IMPOSSIBILITÉ DE SOUTENIR LE PRIN- CIPE DU PROTESTANTISME
L'Eglise de Jésus-Christ est la véritable Eglise, parce qu’elle est la première dans l'ordre des temps: seule elle possède les marques qui distinguent la véritable Eglise ; l’infaillibilité de son enseignement est la Règle de Foi. Telles sont les questions que nous venons d'examiner, les preuves dont elles sont appuyées doivent vous paraître concluantes.
Maintenant je vous demande : “ Quelles raisons décisives avez-vous de croire que votre croyance soit la religion véritable? Vous en appellez à la Bible.
La doctrine fondamentale du protestantisme consiste dans cette assertion de Martin Luther: “La Bible est la seule Règle de foi. Que m'importent à moi,” disait-il, “six cents Augustin ou six cents Jérome? Avec la Bible en main, je puis juger les Pères, les Apôtres et l'Eglise même.”
La Bible est le cri de guerre du protestantisme. Sans doute c’est un livre divinement inspiré; mais la manière dont un grand nombre parmi vous y a recours me rappelle le tumuite excitée à Ephèse par la prédication de St. Paul. La seule réponse des Ephésiens à tout ce qu’il leur disait fut de crier pendant deux heures: ‘“ Vive la grande Diane des Ephésiens !” Beaucoup de Protestants ne se conduisent pas avec plus de sagesse. Au lieu d'écouter les preuves qu’en leur donne, ou de chercher à y répondre, ils s’écrient : “la Bible, la Bible!” comme si les Catholiques ne l’admettaient pas. ‘Le greffier de la ville les ayant apaisés, il leur dit: Seigneurs Ephésiens, y a-t-il quelqu'un qui ne sache que la ville d’Ephèse rend un culte particulier au temple de la grande Diare?” Je demanderai de même : “ Y a-t-il quelqu'un parmi nous qui rejette la Bible?” L'Eglise Catholique a toujours enseigné, et les Catholiques ont toujours cru qu’elle contient la parole de Dieu. Ils le croyaient quatorze siècles avant la naissance du Protestantisme. Je vous montrerai que tant que la Bible sera ce qu’elle est effectivement, la parole de Dieu, vous ne pourrez jamais vous en servir pour justifier le protestantisme.
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Avant d’entamer cette discussion, je vous adresserai la question suivante: De qui avezvous reçu la Bible? Est-ce Luther qui l’a écrite sous l'influence d’une inspiration divine, ou lui at-elle été apportée du ciel par un ange? Vous l'avez reçue des mains de l'Eglise Catholique. Si vous savez que la Bible est la Bible, la parole inspirée de Dieu, c’est uniquement parceque l’autorité infaillible de l'Eglise vous l’a transmise comme telle,
Jamais vous ne prouverez avec la Bible qu’elle est le résultat d’une inspiration divine. Vous ne pouvez y découvrir la liste !28 livres inspirés. En vain citez vous le passage tiré de la seconde Epitre de St. Paul à Timothée:
“Toute Ecriture est inspirée de Dieu.” Ni ce passage ni aucun autre ne vous dit si tel outel livre en particulier est le fruit d’une inspiration divine. L'Eglise Catholique peut seule vous faire connaître quels sont les livres à recevoir, comme ayant été inspirés de Dieu.
St. Augustin avait donc raison de dire: “Je ne croirais pas à l'Evangile, si je n’y étais obligé par l'autorité de l'Eglise.”
Vous soutenez que l'Eglise dont vous avez reçu la Bible est essentiellement corrompue.
Alors comment savez-vous si elle ne l’a pas
honteusement falsifiée ou interpolée? comme
le fit Luther pour le célèbre passage de l’Epiître aux Romains : “ Nous devons reconnaître que l’homme est justifiée par la foi,” auquel il ajoute le mot “seule” Si pendant mille ans, comme vous l’affirmez, l'Eglise a été la proie de l’erreur, qui peut assurer que, durant cette longue période de corruption, elle n’a pas changé, refondu, mutilé, ou au moins interpolé Ecriture? Comme cependant vous ne l’accusez pas de falsification, vous admettez implicitement par votre silence qu’elle n’a rien vu dans la Bible qui fut de nature à infirmer ses droits, ce qui est absolument vrai.
