‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 61 sur 80 · TRANCHER · texte numérisé non relu

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mains de la tyrannie, ou aux empiètements des institutions féodales, a été conquise sur un despote par le génie, le courage et la science des Catholiques, sous les auspices et avec l’encouragement de leur Mère spirituelle, l'Eglise. Il y a même quelque chose de plus concluant. Les principes de liberté, répandus dans la constitution Américaine, qui déclarent les droits du peuple, et veillent à leur conservation, ne sont, en substance, que la copie littérale, et presque mot pour mot, de cette grande charte de droits politiques dont nous venons de parler. I] n’y a pas un seul écolier en Amérique aux oreilles duquel n’ait retenti le nom de Magna Charta, arrachée au roi Jean par les barons d'Angleterre. Mais si l’on disait à ces enfants protestants que tous et chacun de ces intrépides barons, qui montrèrent un courage si inflexible, une si grande habileté dans M politique, et cette profondeur de vues qui leur fit distinguer les principes sur lesquels repose la liberté civile, et qui la font vivre actuellement dans les Etats-Unis, étaient Catholiques, ces mêmes enfants vous regarderaient en face avec toutes les marques de l’étonnement et de la stupeur. On leur a appris à révérer Magna Chart, et dans le même instant, à dérioncer l'Eglise comme ennemie de toute liberté civile. Leurs

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compositions littéraires élèvent l’une jusqu’au ciel ; ils ouvriraient volontiers les entrailles de la terre pour y précipiter l’autre: On a fait, et on fait encore un tort immense à l’esprit et au cœur de ces jeunes enfants qui seront les hommes de demain.””*

L'histoire de l’Eglise Catholique dans tous les siècles prouve, avec la clarté de l’évidence, qu’elle est avec le peuple; qu’elle s'associe, et s’est toujours associée‘ au peuple. Elle est, et elle a toujours été chez toutes les nations comme dans le sein de sa propre famille ; elle sanctionne toutes les formes légitimes de gouvernement. Depuis le jour de la Pentecôte, ses enfants ont parlé toutes les langues ; ils se sont pliés à toutes les institutions civiles des peuples où ils ont vécu.

Si l’accusation portée contre l'Eglise d’être hostile à la liberté civile est fondée sur les documents de l’histoire, rien de plus aisé que de prouver à quelle époque, chez quel peuple, dans quelles circonstances elle a étouffé la liberté, et quels sont les gouvernements démocratiques renversés par son ordre. Les faits ne justifient pas cette supposition. Il existe de nos jours, en Italie, une petite république, celle

# Baine, p. 147.

de St. Marin, la plus ancienne de toutes et la plus fortement attachée aux principes de la démocratie qu’elle conserve avec une sorte de ténacité. Cette république qui jouit de son indépendance, depuis treize cents ans, est, et a toujours été Catholique, et se trouve depuis plusieurs siècles sous la protection du Pape.

L'Eglise Catholique n’est hostile ni à vos libertés, ni à vos glorieuses institutions. Vous n’avez rien à craindre de sa part. La pensée qu’on lui prête de vouloir renverser la république ne peut avoir pris naissance que dans de fausses interprétations de sa doctrine et de sa discipline.

Le dernier mouvement des Know Nothing dont le but partiel était de nuire à la religion a produit un heureux résultat, celui de fixer sur la nature de nos doctrines l'attention d’un grand nombre d’Américains protestants, de bonne foi. Quelle en a été la conséquence?

uve disposition plus favorable à l'Eglise, et mème dans quelque cas, le retour à la foi qu’elle enseigne. Je puis ici alléguer, comme exemple, la conversion du fils d’un ministre protestant de Toledo. Il se trouvait présent a une assemblée religieuse, au moment où le ministre se livrait aux plus violentes invectives contre l'Eglise, la représentant comme un

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Un fait très remarquable, c’est que les Américains convertis se placent parmi les Catholiques les plus fermes dans leur croyance et les mieux disposés à la réduire en pratique. A mon arrivée en Amérique, un de mes amis qui avait résidé longtemps dans le pays et qui le connaissait bien, m'avait déja fait cette remarque. Mon expérience personnelle m’a convaincu de la justesse de ses observations. Les Américains ne se contentent pas d’être simplement Catholiques de nom, lorsqu'ils ont une fois pris la résolution de se convertir, ils se montrent hommes d’action, la fermeté de leur volonté est à toute épreuve, et ils donnent à ceux auxquels ils se sont réunis l’éclatant exemple d’une foi agissante et pleine d’énergie. La considération de ce fait incontestable portait, il y a quelque temps, un journal de Rome à exprimer la pensée que l’entreprise la plus glorieuse à l'Eglise serait de travailler à la

conversion des Etats-Unis à la foi catholique. Si cet ouvrage pouvait contribuer le moins du monde à la réalisation d’un si noble dessein, je me trouverais amplement récompensé de la modeste part que j'ai pris à cette œuvre.

