intellectuel le portait vers le déisme ou le théisme à la française. Sans doute, il avait entendu quelques conversations dédaigneuses, de spécialistes renseignés sur la phraséologie d'outre- Rhin, et il voulut prouver qu'il pouvait, lui aussi, disserter sur le dieu Pan. Mais il n'aima d'amour, avec toute son âme, qu'une philosophie populaire, vulgaire et prudhommesque. Le progrès, l'anéantissement des prêtres, l'espérance ou la certitude qu'un âge d'or allait

se lever sar le genre humaÎD, la paix universelle, la fraternité des bêtes, des hommes et de son Dieu à lui, Hugo, tels sont ses Ihèmes préférés :

O penseur, tu médites ?

Veux- tu trouver le vrai sous nos brunies maudites ?... Quicon(iue est bon habite un coin du ciel. O sage, La bonté qui du monde éclaire le visage . ..

Est le trait d'union ineffable et suprême Qui joint dans l'ombre, hélas ! si lugubre souvent. Le grand ignorant, Tâne, à Dieu le grand savant.

D'aussi belles trouvailles n'ont rien de commun avec les hautes spéculations d'un Aristote ou d'un saint Anselme. Non seulement Victor Hugo ne fut jamais un vrai penseur, ni un grand créateur de systèmes, mais il ne posséda peut-être jamais les aptitudes, d'ailleurs assez complexes, qui perniettent à un poète de devenir un vulgarisateur philosophique ; il est bien inférieur à Lucrèce. L'auteur du Dererum na^uraaditpeutétre autant de sottises et paraphrasé autant de maximes fausses que Victor Hugo ; mais il a su, du moins, s^attacher à un système, et le glorifier avec passion, avec enthousiasme, avec une sorte de foi.

L^anticléricalisme de Victor Hugo ne le cède en rien à celui de Voltaire ; il procède du même principe. On croit généralement que Voltaire fut possédé, toute sa vie, de la frénésie anticatholique. Rien n'est moins exact. La passion antireligieuse se manifesta dans le Testament du cure Meslier et le Sermon des Cinquante^ <i où il attaqua de front la religion chrétienne à laquelle jusqu'alors il n'avait porté que des attaques indi-

rectes ». Or, le Testament du curé Meslier et le Sermon des Cinquante parurent après l'Emile^ c'est-à-dire en 1762. Voltaire ne se jeta dans la mêlée que par jalousie et par ambition, « pour ramener à soi la popularité qui, à la suite du grand succès de YEmile^ menaçait de s*égarer sur Jean- Jacques ». Son paroxysme antireligieux ne dura pas plus de vingt ans.

La prètrophobie de Victor Hugo, longtemps sourde et discrète, devint violente, agressive et tapageuse, aux environs de 1830 ; elle alla sans cesse croissant, jusqu'à sa mort (1885) ; elle remplit donc un espace de trente-cinq ans environ.

Comme Voltaire, Victor Hugo fit de Tanticléricalisme ane carrière : il flatta bassement Topinion dominante pour devenir patriarche, à son tour, et plus que patriarche. Mage, Nabi, Songeur, Pape laïque du siècle des lumières, Dieu enfin. Sa phraséologie apocalyptique peut masquer l'intensité d'une haine persistante et profonde ; elle ne trompe pas ceux qui ont suivi, môme de loin, le développement de sa pensée. Voltaire s'était proposé d'écraser l'Eglise ; Victor Hugo a voulu l'achever... et la remplacer.

Faut-il rappeler qu'il comparait sans cesse les prêtres à des poux, et qu'il les accablait de strophes qui, dans sa pensée, devaient être des injures immortelles 7

Et dire que la terre est tout entière en proie

Aux affirmations de ces prêtres sans joie.

Sans pitié, sans bonté, sans flambeau, sans raison,

Dont l'ombre, 1 ombre» Tombre et l'ombre est l'horizon.

Victor Hugo s'est toujours donné comme l'apôtre de

la paix absolue et universelle ; il a prêché la pitié suprême et Tembrassement universel, il aréconcilié Bélial et Jésus-Christ, il s*est attendri sur le crapaud, sur Tàne, sur le cheval, sur Tortie, sur Taraignée, sur les cailloux, ces aveugles, sur le couperet de la guillotine, sur le cadavre de la chouette ; mais il a toujours maudit les prêtres :

Montrez aux bonzes noirs, gardant le temple et l'arche,

Qooi ? La Réalité, ce prodige inouï...