Je le répète, sans l'Eglise vous ne pouvez être certains de l’inspiration de la Bible. Si Luther et les premiers réformateurs avaient prétendu lavoir reçue d’un ange, comme Mahomet le disait de l’Alcoran, le protestantisme aurait une certaine apparence d’être conséquent avec lui-même ; dans le cas présent il se contredit et doit reconnaître l’infaillibilité de VEglise ou abandonner l'inspiration de la Bible.
Supposons cependant, par forme d’argument, qu'ayant puisé à d’autres sources, vous vous êtes convaincus de cette inspiration de la Bible, vous sera-t-il possible d’en faire la Règle de votre foi? je dis que vous ne le pouvez pas.
Une Règle de foi dit être claire, complète, dès le moment même de son origine, universelle, accessible à chaque homme en particulier et capable de résoudre les questions relatives à la foi.
Une Règle de foi doit être claire pour chaque homme, car comme la foi est faite pour tous, la règle de foi doit être adaptée à la portée de tous, être comprise facilement et parfaitement par la plus faible intelligence, la foi étant incompatible avec le moindre doute.
La Bible est-elle aisément comprise par chaque homme en particulier? Evidemment elle ne l’est pas. Prétendre qu’il suffit de la lire, pour connaître tout ce qui est nécessaire au salut, c’est dire qu’il suffit, pour devenir savant, d'acheter un ouvrage scientifique et le lire sans aucune instruction préliminaire et sans guide.
St. Pierre dit en parlant des Epitres de St.
‘Paul: “IL y a des endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants et légers detournent en de mauvais sens, aussi bien que les autres Ecritures dont ils abusent à leur propre ruine.”* L'expérience prouve l’obscurité d’un grand nombre de passages de la
+2 Pierrv il 16.
Bible. Les Juifs se méprirent sur le sens de l’ancien Testament. Avec la Bible en main, ils ne reconnurent pas dans Jésus-Christ le Messie annoncé par les prophètes, ils le re- jetèrent et le mirent en croix. Dans tous les siècles, depuis la naissance du Christianisme, la Bible fut mal comprise par ceux qui n’admettaient pas l'autorité de l'Eglise. Tous les hérétiques, remarquait St. Jérome, il y a quinze cents ans, trouvent toujours le moyen d'appuyer leurs erreurs sur des textes de l’Ecriture. Un peu plus tard, St. Augustin faisait la même remarque : “ Pourquoi.” demandait-il, “ tant d’hérésies s'élèvent-elles? C’est parceque l’Ecriture, quoique bonne en elle-même, est mal . comprise.” Vous connaissez l’histoire de l’eunuque de Candace, rapportée dans les Actes des Apôtres. Philippe lui ayant demandé sil comprenait le prophète Isaie qu’il lisait alors, “Comment pourrai-je l’entendre,” réponditil avec étonnement, “ si quelqu'un ne me l’explique®”’* Si un homme instruit parlant une langue analogue à celle des livres saints ne pouvait pas comprendre Isaie, à cette époque, comment les hommes de notre temps peuventils se flatter d’avoir l'intelligence de toute
#* Acts viii, 81.
l’'Ecriture sans guide ou sans commentairs ?
St. Jérome était tellement choqué de la présomption des hérétiques de son siècle qu'il -s’écriait: ‘Les charpentiers se renferment dans les travaux de leur état, les cuisiniers se bornent à leur cuisine; mais pour l’Ecriture, chacun se croit capable de l’expliquer.” Comment ce docte Père de l'Eglise aurait-il parlé, si quelques-uns de ses contemporains avaient osé produire l'interprétation privée de la Bible comme l’unique Règle de Foi? Et cependant vous ne craignez. pas de soutenir que tous, et ceux qui savent lire, et ceux qui ne savent pas lire, doivent l’employer pour former leur croyance. Ce qui est plus étonnant encore, c’est que de votre propre aveu l’interprétation privée est faillible. S'il en est ainsi, elle ne peut être la règle de la foi, car la foi exclut toute espèce de doute, et ce qui est faillible ne l’exclut pas.