Un assez grand nombre de Protestants regardent un changement de religion comme une démarche déshonorante et réprouvée par la morale, Ce préjugé est un des plus dangereux et des moins fondés en raison. Il ne peut être déshonorant de renoncer à l’erreur pour embrasser la vérité. L’accomplissement du devoir le plus important pour un homme, celui de rendre un témoignage public à la vérité et de servir Dieu comme il désire être servi, ne peut être réprouvé par la morale. Renoncer à une fausse religion pour professer celle qui seule est la véritable, c’est faire l’acte le plus honorable que l’on. puisse accomplir. En abandonnant la secte dans laquelle vous êtes nés, et devenant membres de la véritable Eglise, après vous être convaincus de la validité de ses titres, vous rendez à Dieu l’honneur qu’il a certainement droit d'exiger de vous, parce que vous confessez simplement que Dieu est vérité, et qu’il n’a pu révéler qu’une seule religion. Vous honorez Jésus- Christ en reconnaissant solennellement de-

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vant le monde que la seule véritable Eglise est celle qu’il a fondée, et dont les Apôtres ont préché la doctrine. Vous honorez l'Eglise de Jésus-Christ, parce que, placés en face des préjugés du public, et peut-être de la persécution qui vous attend, vous la reconnaissez pour être celle qui lui appartient. Vous honorez la droiture de votre esprit et la pureté de votre cœur, en faisant preuve de votre indépendance et en foulant aux pieds cet indigne principe que tout homme doit rester dans la religion du pays où il a pris naissance, sans s'inquiéter si elle est vraie ou si elle est fausse.

On ne comprend pas comment ce principe :

il faut rester dans la religion de son pays, a pu se mettre en avant et se faire accepter. Dans tout autre sujet, on suit une règle de conduite absolument différente; en général les hommes tendent à se procurer ce qu'il y a de mieux.

La religion est-elle donc d’un prix si vil, que peu importe si elle est bonne ou si elle est mauvaise? On ne peut imaginer un plus haut dégré d’insouciance que d’être indifférent sur la vérité ou la fausseté de la religion. Cette question cependant se lie inséparablement à notre salut. La religion est par le fait et en elle-même l'unique moyen de l’assurer, et

comme je l’ai montré, une seule est vraie, une seule peut conduire l’homme au ciel.

Que diriez-vous d’un voyageur qui se dirigerait vers le Midi, lorsque le lieu de sa destination est située au Nord, et qui refuserait de revenir sur 8e3 pas, après avoir découvert son erreur? Que penseriez-vous si, malgré les signes indicateurs de la route à tenir et les renseignements des personnes connaissant parfaitement le pays, il continuait à marcher dans une fausse direction, se consolant par la pensée q’un chemin est aussi bon qu’un autre? Sa conduite vous paraîtrait-elle raisonnable, surtout si le bonheur de sa vie entière dépendait de son voyage ? |

Si un homme né aveugle et boiteux pouvait être guéri de cette double infirmité, nous 1: croirions dépourvu de sens, 8’il disait au médecin : J'aimerais assez à être guéri; mais je suis né tel que je suis; comme moi mon père était aveugle et boiteux, je ne veux point prendre la peine et les soins nécessaires pour ma guérison. Un malade qui se contenterait d’une médecine quelconque, simplement parce que c’est une médecine, ferait un acte de folie. Un médecin meurt en laissant après lui un grand nombre de recettes. Son héritier, qui n'avait jamais étudié la médecine, mit une enseigne à sa

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porte, comme s’il eut été médecin. Quand on venait le consulter il prenait au hasard une de ces recettes, la copiait et remarquait en la donnant qu’elle devait être excellente, parce qu’elle lui avait été laissée par un très habile médecin. Ajouter foi à tout charlatan qui met en vogue une nouvelle religion, c’est montrer une indifférence et une folie égales aux actes des insensés que je viens de décrire,

Si le principe que tout homme doit rester dans la religion de son pays est vrai, pourquoi Jésus-Christ a-t-il établi son Eglise et envoyé ses Apôtres travailler à la conversion des peuples? Si votre raisonnement est bon, les Juifs et les Gentils avaient le droit de rejeter la nouvelle religion et de retenir celle qu’ils pratiquaient. La propagation du Christianisme serait devenue impossible, et nous serions maintenant plongés dans les ténèbres du Paganisme.

Ce principe est faux. Quiconque a découvert la fausseté de sa religion est tenu de l’abandonner pour celle qui est véritable. En agissant de la sorte, il remplit le premier et le plus essentiel dè tous les devoirs de la créature envers son Créateur, celui de se soumettre à la volonté de Dieu, sans considérer les inconvenients, les afflictions et les persécutions qui pourraient en être la suite.

