SAINTETÉ
La Sainteté est la seconde marque distinctive de l'Eglise. Il est évident qu’elle doit être sainte dans son fondateur, Jésus-Christ même. Les moyens de salut qu’elle nous offre doivent être saints, puisqu'elle est établie pour procurer notre sanctification. ‘“ C’est pour eux que je me sanctifie, afin qu'ils soient sanctifiés dans la vérité.”* “Soyez parfaits, comme mon Père céleste est parfait.”
Le langage et l'esprit des Epiîtres écrites par les apôtres, les préceptes, les réglements, lee
* Jean xvii. 19, et suiv. + Matth. v. 48.
remontrances, les conseils qu’elles renferment, tout démontre que la véritable Eglise doit être sainte et nous fournir des moyens abondants de sanctification. “Jésus-Christ a aimé l'Eglise, et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l’avoir purifiée dans le baptème de l’eau, par la parole de vie, pour la faire paraître devant Lui pleine de gloire, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhensible.”*
La Sainteté de l’Eglise, dans les trois premiers siècles, est un fait attesté par l’histoire. Si elle la possédait alors, elle doit la posséder encore, car nous l’avens vu, elle est incapable de changement. Les Pères et les pasteurs des premiers âges travaillaient nuit et jour po sanctifier les fidèles par leurs paroles et par leurs écrits, et ils ne reconnaissaient pour membres vivants de l’Eglise que ceux dont la vie sans reproche répondait véritablement au titre de chrétien.
L'Eglise Catholique possède manifestement cette marque de sainteté. Elle éclate dans sa doctrine, ses sacrements, son sacrifice qui non seulement la renferment éminemment, mais sont destinés à la communiquer et à la ré-
* Ephès. v. 25, 27.
158 lONDEMENT DU PROTKSTANTISME.
pandre, Les Saints, dont Dieu a attesté les vertus hôroïques par des miracles incontestables, sont ses enfants, et n’appartiennent qu’à elle seule. Etre la mère de ces héros du christianisme qui, par la pureté de leur vie, sont devenus la lumière et l'admiration du monde, voila sans contredit une des marquer les plus frappantes de la vérité de l'Eglise Catholique.
Au premier rang des Saints, qu’elle a produits, comme je l’ai dit on traitant une autre question, paraissent dix sept millions de martyrs de tout âge, de tout sexe, de toute condition, qui donnèrent leur vie pour défendre la vérité de sa doct:ine. Les trois premiers siècles de l’Egliso furent les témoins de leur triomphe. De si magnifiques commencements présageaint- de nouvelles victoires, elle se succédèrent d’âge en âge. Dans le deux derniers siècles, le Japon, la Chine, la Tarterie, l'Afrique, l’Amérique peuplèrent le ciel de leurs victimes.
Combien de fois le sol, qui forme maintenant les Etats-Unis, n’a-t-il pas été arrosé du sang, et sanctifié par les cendres des missionnaires abattus sous le hache des Indiens, ou consumés dans les buchers qu’ils allumaient, Enfin, de notre temps, la Chine, la Cochin-Chine, le Tonquin, la Corée, la Syrie, en multipliant les
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Après les illustres héros de la croix se présente la suite vénérable des saints Pères et des Docteurs. Depuis Hermas, Clement, Justin, dans les premiers siècles jusqu’à St. Bernard dans le douzième, tous étaient Catholiques.
Dans les siècles suivants une multitude innombrable de saints rendirent témoignage à la vérité de l'Eglise. De St. Pierre et St. Lin qui lui succéda, nous avons un nombre presque infini de saints papes, d'évêques, d'hommes éminents par leur science et l'élévation de leur caractère, de confesseurs héroïques de la foi, dans toutes les conditions et tous les rangs de la société.
De pareils hommes sont la véritable gloire de notre race. La réalité et la grandeur de leurs vertus offrent un sujet d’admiration même à nos ennemis, Leibnitz, un des plus savants protestants de son siècle, avoue dans son Système de Théologie, que l'Eglise Catholique allègue avec raison les vertus héroïques de ses Saints en preuve de sa haute origine, comme Eglise de Jésus-Christ,
Des hommes ignorants et même des personnes instruites, mais aveuglées par leurs préjugés peuvent révoquer en doute les miracles
160 FONDEMENT XU PROTESTANTISME.
dont Dieu s’est servi pour glorifier les Saints ; mais personne ne peut nier l’héroïsme de leurs vertus. Personne ne peut rejeter les actions extraordinaires qu’ils ont faites, leur zèle, leurs travaux, leurs sacrifices pour lasonversion des peuples, et le soulagement des malheure:x.
Après tout, ceci est le point principal.
Par rapport aux miracles, il n’est pas si facile de les mettre de côté ou de les envelapper de l’ombre du doute, comme quelques uns d’entre -ousse l’imaginent. Vous aurez de la peine à signaler un tribunal qui juge avec plus d'impartiait5, de prudence et de sévérité que celui de la Kote établi à Rome, pour discuter le mérite des personnages décédés en odeur de sainteté, et prononcer sur les miracles opérés après leur mort. Ce fait incontestable est assez important pour l’examiner avec quelque étendue.
Lorsqu'il s’agit d'entamer un procès de canonisation, le tribunal dont je parle ne fait aucune démarche, jusqu’à ce qu’il ait des preuves évidentes et confirmées par la foi du sèrment, que le sujet en question a non seulement pratiqué les vertus théologales et morales, en un dégré éminent, mais que ces vertus étaient héroïques et avaient été soumises à des épreuves extraordinaires.