2. Une Règle de foi doit être complète, c’està-dire, contenir tous les articles de foi. La Bible n'offre pas cet avantage. St. Jean dit à la fin de son Evangile: “Jésus a fait tant d’autres choses que, si on les rapportait en détail, je ne crois pas que le monde entier put contenir les livres qu’on en écrirait.” Il est manifeste. que-
pendant le cours de sa vie publique Jésus- 17*
Christ a dû donner une foule d’instructions qui ne sont pas exprimées dans les Evangiles. Il en est de même des Apôtres. Ils annoncèrent la foi dans toutes les parties du monde, comme l'Epiître de St. Paul aux Colossiens* le certifie. Peu d’entre eux ont écrit: A l’exception des Evangiles, des Actes et de l’Apocalypse, ce qu'ils écrivaient prenait la forme d’Epitres suggérées par les circonstances. Aucun ouvrage complet et systématique n’est sorti de leur plume. Dans leurs Epîtres ils renvoient fréquemment à ce qu’ils ont enseigné de bouche, et ils attachent autant d'importance à ce genre d'instruction qu’à leurs écrits. St. Paul dit: “C’est pourquoi, mes frères, demeurez fermes dans la foi, et conservez les traditions que vous avez apprises, soit par nos paroles, soit par nos lettres.”+ “J’aurais encore plusieurs choses à vous écrire,” dit St. Jean, ‘ mais je ne veux pas le faire sur du papier et avec de l’encre, parce que j’espère vous voir bientôt et qu’alors nous pourrons nous entretenir l’un l’autre de vive voix.”{ Entreprendrez vous de soutenir que tout ce que Jésus- Christ et les Apôtres ont enseigné et préché,
* Colos. i. 56,6. + 2 Thess. ii. 14. Voy. aussi 1 Cor. xi.9 3 Thoës. iii. 6. 2 Tim.i. 18; 1,18. + 8 Joan, iii. 14
en outre de ce qu’ils ont écrit, n’était d’aucune importance et ne contenait rien qui eut rapport à la foi ?
Pourquoi baptisez-vous les enfants nouvellement nés, quoique l’Ecriture. garde un silence absolu sur ce point? Pourquoi ne vous lavezvous pas les pieds les uns aux autres ? Cependant Jésus-Christ semble commäénder cette pratique comme nécessaire au salut. N’a-til pas dit à St. Pierre : “Si je ne vous lave les pieds, vous n’aurez point de part avec moi,” et aux autres apôtres : Et vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.” Vous administrez le baptème au enfants, et vous omettez l’autre pratique, parce que vous avez appris par la Tradition de l'Eglise Catholique que le baptème des enfants ést nécessaire au salut, tandis que le lavement des pieds n’est point commandé comme un rite indispensable.
Comment se fait-il que dans ces deux cas vous abandonniez la lettre de l’Ecriture pour vous rejeter sur la Tradition? Votre théorie et votre pratique sont également inconséquentes.
8. Une Règle de foi doit être aussi ancienne que la foi même, et cependant l’Ecriture témoigne qu’elle est d’une date plus récente. Jésus-Christ envoya ses Apôtres pour précher et non pas pour éerire. “Celui qui vous
écoute m’écoute.”* Leur mission était figurée par les langues de feu dont le Saint Esprit emprunta la forme, lorsqu'il descendit sur eux. Les Apôtres ne vous ont laissé dans la Bible aucun système de foi composé régulièrement et à dessein. Sept années s’écoulèrent après la première prédication de l'Evangile, sans qu’un seul mot du Nouveau Testament eut été écrit.