Les univers sans fin, splendides visions,

Et les créations, et les créations ;

Montrez les profondeurs saintes ; montrez aux prêtres

Les abîmes de la vie et les océans d'êtres.

Vous les verrez crier : Cela n'est pas ! Horreur !

Vous verrez se ruer les cultes en fureur.

Païens sur Hicétas, chrétiens sur Galilée,

Et l'antel tressaillir sur la terre ébranlée.

Et les pâles docteurs frémir dans le saint lieu.

Et les religions reculer devant Dieu.

Ce n*est pas un cri de colère échappé comme par hasard, au poète, c'est l'expression exacte de la pensée maîtresse ou tout au moins de Tarrière-pensée qu*on retrouve au fond de presque tous ses écrits. Durant la seconde partie de sa vie littéraire, Victor Hugo s*est toujours proposé un double but: discréditer, et, si possible, anéantir les bonzes noirs, les mauvais prêtres, lisez les prêtres catholiques, glorifier les mages blancs, les vrais prêtres, lisez les hommes de génie en général, et Victor Hugo en particulier. Je n'en veux pour preuve que les Contemplations^ Religions et Religion, Torquemada, le Pape^ l'Ane, la Fin de Satan.

Il convient d'ajouter, d'ailleurs, que si Ton excepte

les Contemplations^ toates ces œuvres accusent la décadence du génie de Viclor Hugo.

Une certaine philosophie protestante n*en a pas moins essayé de sacrer Viclor Hugo conducteur d'àmes. M. Renouvier classe l'auteur du poème intitulé « Dieu » parmi les songeurs sublimes; il le compare aux grands mythographes de la Grèce et à... Sanchoniaton. Heureux M. Renouvier ! Il connaît ou il a connu assez les œuvres de Sanchoniaton pour les comparer aux œuvres de Victor Hugo. Ce n'est peut-être pas une raison suffisante de se permettre toutes les fantaisies qui remplissent son dernier volume. Grande, certes, est la vénération que professent la plupart de nos contemporains pour les maîtres du néo-kantisme. Mais ceux-ci ne la soumettraient-ils pas quelquefois à de trop rudes épreuves ?

Qui ne connaît, par exemple, la déconcertante énumération de grands hommes qui constitue une partie essentielle de la pièce célèbre des Contemplations intitulée : Les Mages"! On pensait généralement, dans le monde littéraire, qu'il ne faut pas trop presser les épithètes choisies par le poète, ni discuter méticuleusement certains rapprochements de noms propres. Victor Hugo fait de Scarron un prêtre, il introduit dans le même temple Jésus-Christ et Homère, Rabelais et Jérémie, Aristophane et Baruch, saint Jérôme et Catulle, Plaute et Phidias. Glissez, lecteurs, nUnsistez pas, disaient charitablement les critiques littéraires.

M. Renouvier insiste gravement, lourdement, parce qu'il croit avoir découvert de la chromatique pythago-

ricîenne dans cette éaumération étourdissante qui ressemble k un crescendo, ce G*est une vraie pensée pythagoricienne, dit-il, que Victor Hugo exprime par ce vers : « Le nombre où tout est contenu. » Soit, mais gardons-nous de voir dans cette formule autre chose qu'une fantaisie de bibliophile.

« Il est remar.]uable, ajoute M. Renouvier, que de quatre-vingts, ou environ, hommes illustres dont les noms figurent dans la grande ode des Mages^ et qui tous sont présentés comme d'éminents serviteurs de rhumanité, dans tous les ordres et toutes les variétés de religion, de philosophie, de science et d'art, il ne s'en trouve pas un seul qui ait porté un titre de prince, de pontife ou de général... c'est un mérite notable chez lui (Hugo) qu'il ait su écarter de sa conception messianique une vne déterministe, favorisée dans ce cas par l'éblouissement de la gloire militaire, et par une illusion de jeunesse qu'il ne lui a jamais été possible de dominer complètement ».

