‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 35 sur 80 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Si tout ce que vous avez entendu ou lu contre l'Eglise Catholique et sa doctrine, contre les Papes, les Evèques et les Prêtres était l’expression de la vérité, vous auriez eu grandement raison de vous séparer d'elle. Cependant si ce que vous croyez se réduit à d’odieux mensonges, où chercher le coupable? Ne seraitce pas parmi ceux qui adoptent sans examen ce que l’on débite à notre désavantage? Des votre plus tendre enfance, les accusations les plus fausses intentées 4 la foi et aux pratiques de l'Eglise ont fixé votre attention; vous les avez apprises et balbutiées sur le sein même de votre mère; les années s’accumulaient, vous étiez déja sur le bord du tombeau, et des mputations aussi peu fondées qu’elles étaient monstrueuses n’avaient rien perdu pour vous de leur force. Telle est l’histoire d’un nombre

infini de protestants qui emportent leurs préjugés dans la tombe. La puissance des opinions adoptées sans fondement est quelquefois si grande, qu’elle empèche des hommes, distingués d’ailleurs par l'élévation de leur esprit et la variété de leur connaissances, d’apercevoir les vérités les plus palpables. Avez-vous jamais réfléchi sur l’effèt vraiment étonnant produit par les préjugés? Ils peuvent être insignifiants en eux-mêmes; mais l'obstacle qu’ils opposent à la perception de la vérité est presque insurmontaæble. Un grand nombre d'exemples tirés d'objets journaliers prouvent cette assertion.

Un chétif morceau de drap placé devant une fenêtre plonge une chambre, même au milieu du jour, dans les tenèbres; un simple nuage obscurcit le soleil ; une poutre placée en travers d’un chemin de fer suffit pour tout précipiter dans l’abime ; un grain de poussière aveugle laigle. Il en est de même des préjugés.

Lorsqu'un homme est soumis à leur influcnce, raisonnez avec lui, tant que vous voudrez, vos efforts seront inutiles. Pour lui la lumière n’est que ténèbres ; les arguments les plus convaincants de la logique l’enfoncent plus profondément dans l'erreur.

L'effet des préjugés, partout où ils se ren-

trent, est incontestable. Expliquer l’origine et le persévérance des calomnies qui s’attaquent à l'Eglise est plus difficile, et je ne sais ce qu'il faut admirer davantage, ou l’effronterie qui les a inventées et a présidé à leur propagation, ou la petitesse d’esprit qui les a adoptées sans examen, et s’est chargée de les transmettre de siècle en siècle, Sans mon expérience personelle jamais je n’aurais pu croire à l’admission ou à l'invention des singulières idées qui circulent actuellement contre les Catholiques et l'Eglise dont ils sont les membres.

Je rencontrai un jour une dame protestante fort respectable et qui avait reçu une bonne éducation. Pendant plusieurs années, comme elle me l’avoua elle-même, elle avait entretenu l’idée que les Catholiques avaient des pieds de boue. La première fois qu’elle eut l’occasion d'en voir un, une sorte d’instinct la porta à jeter les yeux sur ses pieds. Elle voulait s’assurer s'ils conservaient quelque chose de la forme humaine.

Si d’un côté vous ne pouvez nier les torts et la malignité dont se rendent coupables certains auteurs ou orateurs protestants, en répandant contre nous les calomnies les plus absurdes et les plus atroces, de l’autre l’impartialité, la parfaite justice et la franchise avec lesquelles les

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Catholiques parlent des doctrines protestantes, doivent produire dans votre esprit une impression favorable à l'Eglise. Vous ne pouvez citer un seul exemple d’un écrivain catholique qui ait jamais placé vos opinions sous an faux jour. On ne cite point ce qui n’existe pas. Cependant presque tous les articles de notre doctrine ont été, ou défigurés, ou représentés sous des couleurs que nous repoussons aussi bien que vous, ou remplacés par des dogmes monstrueux auxquels les Catholiques n’ont jamais songé.

En passant en revue les préjugés populaires dont il sont l’objet, j'aurai l’occasion de vous donner des preuves frappantes de ce fait. Mais avant d’aller plus loin, je vous citerai quelques parties d’un excellent article, extrait d’un journal catholique—The Toronto Freeman.

“Tandis que les Protestants rejettent la parole de Dieu non écrite, comme n’étant d’aucune autorité—Tandis qu’ils se vantent de bâtir leur foi sur la seule parole écrite, et de ne condamner que ce qu’elle condamue,—ils sont victimes d’une tradition haineuse fort peu d’accord avec les premiers principes du Christianisme, Cette grande tradition protestante consiste à dénaturer la doctrine catholique, en attribuant à l’Eglise des actes et un enseignement dont elle a horreur. Pour la grande ma-

jorité des non-Catholiques, cette tradition est d’une autorité égale à celle de la Bible, et contribue plus que toute autre chose à fortifier leurs illusions et à les retenir dans les liens de l'erreur, L'existence du protestantisme en dépend. “Le pouvoir de la vérité,” dit Milton, “vient immédiatement après celui du Tout- Puissant,” et l’erreur est destituée de force en ea présence. La vérité charme l'esprit de l’homme,—elle en est la vie, la nourriture, elle attire l’âme à sa suite, comme le nord attire l'aiguille aimantée. L'erreur doit done, si elle veut conserver quelque principe de vie, n’avoir rien à déméler avec la vérité, comme telle.

L'instinct même de sa propre conservation doit la porter à obscurcir, à cacher l’éclatante lumière qu’elle répand, sous le manteau ténébreux de la calomnie. Il faut la dénaturer, il faut la défigurer, la rendre méconnaissable, il faut en couvrir la face sous un masque hideux, afin d’effrayer les hommes et les empêcher de la contempler. Le protestantisme a été fidèle à cet instinct de sa propre conservation. Depuis le jour où, semblable à un ruisseau bourbeux, il déborda du cœur corrompu des prétendus reformateurs, il a vécu de calomnies et de fausses interprétations. La vérité ne pouvait favoriser ses desseins, parce que la vérité

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