Le dernier livre ne parut que soixante quatre ans après l’Ascension, De faux Evangiles circulaient avec les véritables, et ce ne fut que dans le quatrième siècle qu’un concile générale fit connaitre ceux qui étaient authentiques et inspirés de Dieu. $i la Bible est la Règle de foi, la foi n’existait point pendant les sept années qui suivirent le commencement de la mission des Apôtres ; elle n’existait ni pendant le premier siècle, ni même pendant trois cents ans de l’êère Chrétienne, puisque la Bible ne fut complète qu’à la fin du premier siècle, et ne fut reconnue comme authentique que dans le quatrième. Ce qui n’était point Règle de foi dans le commencement ne peut l’être de nos jours, car aucune nouvelle révélation n’a été
faite depuis le temps de Jésus-Christ. Ce ne.
fut qu’après la période des persécutions, quand
* Luc x. 16.
voué Den, PO boie an be On pd bnb. bu ff”
la paix fut donnée à l'Eglise, que le canon des livres authentiques de l’Ecriture fut promulgué par le Concile Général assemblé à Nicée, l’an de notre Seigneur, 325. Direz-vous que les premiers fruits du Christianisme, les Chrétiens des temps apostoliques, dont les vertus étaient si éclatantes, ne possédaient qu’une règle de foi partielle et incertaine, ou qu’ils n’en avaient aucune? Dans ce cas ils n'auraient été que des Chrétiens fort imparfaits, ou plutôt ils n’auraient pas été Chrétiens. Dans le second siècle, St. Irénée, disciple de St. Polycarpe, qui lui-même l'avait été de St. Jéan, rapporte que de son temps des peuples entiers n’avaient jamais lu un mot des Saintes Ecritures, et que cependant ils étaient excellents Chrétiens.
4 Une Règle de foi doit être universelle, car Jésus-Christ a révélé la foi pour tous les hommes et pour tous les temps. ‘ Car sans la foi personne ne peut se sauver.” La Bible possède-t-elle le caractère d’universalité? Evidemment elle ne le possède pas, la très grande partie du genre humain ne sachant pas lire.
Comment donc peut-on attribuer à la sagesse infinie de Dieu une règle de foi absolument nécessaire pour le salut, et qui néanmoins est parfaitement inutile à l'immense majorité des hommes ?
Si l’Ecriture est la seule Règle de foi, et par conséquent nécessaire pour le salnt, il ne suffit pas de lire quélques parties de la Bible, chacun de nous est obligé de la lire toute entière ; autrement nous nous exposerions ad danger manifeste d'ignorer beaucoup de vérités essentielles à notre salut. Pensez-vous que chaque Protestant ait lu la Bible toute entière, ou qu’il se croie obligé de le faire ?
Tous les hommes peuvent entendre l’exposition de la foi, quand elle leur est annoncée ; mais il n’y a jamais eu d'époque où tous les hommes savaient lire. $’il est certain que Jésus-Christ a révélé la foi pour tout le genre humain, et a commandé à tous d’en écouter attentivement l'explication, il est également certain que tous ne peuvent pas lire, et que parmi ceux qui ont cet avantage, très peu sont capables de comprendre les langues originaies dans lesquelles la Bible fut écrite. Donc elle n’est pas la Règle de foi. Elle ne l’est pas pour les premiers, précisement parce qu’ils sont dans l'impossibilité de lire la Bible.
Quant aux seconds, comme ils n’ont l’intelligence ni de l’Hébreu, ni du Grec, ils ne penvent être certains de l’exactitude des tra- -ductions, et savoir si elles rendent fidèlement les vérités contenues dans l'original. :
FONDEMENT DU PRÔTESTANTISME. 208
Direz-vous que ceux qui ne savent pas lire peuvent l’entendre lire par d’autresf Fort bien; cependant un homme ignorant n’a pas tonjours l’occasion de se faire rendre un pareil service, et s’il l’obtenait, il n’en serait que très médiocrement satisfait ; il devrait avoir une confiance entière et implicite dans la probité du lecteur. Il dépendrait complètement, dans ce qui regarde sa foi, non d’une autorité infaillible, mais de l’autorité d’un homme qui pourrait imiter l'exemple de Luther, et peut-être aller jusqu’à interpoler la Bible pour favoriser ses opinions personelles. ÆEn supposant mème les lecteurs aussi honnêtes que vous le voudrez, la Bible ne peut pas être la Règle de foi pour les ignorants et ne l’est pas même pour les hommes les plus instruits.
