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lui une source d'inquiétude. Mais dans l’ordre actuel, je puis dire, et dire en vérité : je fais le mal, mais Dieu ne me punit pas, parce que je crois. Cette pensée me tranquillise.” *
Ainsi, le Protestantisme, tel qu’il nous est proposé par le premier réformateur, arrache par la racine ce qui fait le plus grand bonheur de notre vie, la conscience de notre liberté.
Mélancthon, fidèle interprète de Luther, son maitre, traite le dogme de la liberté de doctrine calomnieuse. Selon lui les payens nous l'ont transmise, et peu à peu elle s’est insinuée dans le Christianisme. “ L'homme,” dit-il, “ ne fait que pécher, de même que le feu brûle, et que l’aimant attire le fer. Assurer le contraire, c’est tomber dans le Pélagianisme.” +
Calvin répète la même doctrine. “Tout dans l’homme après sa chute est péché. Les vertus des payens, telles que celles de Socrate, de Xénocrate, et de Zénon, n'étaient que des crimes magnifiques.
Si tout ceci est vrai, la chute, à laquelle nous n’avons point personnellement pris part, nous a changés en démons incarnés. Telle est, dès le premier pas, la conclusion logique à
* De servo arbit. f. 236.
+ Mélanchth. Loc. Théolog. pp. 19, 122.
+ Calv. Inst. L. ïi. c, 1 et 8.
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laquelle nous conduit le Protestantisme, conclusion plus que suñlisante pour nous jeter dans le plus profond abattement.
Il y a cependant quelque chose de pire.
Cette doctrine n’est pas seulement celle des chefs de la réforme ; nous la retrouvons dans les principes du Protestantisme, comme nous pouvons nous en convaincre en consultant les formulaires de foi, et les écrits des premiers Protestants, qui ont traité du symbole. Il est vrai que tous ne s’expriment pas aussi ouvertement que Mélancthon, Calvin ou Zwingle ; mais ils s’avancent assez pour que la logique leur attribue cette doctrine toute entière par voie de conséquence. L’écrit le plus important qui ait rapport au symbole est la Formule de Concorde ou Solida Déclaratis de l’année 1677. Cette formule dit en termes exprès:
“La ressemblance avec Dieu a disparu par suite du péché originel. Une substance mauvaise a pénétré dans l’être spirituel de l’homme et l’effet qu’elle a produit est de rendre cet être complètement abominable.”* Les Confessions de Foi Suisses, Belges et Ecossaises, contiennent en substance la même doctrine.
Pour contredire cette doctrine, le Concile de
* Solid. Declar., c. 9 et 10. De Peccat. de. $ 2 et 22 11 De Lib. Arbit., $ 14.
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Trente a promulgué le canon suivant: “Si quelqu’un dit que toutes les œuvres faites avant la justification, de quelque manière qu’elles soient faites, sont de véritables péchés, et méritent la haine de Dieu; ou que l’homme, plus il s'efforce de se disposer à la réception de la grâce, plus il pèche grièvement, qu’il soit anathème.”*
Calvin, Zwingle et leurs adhérents poussent même la hardiesse jusqu’à soutenir qu’il était impossible à Adam de ne point pécher, Pis Dieu avait décrété sa chute.t
Etes-vous disposés à admettre de pareilles doctrines qui renferment le blasphème le plus injurieux à la justice et à la sainteté de Dieu, et en même temps le principe le plus capable de bannir de votre âme tout sentiment de consolation, en vous laissant gémir, sans espoir, sous le poids d’une irrémédiable perversité, et sous l’irrésistible tyrannie d’un Dieu injuste ?
LA RÉDEMPTION. p*
Dans le malheur nous soupirons après le soulagement; le soulagement accordé nous console. Lorsque la perte se change en gain, et que le bien sort du mal, notre consolation
* Conc. Trid., Sess. vi., Can. vii.
+ Calv. Inst. L i., cap. 18, 8 2 ; L iüi.c. 28, S 8 et 4. Beze adv. Calum. Genev. 1861. Zuinglius de Provid, 5 et 6.
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4, Beze et 6.
s'accroît en proportion de nos chagrins précédents. Ceci, si nous acceptons la doctrine catholique, est l’image. de la nature et des effets de la Rédemption.
L'église nous enseigne que pour nous délivrer du péché et des suites du péché, Jésus-Christ, Fils de Dieu, a pris notre nature et est mort pour nous sur la croix. En conséquence de ses mérites nous sommes délivrés du péché, et par l’infusion surnaturelle de la grâce sanctifiante dans nos âmes, nous parvenons à renouer les liens qui nous unissaient à Dieu, et lui devenons personnellement agréables. Vous ne pouvez le nier; pour un homme torturé par les remords de sa conscience et abattu sous le poids de son indignité, la pensée d’avoir réellement obtenu son pardon, d’être réellement purifié de toute souillure, et en conséquence d’être pur et saint aux yeux de son Créateur, doit devenir le sujet d’une joie immense.