Ici encore, M. Renouvier a vu juste, ou peut s'en faut. Il est très vraisemblable que Victor Hugo, au moins à une certaine époque de sa vie, ait voulu délibérément subordonner Tépée à la toge, et exclure du temple de la gloire le sabre et le goupillon. Napoléon devait céder le premier rang à Hugo.

Mais de deux faits ou de quelques faits isolés, il ne convient pas de tirer une conclusion générale, ni môme une conclusion quelconque. Le plus souvent, Victor Hugo n'apportait aucun soin à la rédaction philosophie que et logique de ses pensées. Sans doute, il avait

Tesprit tremblant sur le choix de ses mots, mais ses craintes, son souci minutieux, ses efforts persistants portaient presque -uniquement sur le rythme, sur la rime, sur Tharmonie et la beauté plastique du vers. Victor Hugo ne recherchait que Teffet, l'effet puissant, titanique, immédiat, terrible. Que lui importaient les contradictions les plus choquantes, les coq-à-Fàne, les énormitésou les monstruosités de pensée? Il jouissait de la beauté de son vers et du crépitement de sa période oratoire. Tant pis pour la raison, si elle disait Virgile, il écrivait bravement Quinault, pourvu que fussent satisfaits les yeux et Toreille I M. Renouvier lui-même confesse que les idées -chevilles jouent un très grand rôle dans les poèmes philosophiques ou censément philosophiques de Victor Hugo. Au fait, jamais homme n'a écrit plus de niaiseries solennelles ou de plates absurdités que Victor Hugo.

Les manuscrits du poète fournissent des preuves abondantes et irrécusables que Victor Hugo se souciait de Texactitude de la pensée comme de son premier hémistiche.

« On lit, par exemple, dans les Châtiments :

Il est certains bourgeois, prêtres du dieu Boutique, Plus voisins de Chrysès que de Cnton dTJtique.

« Sur le manuscrit, Chrysès avait été Rothschild, puis Falstaff.

Gallus entraine au bois Lycoris qui se trouble,

« Gallus était d'abord Werther, et Lycoris, Charlotte.

Voyez-moi ce coquin Normand, Corse, Auvergnat,

« Le coquÎQ était Lorrain, et n'est devenu Normand que pour éviter une consonance.

<x D'ailleurs, dans toutes les pièces des Châtiments les noms propres sont perpétuellement déplacés, intervertis, alternés. Sera-ce cette fois Lebœuf ou Fortoul, Rouherou Persil, Veuillot ou Riancey, Nisar3 ouParieu qui aura son paquet? se décidera-t-il pour Basoche ou Romieux, Dombîdauxou Grousheilles, Monllaville ou Chaix d'Est-Ange, Troplong ou Dupin, Maupas ou Drouyn, Magnan, Sibour ou Suin, Gatin ouToinon ? Il les prend les uns pour les autres ; et pourvu que chacun ait son tour, il est satisfait. Certains ont dû sans doute à Texcellente sonorité de leur nom le désagrémentM'étre injuriés plus souvent (i). »

Voilà, je pense, qui est suffisamment explicite. On sait à quoi s'en tenir, désormais, sur Texégèse méthodique et le vaste appareil d'érudition que M. Renouvier déploie autour des dernières œuvres de Victor Hugo. Les théories du poète se confondent-elles avec certaines légendes phéniciennes ou hindoues ? Jusqu'à quel point fut-il manichéen ? Que vaut exactement son eschatologie ? Graves et difficiles problèmes qu'un naïf érudit pouvait seul prendre au sérieux. Le poète, ô vénérable kantien, cherchait des rimes riches et des noms propres sonores, il est vrai qu'il a trouvé quelquefois, assez souvent même, des expressions phi-

(1) Les manuscrits de Victor Hugo , par M. André Hallays {Débats du 14 février 1902).

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losophiques étonnantes de précision ; mais il serait regrettable qu'on s'émût de ce fait, dans les régions sereines de la haute philosophie. Le poète jouait des mots avec une si prodigieuse virtuosité! Il a pu mettre, et il a mis, en effet, en vers magnifiques, nombre de principes kantiens ou autres. De simples critiques littéraires ont signalé, avant vous, ces trouvailles de mots philosophiques, et ils les ont appréciées à leur véritable valeur.