5. Un règle de foi doit être accessible à chaque homme en particulier ; mais en général elle ne l'était pas avant le quinzième siècle, époque à laquelle fut inventée l’imprimerie.
Les soixante quinze livres dont se compose l’Ecriture exigeaient un travail immense pour être copiés. Des exemplaires complets de la Bible étaient si rares et d’un p:ix si élevé que les ecclésiastiques et les gens riches pouvaient seuls se ics procurer. Jésus-Christ n'est-il venu sur la terre que pour ces deux dernières
clastes d'homnres! Si la Bible est la règle de notre foi, à peine un seul homme destitué des biens de la fortune a-t-il pu, pendant l’espace de qninze siècles environ, avoir le bonheur
d’être Chrétien. Même de nos jours l’achat -
d’une Bible n’est pas à la portée de tous. Dr. Ives, autrefois Evèque Episcopalien, maintepant fervent disciple de l’Eglise, fait cette remarque d’une justesse frappante: ‘‘Jésus- Christ nous assure que l'Evangile est préché aux pauvres; si cependant la Bible est la Règle de foi établie par Jésus-Christ, les pauvres sont dans un état pire que les riches.” Vos associations formées pour remédier à ce mal, par la diffusion de la Bible, prouvent la vérité de mon assertion. Sans le secours de la presse, la Bible serait encore un ouvrage très rare.
Si. votre doctrine est vraie, Jésus-Christ n’a pas suffisamment pourvu au salut des hommes.
Alphonse d'Aragon eut un jour l’audace, dans l’excès de son orgueil philosophique, de proférer ce blasphème : “ Si j'avais été présent à la création du monde, j'aurais donné à Dieu plus d’un bon conseil”? Il avait à peine prononcé ce dernier mot qu’un orage violent éclata tout à coup. Les éclairs sillonnaient le ciel, et la foudre en s’approchant de plus en
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NONDEMENT DU PROTESTANTISME, 905
plus du palais semblait vouloir le renverser de fond en comble, Le roi, saisi d’épouvante, rétraota les paroles blasphématoires sorties de sa bouche,
Maintenir que la Bible est la Règle de notre foi, c’est soutenir implicitement que Dieu n’a pas établi des moyens suflisants de salnt, et qu'il aurait du prendre l'avis des hommes.
Votre principe poussé jusqu’à ses dernières conséquences vous autoriserait à dire : “ Dien aurait dû, dès le commencement, donner la Bible aux hommes, la placer à la portée de chacun, dans tous les temps, et la rendre si claire qu’il ent été impossible à la plus faible intelligence de ne pas la comprendre et de se tromper sur le sens qu’elle renferme. De plus il aurait dû accorder à tous avec la faculté d'entendre celle de lire, et les faire jouir de l'imprimerie, en même temps qu’il leur mettait la Bible entre les mains.
Ce langage, je le présume, est dans votre pensée, comme dans le nôtre, un véritable blasphème. Vous le désavouez, cependant, si le principe que vous établissez est fondé en raison, qu’est il après tout ? Une conséquence inévitable quisdoit frapper tout esprit qui réfléclit. Ce principe est donc insoutenable, Dieu n’a vas besoin de nos conseils. Il nous a
donné l’Ecriture comme un des canaux par lesquels il transmet la foi, et sous ce point de vue, c’est un don infiniment précieux ; mais il ne l’a pas donnée pour en être la Règle, car elle ne s’adapte pas au but qu’il se proposait. La doctrine que vous admettez est en opposition avec la sagesse de Dieu, ce qui deviendra plus clair encore en considérant le sixième caractère essentiel à un Règle de foi.
6. Une Règle de foi doit être capable de terminer toutes les disputes qui peuvent s’élever au sujet même de la foi. La Bible ne saurait le faire. C’est un livre qui n’est point son propre interprète.