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Les seules miracles admis en preuve de sainteté sont les miracles opérés après la mort du serviteur de Dieu, en faveur de ceux qui ont eu récours à son intercession. Tous ceux qu’il a faits pendant sa vie, fussent-ils auési nombreux que les miracles de St. Grégoire Thaumaturge, ou de St. François Hiéronymo, ne sont reçus, ni même examinés au point de vue de la canonisation. Les miracles qui ont eu lieu après le mort doivent être d’abord constatés par un examen juridique, fait sous la direction de l’évêque du diocèse où ils se sont manifestés, et Ôtre attestés avec serment par des témoins dignes de foi. Si l’évèque les rejette, tout s’arrète, la cour de Rome n’en prend aucune connaissance. Si au contraire il les approuve, cette approbation n’est pas jugée suflisante. On nomme une nouvelle commission, pour examiner les faits de nouveau ; les témoins sont cités une seconde fois, et entendus sous la foi du serment. Si ces deux commissions s’accordent à déclarer que les miracles sont vrais et incontestables, le tribunal de la Rote reprend toute la procédure ; tous les faits sont soumis à un troisième examen, la déposition de chaque témoin devient objet d’une discussion rigoureuse, et la décision n’est donnée qu'après une-longue et mure délibéra-
tion. Personne n’ignore que la lenteur de la cour de Rome est passée en proverbe.
Un événement récent pourra servir d’exemple. Dans une conversation qu’un Anglais avait à Rome avec un cardinal, sur la vérité de la religion catholique, il émit l’opinion que les Saints de l'Eglise étaient fabriqués à plaisir, et les miracles forgés pour appuyer la canonisation. On procédait alors à celle de St.
François Régis. ‘La meilleure réponse que je puisse vous donner,” répliqua le cardinal, “ c’est de vous mettre en maïr les pièces d’un procès qui se poursuit actuellement. Lisez ces documents.” C'était le rapport juridique d'environ cent miracles, opérés par l’intercession de St. François Régis après sa mort.
L’exactitude avec laquelle l’examen avait été conduit et dont le rapport faisait foi, le poids du témoignage qui confirmait chaque miracle, frappèrent singulièrement l'Anglais. En rendant les pièces qui lui avaient été confiées, il ne put s’empêcher d'exprimer son étonnement.
Si les miracles admis à Rome,” observa-t-il, “étaient aussi bien prouvés que ceux-ci, je n’aurais point la moindre difficulté à croire les faits miraculeux consignés dans la vie des Saints.”
Cependant,” reprit le cardinal en souriant,
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“la cour de Rome n’est pas satisfaite; elle ne reçoit aucun de ces miracles.” :
Dites le moi maintenant, vous protestants qui me lisez, combien de Saints lo protestantisme a-t-il produits? Donnez-moi leurs noms, faites moi connaître les miracles qu’ils ont opérés pendant qu’ils vivaient, et ceux qui ont suivi leur mort.
La vie de vos fondateurs est notoire, tout le monde la connait. Vous auriez honte de lire devant vos enfants la Conversation de Table de Luther. Mais n’insistons point sur la sensualité du réformateur Allemand, Reportez plutôt vos regards sur les pays dont vous avez reçu la réforme. Est-ce l’adultère Henry VIIL. que vous invoquerez, ou la Reine vierge de mémoire plus que douteuse? Combien de martyrs protestants, d'évêques, de pasteurs, de veuves, de vierges comptez-vous dans votre calendrier des saints? Quels miracles ont-ils faits? Vous êtes si loin d’avoir des prétentions à cet égard que ma question doit vous paraître ridicule. Cependant vous dites avec nous, dans le symbole des apôtres: “Je crois à la communion des saints,” et vous affirmez votre croyance à la sainte Eglise. L'Eglise, telle que vous l’avez faite pour votre usage, n'est plus qu’un arbre desséché, il ne porte plus de fruits de sainteté.
Les noms même que vous recevez à votre naissance doivent vous rappeler la complète stérilité du protstitisrie, Vous n’avez pas un seul Saint proiustant, Si vous désirez donner à vos enfants un nom chrétien, celui d’un Saint, vous êtes obligés d’avoir recours à notre calendrier. Comme les Catholiques vos enfants s'appellent, Charles, krançois, ITenry, Edouard, Catherine, Elizabeth. Vous leur donnez même des noms de saints qui ont vécu après la réforme—Louis de Gonzague, Térèse, Ceux qui parmi vous n’aiment pas ces noms, parce qu’ils lui feraient envisager trop souvent l'Eglise comme la mère des Saints, remontent jusqu’au Judaïsme, et lui empruntent les noms d'Abraham, Isaac, Jacob, David, Ruben, Rebecca, Sarah, Judith. Souvent même ils descendent encore plus bas et vous demander à la tribune politique ce qui leur manque.
Vous savez aussi bien que moi ce qui, pour un grand nombre de protestants, est devenu l'idéal de la sa iteté. Lorsw’ils peuvent dire d’un homme : “C’est un parfait gentleman,” ou d’une dame: “c’est une femme accomplie,” leurs désirs sont pleinement satisfaits. Qu’un homme l’emporte sur son voisin par l’étendue et l'importance deses aff: res commerciales, et
fasse sa fortune en peu de temps, il est aussitôt placé sur le piédeétal et proposé à l’admiration publique. Ce langage peut paraître dur et plein d’amertume, et cependant chacun de vous n’hésitera pas à dire : “ C’est cela.” Confesser, comme vous le faites en disant le symbole, que l'Eglise est sainte, et n’avoir pas même un seul saint à montrer, c’est, il faut l'avouer, passablement déplorable,