M. Renouvier, lui aussi, les apprécie à leur véritable valeur, en maints passages de son livre. Mais peut-être voulait-il faire connaître au grand public ses propres idées, à propos de Victor Hugo! Les métaphysiciens s'adressent d'ordinaire à un petit groupe de spécialistes, et le désir d'instruire la foule hante quelques-uns d'entre eux. Peut-être M. Renouvier a-t-il voulu simplement se distraire, badiner, comme peut badiner un très grave et un peu lourd philosophe. C'est sa faute si celte mauvaise pensée vient un instant nous troubler, sans d'ailleurs laisser de traces profondes dans nos faibles esprits, a Platon, remarque-t-il un peu dédaigneusement, Platon ne craint pas de dire que dans un discours écrit, il doit toujours entrer beaucoup de badinage... On pourrait appliquer ce jugement à la poésie bien mieux qu'à la philosophie. Prenons-les (il s'agit des pensées contradictoires de Victor Hugo) pour cette part de badinage dont parlait Platon, et ne gardons que le juste et le beau qui nous serviront àcorri* ger le reste. »

Ce dernier membre de phrase rend à la pensée de

M. Reaouvier sa véritable physionomie et semble nous interdire, par là môme, toute recherche ultérieure sur son badinage néo-kantien.

Il est bon de prendre garde cependant : sur 378 pages dont se compose son étude, 200 au moins ont pour objet l'analyse des œuvres de Victor Hugo, parlant l'exposé de ses incohérences et de ses contradictions scandaleuses. La part du badinage est donc fort grande.

Même en lisant les pages les plus sérieuses, dans lesquelles M. Renouvier discute au lieu d'analyser, on se demande s'il ne se croit pas, trop souvent, l'ironie transcendante permise. Il parle volontiers de la sottise ambiante qui entourait Victor Hugo, il insiste sur les formes de déraison qui ont du succès auprès des Welches ; il laisse deviner combien peu les critiques ont compris Victor Hugo. Et comment pourraient-ils le comprendre puisqu'ils n'ont pas lu Sanchoniaton, puisqu'ils ne sauraient, pour laplupart, définirclairementl'immanence ?

Ce sont là peut-être de négligeables détails. L'argumentation générale qui constitue le fond de l'étude de M. Renouvier m'inspirerait de plus vives inquiétudes.

Ce grave philosophe corrige, loue quelquefois et juge la pensée de Victor Hugo, à la façon d'un vénérable régent de philosophie, sûr de lui-même et plein d'indulgence pour les erreurs de son disciple. « Victor Hugo a exempté naïvement sa propre croyance d'être une forme de religion, c'est-à-dire, selon lui, une forme du mal. Il n'a seulement pas songé que cela pût être. La repu-* diation de tous dogmes, pi*ofessée dans le poème de Religions et Religion^ il ne l'a appliquée aux croyances qile

parce qu'elles ont régné en exerçant la violence sur les incroyants... Son erreur a été plus lourde encore. Accuser la foi, les choses crues, des crimes de ceux, qui croient, c'est fausser entièrement la responsabilité... » Ailleurs M. Renouvier sUnscrit en faux contre le plat optimisme de révolution naturelle, et il ajoute : « Victor Hugo en a été, de tout temps, pénétré. »

Les monitions de ce genre ne sont pas rares dans Tœuvre critique deM. Renouvier ; elles témoignent que l'auteur possède à fond une certaine terminologie philosophique, voire théologique : elles ne laissent pas de discréditer, à nos yeux, cette pensée de Victor Hugo, qu'on voulait défendre et glorifier. Que Dieu nous protège contre nos amis !

Après avoir ainsi traité Victor Hugo, M. Renouvier se retourne vivement contre ceux qui seraient tentés de prendre ces corrections fraternelles à la letlre. Ne nous y trompons pas, Victor Hugo ne dépasse pas seulement la moyenne des électeurs contemporains ; il risque de n'être pas compris par l'élite des Français instruits. Et pourquoi, je vous prie? Parce que l'élite a le tort de s'en tenir au bon sens ; la critique raisonnable fait fausse route, elle blasphème des vers qu'elle ne comprend pas.