Que penseriez-vous si l’on formait le projet d’abolir tous les tribunaux et de substituer à
leur place un code de lois, en déclarant en:
même temps que chacun aurait à le consulter pour déterminer ses droits, et que le seul moyen de mettre un terme aux disputes serait l'inierprétation privée du téxte? Ne serait-ce pas le moyen d’éterniser les procès? Que serait-ce si l’intelligence de ce code, composé pour l’usage de tous, demandait un savoir profond, et si au lieu d’être simplement en Anglais, ce recueil de lois était écrit en Hébreu et en Grec? Cette idée seule en fait sentir tout le ridicule. En faisant de la Bible la Règle
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de foi pour toutes les nations, tous les temps et toutes les langues, Dieu aurait fait un acte de folie semblable à celui d’un législateur qui abolirait toutes les cours de justice, et les remplacerait par un code de lois écrit dans une langue etrangère. La pensée d'attribuer à Dieu un défaut de sagesse vous fait frémir d'horreur, et cependant telle est la conséquence logique de votre doctrine si la Bible devient, sans aucun juge pour l’interpréter, la Règle de notre foi.
Ce que Goëthe a dit pour se moquer des vaines subtilités des Transcendentalistes reçoit ici son application. ‘Ces spéculateurs,” ditil, sont comme des animaux mis en mouvement, par un esprit malin, dans un cercle de sable, tandis que tout autour d’eux s’étend une verte prairie.” L'interprétation privée de la Bible vous fait tourner sur les terres arides d’une infructueuse spéculation, tandis que Dieu a placé près de vous et sous vos yeux l'infaillible autorité de l'Eglise qui vous ferait trouver la vie en vous conduisant dans les domaines de la vérité contenue dans la parole écrite et non écrite,
La Bible ne renferme aucune des marques qui caractérisent une Règle de foi ; votre principe fondamental doit donc être abandonné.
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208 roNDEMENT DU PROTESTANTIEME.
Considérée comme le canal de la Révélation, la Bible, ce livre divin, est un des dons les plus précieux que Dieu nous ait faits. Sous ce point de vue, il a toujours été reconnu et employé par l'Eglise qui n’a aucune raison de le rejeter ni de l’altérer. Il rend témoignage à la validité des droits qu’elle s’attribue. Elle a donc celui de vous dire: “ Lisez avec soin les Ecritures, parce que vous croyez y trouver le moyen d’avoir la vie éternelle : ce sont elles qui vous rendent témoignage de moi. Si vous croyez réellement qu’elle renferme la parole de Dieu, lisez la Bible dans un esprit de sincérité, et vous comprendrez que l'Eglise Catholique est la seule qui soit véritablement l'Eglise de Jésus-Christ, qu’elle est l’interprète infaillible de la Parole de Dieu, et que vous êtes obligés en conscience de vous soumettre à ses décisions. “$’il n’écoute pas l'Eglise, qu'il vous soit comme un payen et un publicain.”* Quelle est cette Eglise dont parle Jésus-Christ? C’est évidemment celle qu’il a bâtie sur Pierre.
“ Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle.” Cette Eglise, comme
je l’ai amplement prouvé, est la seule Eglise
* Matth. xviii. 17. + Matth. xvi. 18.
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FONDEMENT DÜ PROTEBTANTISME, 200
Catholique. La Bible condamne la séparation qui vous en éloigne, elle vous dit qu’elle n’est pas la Régle de foi, et sans rien laisser au choix de votre volonté, elle vous impose le devoir d’éconter l'Eglise. Pourquoi donc restez-vous en dehors de sa communion? Qui vous empèche de voir le tort que vous ont fait les réformateurs, et de rentrer dans le sein d’une Eglise dont vous avez été séparés par l’aveuglement des passions et la violence du despotisme ?
La première raison qui vous retient en debcrs de l’Eglise est un défaut d’examen sérieux et sincère, surtout dans ce qui a rapport au fondement de la foi. Pour écarter cet obstacle qui vous arrête, je me suis efforcé de réfuter le principe sur lequel vous appuyez votre croyance. J’ai produit les preuves qui établissent l’origine divine de l’Eglise et l’infaillibilité qui lui est assurée en matière de foi. Les avez-vous examinées avec soin? Une autre difculté se présente, elle se trouve dans vos préjugés. Je vous montrerai, ausssi brièvement et aussi clairement qu’il me sera possible, que vos objections ne sont pas fondées en rai: son, et qu’au lieu de croire la vérité vous prètez
l'oreille à des calomnies.