‹ Catholicisme, protestantisme et infidélité [microforme]Chapitre 78 sur 80 · PRESS · texte numérisé non relu

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de l’homme pour être parfait doit être éternel son malheur pour être complet ne doit jamais finir.

St. Grégoire le Grand donne une troisième raison. ‘Il est conforme à la justice que celui dont l’âme a toujours été asservie au péché, soit aussi toujours asservi au châtiment, et que la peine du réprouvé soit sans fin et sans relâche, puisque, pendant sa vie, il n’a pas mis de bornes à sa malice.”* L’œil de Dieu lit le secret des cœurs. Il cesserait d’être Dieu, s’il n’infligeait point un châtiment proportionné à la dépravation du cœur humain.

Une quatrième raison étroitement liée a celles qui précèdent consiste dans la nécessité d’une sanction efficace de la loi de Dieu ; c’està-dire que, dans toutes les circonstances, l’accomplissement de la loi divine doit être appuyé sur des motifs si puissants qu’ils en fassent redouter à l’homme la transgression. Maïs cette disposition, dûe au caractère suprème et sacré de la loi, demande un châtiment qui n’ait point de fin. En dépit des tourments étermels qui le menacent, l’homme commet le péché; que serait-ce donc s’il avait la certitude que l’enfer cesserait de l'être un jour, et que tous enfin

* Greg. Mag. L. 34 Mor. c. 19.

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parviendraient à être heureux? Evidemment une sanction pénale de cette nature ne serait pas suffisante pour donner force à la loi; un être immortel la mépriserait. Les lois humaines, quand elles sont en vigueur, comme elles doivent l’être, ont une peine proportionnée à la grièveté de la transgression. Mais pourquoi, dites-vous, Dieu n’anéantirait-il pas le pécheur? L’anéantissement est plutôt un acte de puissance que de justice. Personne ne qualifie le suicide du titre de justice, et vependant celui qui s’en rend coupable cherche, autant qu’il le peut, à s’anéantir. Loin d’être une sanction efficace de la loi de Dieu, l’anéantissement servirait plutôt à encourager le crime qu’à le prévénir. Si le pécheur avait l'espérance d’être anéanti, il pourrait dire d’un ton de triomphe et avec un sentiment de mépris pour la souveraine justice: je puis pécher tout à mon aise, peu m'importe de retomber dans le néant.

L’éternité des peines, quoique terribi :, /’est donc que la sanction efficace de la loi de Jia, ou la protection de l’immuable sairteté de l’ordre moral. Maintenir l’ordre étérnel est certainement un objet d’une plus haute importance, que le malheur sans fin d’une transgression volontaire. Si, comme vous cherchez

à vous le persuader, il n’était pas permis à Dieu d’établir un châtiment éternel pour sanctionner sa loi, un être immortel pourrait l’insulter sans crainte, et se moquerait hardiment d’une peine passagère. La position de Dieu n’aurait rien de préférable à celle de ces pères faibles qui ne peuvent ou n’osent dompter et châtier l’insolence de leurs enfants. Mais au seul nom de peines éternelles, Satan lui-même est saisi de terreur.

Une cinquième raison se fonde sur la natur de la liberté humaine et l’état d’épreuve où l’homme est placé sur la terre. Il est, au plus haut dégré digne de la sagesse divine d’avoir fixé aux hommes une période de probation

pendant laquelle ils puissent librement choisir entre le bien et le mal. Cette période se renferme dans les limites de notre vie. Il est de la nature d’un temps de probation que le choix auquel on s’est enfin décidé, pendant qu’il dure, soit irrevocable. (Celui qui entre dans l'éternité, coupable d’un péché mortel, se place lui-même par un effet de sa volonté, dans un état où il ne lui est plus permis d’expier le crime qu’il à coinmis, parce que le temps de probation et de grâce est écoulé. Le choix qu'il s’est déterminé à faire est donc par là même perpétuel. Dans l’éternité, le bien et le

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mal, la lumière et les ténèbres sont séparés pour toujours.

La raison ne peut découvrir ancune absurdité dans cet ordre invariable Etabli par la Providence, elle est au contraire forcée de con-

venir qu’il est parfaitement d’accord avec la

Sagesse infinie et la suprèmé Justice. Ceci est si vrai, et ceux qui se raillent le plus hardiment de la religion sont si profondément convaincus de la convenance d’un supplice éternel, qu’ils ne peuvent s'empêcher en,secret d’en redouter la réalité. De là leur indignation lorsque l’enfer devient dans la chaire sacrée le sujet d’un discours. F’ils avaient l’intime conviction que ce séjour d’horreur n’est qu’une fable, ils se moqueraient de nos menaces.

Tout ce que peut faire un infidèle, c’est de douter. S'il en est ainsi, un homme sage prendra le parti d'examiner, et sil vient à découvrir que la croyance à des peines éternelles est vraie, la raison lui commande de vivre de manière à les éviter. Mais douter, et cependant vivre comme si ce doute n'avait aucun fondement, ou qu’il fut de si peu d’importance qu’on put se dispenser d’y apporter la moindre attention, c’est évidemment compter la raison pour rien et la braver audacieuse-

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Ceci me rappelle un certain dialogue bien connu entre un Chrétien et un Athée. ‘ Que vous êtes fou,” disait celui-ci, “d'éviter le péché avec tant de soin, s’il n’y a point d’enfer.” Mais que vous êtes fou,” repartit celuila, “car s’il y a un enfer vous êtes sûr d’y aller.”

Sur cet article, comme sur beaucoup d’autres, il existe une contradiction palpable entre la théorie et la pratique des infidèles. Ils admettent la nécessité de condamner les grands criminels à un er1risonnement perpétuel et même à la mort {ir qu’est-ce qu’un emprisonnement qui tloit durer toute la vie?

qu'est-ce que la mort ? si ce n’est une espèce de châtiment éternel. Les lois humaines, selon vous, exigent cette sévérité. Des raisons beaucoup plus fortes demandent l’infliction de peines éternelles pour le maintien de le loi divine. :

Une exclusion éternelle du bonheur des cieux ne saurait être considérée comme une sanction suflisante de la loi de Diey. La pen-

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gée d’une existence sans { 1, exempte de toute souffrance, paraitrait à la grand : ajorité des hommes un degré très convenable de bonheur, La perspective d’un semblable avenir porterait un esprit rébelle à commetre les crimes les plus énormes. Tout autre menace que celle d’un châtiment éternel, sans consola

tion, sans espérance, sans soulagement, ne sera jamais qu’une faible barrière ; elle n’empècherait pas les plus odieux forfaits. Un homme peut n'avoir aucun amour pour Dieu, aucun désir de la félicité du ciel ; ses passions peuvent bt-e +’ lentes, son orgueil peut prendre un Caractère satanique; s “pendant il fait un bon usawe de sa raison, la pensée d’un supplice éter el doit être pour lui un motif suilisant de ne pas violer la loi de Dieu.

La menace d’un malheur sans fin est surtout nécessaire pour des êtres dont la destinée est surnaturelle. La simple exclusion d’un bonheur élevé au dessus de l’ordre de la nature, telle que la vision béatifique, n’aurait aucune force pour arréter la fougue des passions.

« L'homme animal ne conçoit pas les choses qui sont de l'esprit de Dieu ;” “ elles lui paraissent une folie, et il ne pent les comprendre.”* Un bonheur surnaturel ne réveille

* 1 Cor. ii. 14.

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