A travers le taillis de la nature énorme,

Flairant réternité de son museau difforme,

Là, dans l'ombre, à tes pieds, homme, ton chien voit Dieu.

« Certains, remarque M. Renouvier, voient là des superstitions et des puérilités ; ces termes ne sont pas

ceux dont il faut se servir pour qualifier de telles imaginations, même quand on y a l'esprit le plus rebelle, pourvu quelles se maintiennent dans un degré de généralité qui les met au rang d'hypothèses philosophiques et religieuses très connues et très considérables. »

Avis à ceux qui ignorent ces hypothèses philosophie ques très connues et très considérables.

Le dédain de M. Renoavier pour les compatriotes de Victor Hugo revêt des formes encore plus agressives. Ce métaphysicien-critiqae a horreur du bon sens ; il loue en Victor Hugo le poêle contempteur du bon sens, il met sa joie à hamilier le boa sens, aie prendre en flagrant délit d'insuffisance philosophique. M. Renoavier se trompe : le bon sens n*est jamaispris en flagrant délit d'erreur. Quand se présentent des questions philosophiques trop difficiles, il se tait et laisse raisonner à leur façon, M. Renouvier, Schopenhauer et leurs amis.

Il se venge aussi de ceux qui ont transgressé les plus élémentaires de ses lois. Car c'est ofienser le bon sens que de transporter tout cet appareil métaphysique dans une étude littéraire sur un homme d'imagination comme Victor Hugo. Le poète s'est cru un penseur, et il a touché à tous les sujets philosophiques et apocalyptiques, malheureusement pour sa gloire. Il a mérité le mot cruel et juste et immortel de Louis Veuillot : Jocrisse à Patmos. La plupart des idées philosophiques mises en vers par Victor Hugo lui sont demeurées étrangères ; un très petit nombre sont entrées vraiment dans sa substance intellectuelle et morale. Il a subi l'influence indirecte de Kant qu'il avait assez et mal

étudié ; sur ce point nous sommes d'accord avec M. Renouvier.

Mais la philosophie qu'il a vraiment aimée d'amour peut se réduire à un très petit nombre de principes, savoir : la croyance en la bonté native de Thomme, la haine des prêtres, la métempsycose^ la foi au progrès matériel, c'est-à-dire une sorte de certitude que, dans quelques siècles, sinon dans quelques années, la science aura rendu facile aux hommes la satisfaction de leurs appétits. Et tout le reste, chez Victor Hugo, est littérature ou apologie de sa personnalité propre.

Sa méthode, cependant, ne manquait pas d'une certaine originalité. Il éprouva toujours une stupéfaction profonde devant l'existence des problèmes philosophiques, et il se sut un gré infini de les avoir abordés :

Oh I voilà le mystère inoui.

Puisque tu ne t'es pas en route évanoui, Causons...

O sombre aile invisible à l'immense envergure Esprit ! Esprit ! Esprit 1 m'écriai -je éperdu. Le spectre poursuivit sans m' avoir entendu... Homme, nous n'approchons que les paupières closes De ces immensités d'en bas.

Viens, si tu l'oses...

Viens, vois, sonde.

Avançons dans cette ombre et sois mon compagnon.

Fatalité !

Echéance I retour ! revers t autre côté I Oloil...

Quel deuil ! la bête est peu.

L'homme n'est rien. O loi misérable I ombre I abîme !

Evidemment, Victor Hugo ne se lassait pas d'admirer les concepts de Victor Hugo.

La volonté feroae et réfléchie de dénigrer le bon sens et le dédain de Topinion française, se complètent chez son commentatear philosophique par la haine de l'Eglise. M. Renouvier signalera plusieurs reprises, « le contraste que l'atroce religion romaine offre avec la pure prédication de Jésus ». Certains prédicants genevois ne tiendraient pas un autre langage.

