LA RÉDEMPTION
Dans le malheur nous soupirons après le soulagement; le soulagement accordé nous console. Lorsque la perte se change en gain, et que le bien sort du mal, notre consolation
* Conc. Trid., Sess. vi., Can. vii.
t Calv. Inst. 1. i., cap. 18, § 2 ; 1. iii. c. 23, § 8 et 4. Beza odv. Calum. Qguqv. 1861. ZuingUus de Provid., 5 et 6.
s'accroît en proportion de nos chagrins précédents. Ceci, si nous acceptons la doctrine catholique, est l'image de la nature et des effets de la Rédemption.
L'église nous enseigne que pour nous délivrer du péché et des suites da péché, Jésus-Christ, Fils de Dieu, a pris notre nature et est mort pour nous sur la croix. En conséquence de ses mérites nous sommes délivrés du péché, et par l'infusion surnaturelle de la grâce sanctifiante dans nos âmes, nous parvenons à renouer les liens qui nous unissaient à Dieu, et lui devenons personnellement agréables. Yous ne pouvez le nier ; pour un homme torturé par les remords de sa conscience et abattu sous le poids de son indignité, la pensée d'avoir réellement obtenu son pardon, d'être réellement purifié de toute souillure, et en conséquence d'être pur et saint aux yeux de son Créateur, doit de\^enir le sujet d'une joie immense.
L'Eglise Catholique enseigne encore que l'homme coopère à sa justification en coopérant librement à la grâce qui l'excite et l'encourage à faire pénitence et à changer de vie. Cette coopération ajoute à sa consolation, en lui donnant le sentiment intérieur d'mi acte méritoire fait volontairement, et de la victoire
remportée sur ses propres passions et sur la puissance de Satan.
n est hors de doute que par la Rédemption nous avons gagné beaucoup plus, je dirais volontiers, infiniment plus, que nous n'avons p^du par la faute de notre premier père. Yoilà pourquoi l'église, dans le service solennel du Samedi saint, entonne ce chant de triomphe : '^ O heureuse faute qui nous a valu un si grand et si glorieux Rédempteur !" Car notre divin Sauveur non seulement a vaincu Satan, et nous a délivrés de son esclavage ; non seulement il nous a élevés à un état surnaturel de grâce pareil à celui dans lequel Adam fut crée ; mais de plus il nous a rendus capables de pratiquer des vertus plus éminentes que celles qui auraient été pratiquées par Adam même, s'il eut persévéré dans l'état d'innocence, et par conséquent d'obtenir un plus haut degré de gloire dans le ciel. En unissant la nature divine à la nature humaine, il a placé notre nature au dessus des chœurs des anges, et nous a communiqué une grâce beaucoup plus puissante, et d'un ordre plus relevé que celle accordée dans l'origine à nos premiers parents. Par l'accomplissement de la morale chrétienne et l'observation des conseils évangôliqixcs, un plus, vaste champ s'ouvre dcvaiit
nous pour racquisition de la vertu. Suivant la doctrine catholique, les conséquences naturelles de la chute, je veux dire la concupiscence et les épreuves de cette vie peuvent, si nous le voulons, devenir pour nous la source de nouveaux et de plus grands mérites, et nous rendre dignes dans l'éternité d'une récompense proportionnelle, de sorte que notre condition, après la perte de l'innocence primitive, devient, sous certains rapports, un sujet d'envie pour les anges qui n'ont jamais pu, par leur patience dans les souffrances, prouver à Dieu leur obéissance et leur amour. Ainsi le dogme catholique nous permet de goûter toute la douceur de la E-édemptioUj d'en recueillir toute l'efficacité, et de partager avec notre Sauveur la gloire de sa résurrection et de la victoire complète qu'il a remportée sur les puissances de ténèbres.
Le Protestantisme vous prive de cette consolation. Luther, Calvin et leurs adhérents enseignent qu'aucun péché, soit originel, soit actuel, n'est jamais remis ; mais qu'il est tout au plus couvei't par les mérites de Jésus-Christ.*
Suivant cette doctrine, l'homme, après avoir été justifié en vue des mérites de Jésus-Christ,
* Luther, Expos. Epist. ad Galat. Solid. Declar., iii., 5 15. Calvin Instit., 1. iii., c. ii.
26 CAEACTÈEE DU PROTESTANTISME.
reste dans son péclié aussi bien qu'auparavant ; la seule différence qui existe c'est qu'après sa justification il n'est plus exposé a être puni pour les transgressions dont il s'est rendu coupable. Pour tout homme qui aime son Dieu il est difficile de concevoir une doctrine plus désolante. Un liomme de ce caractère redoute plus l'offense que le cbâtiment, et la pensée que si Dieu refuse de le punir, il le laisse cependant dans un état tel qu'il n'est rien autre chose à ses yeux qu'un sépulchre blanchi, devient pour lui un véritable supplice. D'ailleurs les Protestants maintiennent unanimement que l'homme n'a aucune part dans l'opération qui couvre ses péchés, parce qu'il a entièrement perdu l'usage de sa liberté, et que dans l'acte de sa justification, il est, pour employer l'explication de Luther, aussi passif que le pillier de sel dans lequel fut changée la femme de Lot.* Après, comme avant sa jusfication, l'homme demeure complètement incapable de faire aucune action véritablement bonne, où d'acquérir aux yeux de Dieu aucun mérite réel.
Ainsi le Protestantisme dépouille la terre de toute espèce de justice. Il bannit de notre esprit et de notre cœur la conviction de l'inno-
* Luther in Genev., cap. xix.
cence heureusement recouvrée; il veut nous faire croire, si la chose est possible, que les blessures faites par la chute sont si profondes, que le sang du Rédempteur n'a point assez d'efficace pour les guérir, et que notre ruine est telleraent désespérée que le Tout-Puissant lui-même s'efibrcerait en vain de la reparer. Tel est le second degré de ce désolant systèmcc Le trouvez-vous préférable au point de vue catholique ?