‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 77 sur 80 · PEINES ÉTERNELLES · texte numérisé non relu

PEINES ÉTERNELLES

La foi présente un article de doctrine que les infidèles repoussent ordinairement avec le plus grand mépris; il leur parait être une raison suffisante de rejeter tout l’ensemble du Christianisme, cet article est l'éternité des. peines de l’enfer. Examinons en peu de mots jusqu’à quel point ils sont dans leur droit,

La raison principale qu’ils allèguent pour nier ce dogme, ils la tirent ordinairement de l’infinie miséricorde de Dieu. Ils prétendent que la bonté divine ne peut se concilier avec un châtiment éternel. Mais, ne puis-je pas le demander; pourquoi ne considèrent-ils pas la justice infinie de Dieu plutôt que son infinie miséricorde, quand il est question des châtiments qu’il inflige{ Pourquoi ne concluentils pas, de la nature même de son infinie justice, que la peine du péché doit être éternelle, puisque l’offense renferme un mépris réel d’une

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majesté infinie? Dieu sans doute est infiniment bon; mais Il ést aussi infiniment juste. Parcequ’il est infiniment bon, Il accorde à la vertu une récompense éternelle dont personne ne se plaint. (Cependant une récompense éternelle, telle que la vision béatifique de Dieu, surpasse infiniment tout mérite humain. La souveraine justice demande une peine proportionnée à la griéveté de l’offense, et comme l’homme est incapable de supporter des tourments infinis dans leur intensité, il est juste qu’il soit soumis à un châtiment infini dans sa durée.

L’éternité de l’enfer est certainement une vérité épouvantable, et si les infidèles s’efforcent de la révoquer en doute, c’est pour étouffer les remords de leur conscience et vivre plus librement dans le péché. Mais leurs efforts sont inutiles. Jamais ils ne pourront faire croire que l'éternité des peines est une fausse supposition, ni mème la rendre douteuse. Refuser de l’admettre, c'est contredire la raison, je vais le prouver.

Je l’accorde volontiers : l’éternité des peines est, sous un certain point de vue, un mystère ; mais rappelez-vous que les mystères nous entourent de tout côté, lorsque nous entreprenons d'approfondir les rapports qui existent

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entre Dieu et ses créatures, personne ne conteste ce fait. Tous reconnaissent l’impossibilité où nous sommes de concilier son étérnité avec le temps, et son immutabilité avec l’acte de la création. Il y a, et il doit y avoir des mystères dans les relations de $ses divins attributs avec l’ordre physique et moral des êtres. Le fini ne peut embrasser l'infini ; le propre de la sagesse consiste donc à accepter les enseignements de la révélation sur cet article comme sur tous les autres.

Vous ne pouvez rejeter comme mensongère une doctrine sur laquelle il vous est impossible de porter un jugement final et décisif. Si vous entreprenez de le faire, au risque d’encourir un malheur éternel, vous adoptez un mode de conduite bien étrange que vous-mêmes, après y avoir réfléchi, jugerez souverainement indigne d’un être raisonnable.

L’audace des infidèles à nier l'éternité des peines ressortira d’une manière encore plus frappante, si nous considérons le nombre ‘et l'autorité de ceux qui admettent les peines éternelles. Comparés avec eux, ceux qui admettent cette vérité, l’emportent de beaucoup non seulement, par l’immense majorité du nombre, mais aussi par la supériorité du genie, des talents et des connaissances acquises. Les

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infidèles ont contre eux le témoignage unanime de toutes les nations chrétiennes, catholiques et non catholiques, qui se sont succédé sur la terre depuis dix-huit cents ans. Vous pouvez apprécier aussi bien que moi l’incaleulable trésor de science et de vertu renfermé dans cette vaste multitude. On peut même dire que les infidèles se mettent en opposition avec le genre humain tout entier, püisque l'éternité de l'enfer a été la croyance de tous les siècles. Tous les peuples, civilisés, barbares, sauvages, Juifs, Mahométans, payens, toutes les tribus, toutes les langues se réunissent dans cette croyance, malgré la mystérieuse horreur dont elle est entourée. Jetez les yeux sui les nations de l’antiquité les plus avancées dans la civilisation, les Grecs et les Romains ; ceux qui connaissent leur littérature savent très bien que leurs philosophes, leurs orateur

leurs poètes parlent des peines éternelles comme d’une doctrine universelle. Rappelezvous ce que dit Virgile :

“ Sedet, æternumque sedebit Infelix. Theseus.”* “Infortuné Thésée! © supplice ! tes cnaines Pendant l’Fternité ne se rompront jamais.”

* Æne. 1. VI. v. 617, 618,

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On pourrait citer un grand nombre d’autres textes semblables, extraits de Virgile, d’Ovide, de Stace et d’autres anciens poètes Latins.

Une grande partie du sixième livre de l’Enéide et du onzième de l’Odysée d’Homère est une description des tourments que souffrent les méchants dans l'Enfer ou le Tartare. L'idée des Furies, des Titans, de la roue d’Ixion, de la pierre de Sisyphe, de l’étang de Tantale, n’est que la personnification poétique de la conviction universelle. Lucrèce même, disciple d’Epicure, ajoute son témoignage à celui de $es contemporains :

“ Ignis ubi ardebit nullo delebili. -. 0.”*

“Où rugiront des feux, des tourbillons de flamme Dont le Temps ne saurait éteindre les ardeurs.”

Pluton dans son Gorgias parle de deux espèces de peines, les unes infligées pour des offenses capables d’être expiées, les autres qui ne sont plus susceptibles d’expiation. Ceux qui se sont rendus co"pables de cette dernière espèce de crimes seront punis par des “ tourments affreux et sans fin.” Je pourrais multiplier à l'infini le nombre de ces citations, en les tirant des écrivains de tous les siècles et de

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toutes les nations dont nous avons les ouvrages, et des relations de voyage dans toutes les parties du globe. Une croyance universelle doit avoir une origine commune, et cette origine ne peut être que la raison même éclairée par la tradition universelle d’une révélation primitive.

Si le témoignage du genre humain était en faveur des infidèles, ils ne manqueraïent pas de s’en prévaloir. Comme elle leur est entièrement défavorable, ils la passent sous silence, et en appellent exclusivement à la raison.

Mais la raison confirme cette croyance du genre humain et en indique le fondement dans la nature du péché et des divins attributs.

Quoiqu’elle ne puisse pénétrer ce qui est mystérieux dans l’éternité des peines, cependant il lui est possible de démontrer qu’elle s’accorde avec le caractère intime du péché et les perfections de Dieu.

En premier lieu, la malice du péché mortel est en elle-même infinie, parc qu’elle renferme, comme je l’ai déjà dit, un mépris réel d’une Majesté infinie.

En second lieu, l’'homme-r’est crée que pour Dieu. S'il le sert sur la terre, son bonheur dans l’autre vie sera parfait. Si au contraire il refuse de le servir, il est juste qu'après sa mort son malheur soit complet. Le bonheur

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