En môme temps qu'il vaticine contre Rome, M. Renouvier s'efforce de démontrer que « Victor Hugo a été et est resté toujours plus près, beaucoup plus près du christianisme que de la négation en matière de religion 1» De quelle forme de christianisme parle ici M. Renouvier, on le devine aisément. Il n'ose pas donner à Victor Hugo l'étiquette protestante ; mais il fait comprendre qu'à ses yeux la philosophie religieuse du poète représente une excellente transition et une transition nécessaire, entre Tincrédulité médiocre ou niaise des Français et les hautes spéculations germanoprotestantes. Ainsi s'explique Vantinomie, d'abord obscure et choquante, qui fait le fond de l'étude philosophique et littéraire de M. Renouvier. Après avoir relevé minutieusement les prodigieuses et innombrables bévues du poète, il conclut : a Mais qu'on ne se méprenne pas sur ma pensée : Victor Hugo est malgré ses erreurs, ou à cause même de ses erreurs, un philosophe puissant, un mythographe supérieur à Sanchoniaton, un demi-kantien, inconscient, ou tout au moins peu méthodique. »

Non, nous ne nous trompons pas sur la pensée de

M. Renouvier ; nous croyons môme comprendre son

arrière-pensée, mais nous repoussons, avec une égale énergie, Tune et Tautre.

S'aidant de Victor Hugo^ il réédite sous des formes onctueuses VEcr. Vinf, de Voltaire.

Catholique d'origine, M. Alphonse de Lamartine professa, durant sa vie, un catholicisme intermittent et il revint définitivement, sur la fin de ses jours, au Dieu de son berceau.

Sa personne n'est nullement en cause ici.

Mais il faut bien constater que le commentateur — je dis le commentateur — des Méditations poétiques et religieuses ^Vanxienr de Raphaël, du Tailleur de pierres de Saint-Point, de Jocelyn et de la Chute d'un Ange fui diU^si peu catholique que possible, et même panthéiste. Pour mieux voir la nature, dit Jocelyn,

Pour mieux voir la nature et mieux m'y fondre encore. J'aurais voulu trouver une âme et des accents, Et pour d'autres transports me créer d*autres sens !

N'allez pas croire que ces trois vers soient isolés ; ils traduisent peut-être la véritable et profonde pensée de Fauteur, car, dans Jocelyn, la partie descriptive est pour le moins aussi longue que la partie narrative. Ceux qui auraient la patience de compter le nombre de vers consacrés aux Alpes acquerraient la certitude, on peut dire mathématique, que le véritable sujet du poème, c'est la montagne considérée comme le cadre poétique

d'une idylle sacrée. On voit toujours devant soi les Alpes majestueuses et vivantes, avec leurs cimes couronnées d'éternelles neiges, leurs lacs, leurs avalanches, leurs cascades, leur flore si gracieuse, et leur faune si variée ; tan tôt ellesbercent les deux solitaires du murmure des brises lointaines, et tantôt elles font trembler la grotte du fracas de leurs tempêtes. Quand vient le printemps, elles chantent un hymne d'une grâce exquise ; pendant rhiver, elles déploient aux yeux éblouis de terrifiantes beautés, et toujours elles sont, pour le poète, le temple frémissant où se manifeste la vie divine. Ou les mots n'ont pas de sans, ou Lamartine fait ici du panthéisme :

O sommets de montagne I air pur ! 0ot de lumière t . Vent sonore des bois, vagues de la bruyère, Onde calme des lacs, flots poudreux des torrents, Où l'extase égarait mes yeux, mes sens errants. Où d'un bras convulsif, au lieu de ces froids marbres. J'embrassais, en pleurant, la racine des arbres. Et, me collant au sol comme pour écouter. Je croyais sur mon cœur sentir Dieu palpiter I

Dans ce poème si peu connu, et si beau pourtant, qui a nom la Chute d'un Ange, se révèle avec une force singulière l'influence de Tencombrant et odieux Jean- Jacques. Lamartine avait-il lu beaucoup les œuvres de Rousseau ?

Je rignore, mais il est bien certain qu'il a fait siennes toutes ses utopies, presque toutes ses façons de s'enthousiasmer, de sentir et de comprendre. Gomment ne pas reconnaître la théorie fondamentale de Rousseau dans ces vers de la Chute d'un Ange :

284 CATHOLICISMB ET ROMANTISME

Nous serons bons à tous, et, pour que l'on nous aime.

Nous ferons alliance avec les lions même.