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Ceux d’entre vous, qui ont reçu la Confirmation dans une secte protestante, ne peuvent penser à un changement de religion sans être violemment troublés. Ils le regardent comme une violation criminelle du serment qu’ils ont fait de demeurer Protestants, Leur crainte n’est pas raisonnable ; un serment illicite n’impose aucune obligation. Personne ne peut dire que, par son serment, Hérode était obligé de donner la tête de St. Jean Baptiste à le ñlle d'Hérodias. Dieu ne peut accepter un serment contraire à la vérité et à la justice. Si vous aviez fait le serment de livrer votre âme à Satan, vous croiriez-vous obligés de le tenir? Vous est-il permis de contracter avec serment l'obligation de résister aux inspirations du Saint Esprit et de rejeter la vérité? Le serment que vous avez fait, comme Protestants, en recevant la Confirmation, vous impose le devoir, s’il a aucune force, de devenir Catholiques. S'il signifie quelque chose, il signifie que vous prenez l'obligation de rester Protestants, uniquement parce que le protestantisme vous parait être le vrai christianisme. Donc si vous découvrez que l'Eglise Catholique est la seule véritable Eglise, et que vous ne pouvez être vraiment chrétiens qu’en devenant Catholiques, le serment que vous avez fait, s’il vous lie, vous

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oblige à vous réunir aux membres de cette Eglise. Supposons que vous avez fait serment de considérer un billet de banque comme étant réellement bon, et de le passer comme tel, seriez-vous obligés de tenir ce serment, si en cherchant à faire passer ce billet, vous découvriez qu’il est faux. Ne seriez-vous pas très content de le changer pour un autre qui eut la valeur prescrite, si quelqu'un vous en offrait spontanément le changement? Vous devriez être remplis de reconnaissance envers Dieu de vous avoir fait découvrir la fausseté du protestantisme et de vous donner ainsi la facilité de l’abandonner pour rentrer dans le sein de la véritable Eglise.

Devenir Catholique, c’est uniquement revenir à la vérité dont Luther s’est écarté. Quand on demande à un Protestant converti pourquoi il a changé de religion, il peut répondre: parce que Luther lui-même a été Catholique, ou bien encore: Demander à Luther pourquoi il a changé, je me suis réconcilié avec la vérité: Ce fut la réponse du Comte de Stolberg à cette parole du Roi de Prusse : “Je n’aime pas les gens qui changent de religion.” “Ni moi non plus, sire; si Luther n’avait point changé, je n'aurais point eu de motif d'agir comme j'ai

agi; je n’ai fait que me réunir à la prémière

Eglise.” “Il est honteux,” dit St. Augustin, “ de changer d’opinion, lorsqu'elle est bonne et vraie; mais changer d'opinion, lorsqu’elle est fausse et dangereuse est une démarche digne de louange et qui devient avantageuse. La force d’âme qui ne permet pas à un homme de se dépraver, est un sentiment honorable ;—mais l’obstination qui l'empêche de s’amender, est digne de réprobation.”*

Un grand obstacle à la conversion prend sa source dans l'opinion publique. En devenant Catholique, on accomplit un devoir sur lequel repose notre bonheur pour le temps et pour Péternité. Cependant un grand nombre d'hommes convaincus intimement que l'Eglise Catholique est la seule qui ait été établie par Jésus-Christ, sont arrêtés par la crainte des censures ; elles les empêchent de suivre leurs : convictions. Ils craignent de déplaire à ceux qui leur sont unis par les liens du sang ; ils redoutent l'opinion du monde, ils aiment mieux se rendre agréables aux hommes que d’obéir à Dieu, et s’exposent ainsi à encourir cette terrible menace de Jésus-Christ: ‘ Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux.

* St, Aug. Epist. ad Celer.

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Mais quiconque me renoncera devant les hommes, je le renoncerai aussi devant mon Père qui est dans les cieux. . . . (Celuiqui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi.”* C'est ainsi qu'ils se déterminent à braver la colère de Dieu, plutôt que d’encourir le déplaisir ou la censure des hommes. La crainte du blâme est un funeste écueil où de nobles cœurs ont fait naufrage et se sont perdus pour toujours.

Pourquoi donc craignez-vous de faire une démarche motivée par la meïlleure de toutes les raisons? Pourquoi craindriez-vous l’opinion des hommes surtout ici, dans le pays que vous habitez? Vous faites sonner bien haut le mot de liberté de conscience, de religion. Mais de quelle sorte est donc cette liberté qui vous empêche de suivre vos propres convictions, et vous tient enchaïnés dans les fers forgés par l'éducation, l'habitude et l'opinion publique ? La liberté, si elle vaut quelque chose, doit vous rendre assez hardis pour vous porter à ne reconnaître qu’un seul juge de votre conscience —Dieu.

* Mat. x. 82, seq.

Jusqu'à présent je ne me suis occupé que des Pratestants; maisun grand nombre d’'Américains ne professent aucune religion et sont simplement infidèles. (C’est à eux maintenant que je veux m'adresser, d’abord parce que je crois qu’il y en a beaucoup parmi eux qui ne se montreraiènt pas hostiles à la vérité, si elle leur était clairement présentée. D'ailleurs la suite du raisonnement me conduit à discuter l’Infidélité comme dernière conséquence du protestantisme.

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