CHAPITRE L
Par le caractère du Protestantisme j'entends ce signe particulier qui donne à tout le système protestant l’empreinte d’une religion de désolation et de désespoir. Pour établir que tel est en effet son caractère, je passerai en revue les doctrines qu’il enseigne, en les comparant avec celles de l’Église. Dans le dessein d'éviter les longueurs, et d’être aussi simple que possible, je suivrai l’ordre chronologique, et je mettrai successivement en regard la doctrine catholique avec ce que pensent les Protestants, sur l’état primitif de nos premiers parents, la chute, la rédemption, l’église, et les moyens de salut qui nous ont été donnés par notre Sauveur. Tout ce que je dirai du Protestantisme, je l’appuierai, soit en citant les écrits des auteurs de la réforme et les formulaires de foi ‘qu'ils ont reconnus, soit en me référant à des faits et des témoignages publics, familiers à ceux qui ne sont pas étrangers à ces sortes de matières.
16 C4 *ACYÈRE DU PROTESTANTISME.
SECTION I
OOMPARAISON DES DOOMES CONTROVERSÉS.
Etat Prémitif, et Chute de V Homme.
L'Éezrse Catholique distingue ici deux choses principales, la nature et la grâce, ou l’état naturel de l’homme, et son état surnaturel.
Pour éclaircir cette doctrine, les Pères de l'Eglise ont recours au texte de la Génèse:
“ Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance.” Par le mot image, ils entendent la raison et la liberté de l’homme; et par celui de ressemblance, son état d’union avec Dieu, effet d’une grâce surnaturelle. L'Eglise Catholique enseigne que, par leur état surnaturel d'union avec Dieu, nos premiers parents devinrent ses enfants, et les héritiers de son royaume. ÆEn lui restant fidèles ils auraient été exempts de la mort, et après un certain temps d’épreuve sur la terre, admis dans le ciel à la Vision Béatifique, état surnaturel d’un ordre plus relevé. Unis aux esprits bienheureux, ils étaient destinés a voir Dieu face à face, à être transfigurés en lui, à entrer dans sa gloire, et à partager son bonheur pendant
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l'éternité. Est-il un cœur sur la terre qui puisse ne pas sentir la beauté, la sublimité, la félicité de l’état de nos premiers parents, telle que l’église nous le représente ?
Elle nous enseigne de plus qu'ils étaient libres de persévérer dans cet état de bonheur ou de le perdre, c’est-à-dire, qu’ils étaient libres de pécher ou de ne point pécher.
Enfin, l’église nous enseigne que, par sa chute, l’homme ne perdit que la resserablance de Dieu, l'état de grâce surnaturelle ; mais que l’image de Dieu, sa raison et sa liberté, furent seulement affaiblies, mais non pas détruites. De cette doctrine il résulte que l'homme, après sa chute, conserva la faculté de faire de bonnes actions dans l’ordre naturel, et qu’il demeura en possession de sa liberté.
Cette doctrine est assurément très consolante, car dans nos pertes mêmes il est doux de sentir que quelque chose nous reste, et que nous pouvons prévoir d'avance le temps où, par le moyen de ce qui nous reste, il nous sera possible de reparer nos pertes.
Le Protestantisme vous refuse ce genre de consolation. Tout, dans son enseignement primitif, et dans les conséquences qui en décou- ‘ent, est uue négation formelle de la doctrine de Eglise, non seulement sur le premier état,
mais sur la chute de l’homme. Il lui refuse même la possibilité de recouvrer ce qu’il a perdu, et trace de sa condition présente un “tableau vraîment désolant. En voiei les preuves. Par rapport à l’état primitif de l’homme, Luther, Calvin, et leurs adhérents, enseignent que nos premiers parents ne furent jamais élevés à un état surnaturel, et que, malgré les hautes prérogatives qui leur furent accordées, ils restèrent dans celui de pure nature. Dans la chute ils voient un état de dépravation totale et complète. Suivant cette doctrine, l'image de Dieu fut entièrement détruite dans l’homme par sa désobéissance ; il perdit sa liberté pour toujours, et le seul pouvoir qu’il conserva fut celui de pécher. Quenstedt, théologien Luthérien du dix-septième siècle, a fait sur ce sujet un recueil des opinions de Luther, extraites de ses œuvres. Le réformateur exprime sa doctrine en ces termes : ‘ Pécher, telle était la nature de l’homme après sa chute.” & L'homme n’est autre chose que péché.” Tout ce qui est né d’un père ou d’une mère n’est rien autre chose que pèché.* |
On sait que Luther a écrit un ouvrage inti-
* Quenstedt Théolog. Didact. Polém. Part ii. Wittenberg, 1669. H. Bellarm. de Statu Protop. ; and Luther, com. 3 in Genès. \
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tulé De Servo Arbitrio”— Du Serf Arbitre.” Il s’efforce d'y prouver que l’homme, par sa chute, a perdu sa liberté, de manière qu'il est incapable de choisir de propos délibéré entre le bien et le mal; tout ce qu’il fait, soit bien, goit mal, il le fait sous l’influence d’une impulsion irrésistible, selon que Dieu ou Satan se rend maître de sa volonté. La comparaison dont il se sert pour éclaircir ce point, si remarquable par sa singularité et son élégance, est généralement connue. Il compare la volonté de l’homme après sa chute à un âne.
& Qi Dieu le monte,” dit-il, “il le conduit où il veut, et lui fait faire le bien: si, au contraire, le démon s’en empare, il le dirige au gré de ses désirs.” “Tout ce qui arrive, arrive nécessairement, malgré une certaine apparence de liberté” Luther ne cesse de répéter cette assertion dans l’ouvrage que je viens de citer. Dans un autre ouvrage il ajoute : “ La volonté libre ne fait rien, parce qu’il n’existe pas de volonté libre.”*
Ce qui est encore plus choquant, c’est qu'il considère l’état de dépravation totale avec délices. Telles sont ses paroles: % Même si l’homme pouvait jouir de la liberté, il n’en voudrait pas, parce qu’elle déviendrait pour
* Luther adv. Erasmum: Rotterdam.
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