Avec l'oiseau du ciel et l'insecte des champs ;

Mais avec l'homme, oh I non 1 Les hommes sont méchants I

Comme Rousseau, Lamartine chante Dieu ! Malheureusement, quand on connaît un tant soit peu la phraséologie panthéistique de la plupart des écrivains de ce siècle, on ne peut que se mettre en garde. Il est vrai que Lamartine s'est défendu, avec une certaine vivacité, contre ceux qui l'accusaient de matérialiser l'idée de Dieu et de confondre le Créateur et la création dans une vague et ténébreuse identité. Effectivement, il est théiste en prose, du moins dans la prose qui sert de préface à la Chute d*un Ange^ mais sa poésie respire le plus pur panthéisme :

Dieu dit à la raison : Je suis celui qui suis...

Mes ouvrages et moi nous ne sommes pas deux...

Formes, substance, esprit, qu'est-ce qui n'est pas moi ?

Et la création, forme intime de Dieu,

N'a ni commencement, ni terme, ni milieu.

Les formes seulement où son dessein se joue,

Eternel mouvement de la céleste roue.

Changent incessamment selon la sainte loi.

Mais Dieu qui produit tout rappelle tout à soi.

Toujours à l'exemple de Rousseau, Lamartine glorifie la chasteté en Toutrageant. Il dit pieux, chaste, candide, pur, presque aussi souvent que Virgile dit pater et pius ei fidus, La Chute d'un Ange cependant renferme un très grand nombre de scènes risquées et franchement immorales : trois visions au moins sont consacrées à Bahylone ; certaines pages du début res-

sembleat à des idylles siciliennes. Lamartine prodigue alors, avec la magnificence de grand seigneur qu'on lui connaît, ses épithètes favorites : angélique, divin, céleste.

Enfin Lamartine emprunte à Rousseau même ses manies, dont quelques-unes innocentes. On sait que Tauteur de VEmile, qui avait la prétention de tout régenter, avait donné des conseils très sages aux femmes du xviii* siècle sur la façon d'emmailloter les enfants et de les nourrir. Il faut lui rendre cette justice, que grâce à lui, les jeunes mères reprirent la bonne habitude de nourrir elles-mêmes leurs enfants. Lamartine complète la pensée de son maître ; il se fait une spécialité des tableaux d'allaitement : comptez-les, si vous le pouvez, dans la Chute d'un Ange ; on en a mis partout.

Cette influence indéniable et profonde de Rousseau a produit toutes sortes de résultats déplorables. D'abord, le génie si français de Lamartine en est comme obscurci. Que de crépuscules, grand Dieu, que de vague, que de rimes berçantes et plus que berçantes, assoupissantes I Quand on a achevé les derniers chants de la Chute dun AngCy on éprouve une sensation de malaise, comme après un séjour daus une salle un peu sombre remplie de parfums trop violents. Le narghileh joue un rôle dans Tœuvre de Lamartine ; et la fumée qui s'en dégage, se combinant avec cette autre fumée malsaine qu'exhale le foyer immense de passions avivé par Julie et Saint-Preux, corromptnotreatmosphèreintellectuelle. Les quelques femmes chrétiennes et pures

qui tour à tour ont vécu près de Lamartine ont, par bonheur, atténué l'influence de Jean-Jacques. Sans elles, Lamartine ne seraitqu'un interprète original, éloquent et poétique, de Rousseau.

Or, rinfluence de Lamartine sur son siècle, sur les écrivains, sur nous tous, est immense ! Directement, il a formé les esprits les plus délicats de sa génération et de celles qui l'ont suivie. Lamartine a les préférences de presque tous les esprits les plus cultivés, les plus distingués. D'une façon indirecte, il a atteint les couches profondes de cet excellent peuple souverain qui ignore les œuvres du poète et même son nom. Victor Hugo et les innombrables fabricants de métaphores qu'on appelle lès écrivains à la mode, ont assez vulgarisé, Dieu merci, Tétat d'esprit lamartinien.