L'Eglise Catholique enseigne encore que l’homme coopère à sa justification en coopérant librement à la grâce qui l’excite et l’encourage à faire pénitence et à changer de vie. Cette coopération ajoute à sa consolation, en lui donnant le sentiment intérieur d’un acte méritoire fait volontairement, et de la victoire
remportée sur ses propres passions et sur la puissance de Satan.
Il est hors de doute que par la Rédemption nous avons gagné beaucoup plus, je dirais volontiers, infiniment plus, que nous n'avons perdu par la faute de notre premier père. Voilà pourquoi l’église, dans le service solennel du Samedi saint, entonne ce chant de triomphe : “O heureuse faute qui nous a valu un si grand et si glorieux Rédempteur!” Car notre divin Sauveur non seulement a vaincu Satan, et nous a delivrés de son esclavage ; non seulement. il nous a élevés à un état surnaturel de grâce pareil à celui dans lequel Adam fut crée ; mais de plus il nous a rendus capables de pratiquer des vertus plus éminentes que celles qui auraient été pratiquées par Adam même, sil eut persévéré dans l’état d’innocence, et par conséquent d’obtenir un plus haut degré de gloire dans le ciel. En unissant la nature divine à la nature humaine, il a placé la nature au dessus des chœurs des anges, et nous a communiqué une grâce beaucoup plus puissante, et d’un ordre plus relevé que celle accordée dans l’origine à nos premiers parents. Par l’accomplissement de la morale chrétienne et l'observation des conseils évangéliques, un plus vaste champ s'ouvre devant
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nous pour l’acquisition de la vertu. Suivant la doctrine catholique, les conséquences naturelles de la chute, je veux dire la concupiscence et les épreuves de cette vie peuvent, si nous le voulons, devenir pour nous la source de nouveaux et de plus grands mérites, et nous rendre dignes dans l'éternité d’une récompense proportionnelle, de sorte que notre condition, après la perte de l’innocence primitive, devient, sous certains rapports, un sujet d'envie pour les anges qui n’ont jamais pu, par leur patience dans les souffrances, prouver à Dieu leur obéissance et leur amour. Ainsi le dogme catholique nous permet de gouter toute la douceur de la Rédemption, d’en recueillir toute l’efficacité, et de partager avec notre Sauveur la gloire de sa résurrection et de la victoire complète qu’il a remportées sur les puissances de ténèbres.
Le Protestantisme vous prive de cette consolation. Luther, Calvin et leurs adhérents enseignent qu'aucun péché, soit originel, soit actuel, n’est jamais remis ; mais qu’il est tout au plus couvert par les mérites de Jésus-Christ.*
Suivant cette doctrine, l’homme, après avoir été justifié en vue des mérites de Jésus-Christ,
* Luther, Expos. Epist. ad Galat. Solid. Declar,, iii, 8 15. Calvin Instit., L iii, c. ii.
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26 CARACTÈRE DU PKOTESTANTISME,
reste dans son péché aussi bien qu'auparavant ; la seule différence qui existe c’est qu’après sa justification il n’est plus exposé 4 être puni pour les transgressions dont il s’est rendu coupable. Pour tout homme qui aime son Dieu il est difficile de concevoir une doctrine plus désolante. Un homme de ce caractère redoute plus l’offense que le châtiment, et la pensée que si Dieu refuse de le punir, il le laisse cependant dans un état tel qu’il n’est rien autre chose à ses yeux qu’un sépulchre blanchi, devient poux lui un véritable supplice. D'ailleurs les Protestants maintiennent unanimement que l’homme n’a aucune part dans l'opération qui couvre ses péchés, parce qu’il a entièrement perdu l’usage de sa liberté, et que dans lacte de sa justification, il est, pour employer l'explication de Luther, aussi passif que le pillier de sel dans lequel fut changée la femme de Lot.* Après, comme avant sa jusfication, l’homme demeure complètement incapable de faire aucune action véritablement bonne, ou d'acquérir aux yeux de Dieu aucun mérite réel.
Ainsi le Protestantisme dépouille la terre de toute espèce de justice. Il bannit de notre esprit et de notre cœur la conviction de l’inno-
* Luther in Genev., cap. xix.
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CARACIÈRE DU PROTESTANTISME. 27
cence heureusement recouvrée; il veut nous faire croire, si la chose est possible, que les blessures faites par la chute sont si profondes, que le sang du Rédempteur n’a point assez d’efficace pour les guérir, et que notre ruine est tellement désespérée que le Tout-Puissant lui-même s’efforcerait en vain de la reparer. Tel est le second degré de ce désolant système, Le trouvez-vous préférable au point de vue catholique ?