‹ Catholicisme, protestantisme et infidélitéChapitre 58 sur 62 · SOLUTION DES OBJECTIONS · texte numérisé non relu

SOLUTION DES OBJECTIONS

La première objection des infidèles, et l'un des plus grands obstacles qui les empêchent d'admettre les titres de l'Eglise Catholique, c'est l'impossibilité de comprendre plusieurs des articles de foi. Cette incompréhensibilité n'est d'aucune force comme objection, elle servirait plutôt à prouver le contraire. Une Eglise divinement instituée doit enseigner une foi divinement révélée, d'oii il résulte que, nous devons être prêts à admettre des mystères, ou des articles de foi placés au delà des limites de notre intelligence. Si la foi était toujours accompagnée de l'éclat de l'évidence, cette lumière serait une forte présomption contre l'Eglise qui la proposerait, et l'on pourrait douter de la divinité de son origine. Dans ce cas la révélation ne serait d'aucune nécessité. Dans une religion révélée de Dieu, les mystères s'harmonisent parfaitement avec les* caractères qui la distinguent et la constitution qui lui est essentielle. Ils ajoutent une nou-

velle force aux preuves qui démontrent la vérité de l'Eglise Catholique, car si ces preuves n'étaient pas absolument convaincantes, des hommes intelligents n'auraient jamais pu ajouter foi à des dogmes incompréhensibles. Avant que des hommes tels que Justin, Augustin et d'autres aussi remarquables par leurs talents et la beauté de leur génie, se déterminent à croire le mystère de l'Incarnation et celui de la Transubstantiation il fallait que l'infaillible autorité de l'Eglise leur eut été démontrée de manière à ne laisser aucun doute dans leur esprit.

Dès que l'institution divine et l'infaillibilité de l'Eglise ont été une fois pleinement établies, la raison ne permet plus de s'élever contre un article de foi, précisément parce qu'il est incompréhensible. Dans l'ordre même de la nature, lorsque la preuve est évidente, l'objection de l'incompréhensibilité n'est pas un motif suffisant de douter. Nous rencontrons à chaque pas des mystères dans la sphère des vérités naturelles et des faits fondés sur l'expérience. Je ne crains pas d'assurer que quelques uns de ceux, qui nous sont présentés par l'expérience et la raison, sont beaucoup plus incompréhensibles que les plus profond mystères de notre foi. Prenons ceux de la Sainte

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Trinité et de la Transubstantiation, et comparons chacun d'eux avec un mystère de l'ordre intellectuel et expérimental.

Yous dites : Qui peut croire qu'il y a un seul Dieu en trois personnes ? Après avoir remarqué que par ces mots — trois personnes, nous n'entendons pas trois êtres différents, mais trois relations distinctes l'une de l'autre, et subsistant dans la même nature, je demande à mon tour : ce mystère est-il plus incompréhensible que l'éternité de Dieu ? La raison peut démontrer que Dieu existe et qu'il n'a pas eu de commencement ; mais trouvez-vous le mystère de l'existence sans commencement plus facile à concevoir que le mystère de trois personnes en un seul Dieu, tel que l'Eglise Catholique nous l'enseigne ? Le premier est aussi plein d'obscurité que le second, ou plutôt, si vous consultez quelque traité de théologie catholique, vous découvrirez qu'il est plus aisé de se former une idée de la Trinité que de l'existence éternelle de Dieu et de ses rapports avec le temps.

Quand la raison se trouve placée entre cette double alternative d'admettre oq qu'elle ne comprend pas, ou de tomber en contradiction avec elle-même, elle préfère la première à la seconde. Elle aime mieux croire ce qui est in

compréhensible que de se jeter dans l'absurdité en le niant. Ceci s'applique aux mystères de notre religion. I^ous acceptons l'incompréhensible plutôt que de nier les preuves irréfragables de l'infaillibilité de l'Eglise, et de contredire notre raison par notre incrédulité. Certaines vérités de foi surpassent notre intelligence, mais saDs y être opposées. L'infaillibilité de l'Eglise une fois prouvée, nous ne demandons rien de plus. Dieu est l'auteur de la raison et de la révélation ; l'une et l'autre renferment des obscurités et des mystères.

Ces observations acquièrent un nouveau degré de force par la considération du second mystère sur lequel j'ai appelé votre attention — la Transsubstantiation.

Comment, me direz-vous, est-il possible d'admettre que le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Christ ? De mon côté je vous demande : ce mystère de la Transsubstantiation, effectué par la puissance infinie de Dieu, est-il plus inexplicable que les changements de substances et les transformations que vous rencontrez à chaque pas dans la nature ? Pouvez-vous expliquer comment s'accomplit le procédé de la germination, de la croissance et de la fructification. Pouvez-vous me dire comment les sucs de* la terre se changent en

d'innombrables variétés de plantes et d'arbres, et comment ceux des plantes et des arbres se transforment et se diversifient en une si grande multitude de fruits ? Par quelle vertu secrète tel arbre produit-il des oranges et tel autres des figues ? Comment les fleurs travaillent-elles la substance qu'elles extraient toutes de la même terre, de manière à former les tissus les plus délicats et les plus variés dans leur abondance? Yous ne révoquez pas en doute les forces que Dieu a commimiquées à la nature inanimée, et cependant les changements de substance qui ne sont efî^ctués que médiatement par le pouvoir de Dieu, ne sont-ils pas mille fois plus incompréhensibles que la Transsubstantiation opérée par un acte direct et immédiat de sa toute-puissance ? La diversité des forces que Dieu a données à des êtres dépourvus de tout sentiment n'est-il pas en efiet infiniment plus difficile à comprendre que l'acte par lequel il opère, immédiatement et par luimême le changement de substance qui a lieu dans Teucharistie ?

La vie animale, aussi remplie de mystères que le règne végétal, nous conduit à la même conclusion. Le changement du pain et du vin opéré par un acte immédiat de la toute-puissance divine vous étonne, et vous ne réfléchis-

sez pas que chaque jour un changement de substance beaucoup plus étonnant se passe dans votre propre corps. Yous mangez du pain et vous buvez du vin ; le pain et le vin se changent en la substance de votre chair et de votre sang. La Transsubstantiation est moins étonnante que ce changement qui s'opère uniquement par les seules forces de la nature, et auquel la puissance de Dieu ne contribue pas immédiatement.

Le procédé de la végétation et de la vie animale peut être considéré, dans l'ordre de la nature, comme un faible reflet d'un changement d'un ordre plus relevé, celui de la Transsubstantiation dans la Saint Eucharistie. Il faut le dire cependant : les changements naturels de substance, étant beaucoup plus compliqués, sont moins intelligibles que le simple changement opéré par Tintervention directe du pouvoir de Dieu. Toutes les vérités, soit naturelles, soit surnaturelles, sont intimement unies les unes aux autres, parce que Dieu, source de toute vérité est essentiellement un. La révélation, ouvrage de Dieu aussi bien que le monde visible, se lie étroitement à la nature. Ce rapport mutuel m'a toujours rempli d'admiration.

La liaison intime de la raison et de la religion révélée se montre encore visiblement lors-

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que nous comparons les principes de la philosophie avec ceux de la théologie. Cette observation frappe ^surtout le professeur qui, après avoir enseigné la théologie, revient, comme je l'ai fait, à l'enseignement de la philosophie.

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