Sait-on bien, en effet, que Victor Hugo copie d'ordinaire Lamartine 7 II aune si étonnante richesse verbale et une si prodigieuse habileté professionnelle qu'il réussit à dissimuler ses larcins. On finira bien tout de même, espérons-le, par découvrir la vérité vraie. Victor Hugo, pauvre inventeur, si l'on ne considère que la pensée, puise dans les écrits de son émule comme, dans un arsenal. De môme que la classique Tristesse d'Olympio ne représente qu'une superbe variante du Lac, de même la Bouche d'ombre et Ibo^ presque tout le tome seconddes Con/em/^/a^ions reproduisent laseptième et la huitième vision de la Chute d'un Ange, Les éclatantes différences de forme ne prouvent rien ; l'idée est la même.

Au point de vue catholique, on ne saurait apporter

trop de circonspection dans Tappréciation de Lamartine. Sans doate, il nous appartient. M. Alphonse de Lamartine, gentilhomme du Maçonnais, n'a jamais renié complètement la foi de sa pieuse mère ; il nous est revenu à la fin de sa vie, il est mort ne chrétien, et maintenant il repose à Tombre de Téternelle croix. Ceux qui disent : « En toutes choses il faut considérer la fin », sont satisfaits.

Ne se tromperaient-ils pas? Oui, paix aux cendres du poète, gloire à son nom ! Ne marchandons pas notre sympathie à l'homme d'Ëtat, mais n'oublions pas non plus que le poète est, avant tout, un semeur. Il s'agit de bien voir ce qui lève aujourd'hui dans les sillons sur lesquels se penchait jadis Lamartine. Est-ce une moisson chrétienne ? Je ne voudrais pas contrister les admirateurs du poète, mais il semble vraiment difficile de prendre pour un croyant orthodoxe, Tauteur du Tailleur de pierres de Saint-Point^ de Jocelyn et de la Chute d'un Ange, Les catholiques s'étonnent quelquefois des insuccès qu'ils ne comptent plus. Pourtant, il est naturel quelexix^ siècle, qui était tout pénétré des idées, des sentiments et de la religiosité vague de Jean-Jacques, suive une direction qui n'est pas la nôtre. Extirpons le venin qu'au dire de Schérer, bon juge en ces matières, Rousseau infusa dans les veines de la France, et, débarrassé de cet élément étranger, le sang catholique de nos pères ne mentira pas. Mais jusqu'alors nous demeurons exposés à de terribles déceptions.

C'est pourquoi, lorsque je pense à Lamartine, un déchirement se produit dans mon âme chrétienne et

française. J*aime ce noblef et grand poète aux sentiments élevés, mais je perçois trop bien, à travers sa poésie divine, l'âme de Jean-Jacques. Tel, un riche vase d'albàtre qu'on aurait rempli presque jusqu'au bord d'une eau impure.

On me dira : « En parlant ainsi, vous oubliez le Crucifix et tant d'autres pièces d'inspiration pieuse ou biblique qui ont ravi la génération de 1850. b Le Crucifix est beau, certes, mais, au point de vue religieux, il prouve infiniment moins qu'on ne serait tenté de le croire, après une première lecture, surtout si l'on a un peu approfondi la note très malheureuse que Lamartine a mise plus tard en marge de ses strophes. Quant aux poésies bibliques, elles ne supposent pas une étude bien sérieuse du texte sacré.

La vérité authentique, c'est que nous jugeons Lamartine à travers les souvenirs enthousiastes de nos vieux professeurs. Ah I que je voudrais ne pas blesser ces maîtres aimés et vénérés. « Voyons, chers vieux amis qui nous avez initiés aux beautés du lyrisme moderne, ne vous offensez pas de ce que nous nous permettons de juger votre poète, au lieu de nous envoler avec lui dans la nue. Nous pardonnerez-vous de vous soumettre respectueusement un argument personnel ? Bourdaloue est un grand, un très grand maître de la chaire : vous Testimez, tout simplement, tandis que vous vous exaltiez au seul nom de Lacordaire. Pourtant, M"® de Sévigné allait au Bourdaloue avec un enthousiasme que nous avons de la peine à comprendre, mais qui correspond exactement à votre propre enthousiasme pour

Lacordaire. Ces choses passent. Seules, demeurent les qualités sérieuses de Lacordaire et de Bourdaloue. » Les catholiques ont des raisons pressantes de ne pas s'attarder en des scrupules respectables, mais superflus. Il est nécessaire de s'attacher uniquement, même chez les poètes que nous aimons, à ce qui sonne chrétien et français.

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