‹ Catholique ou Protestant? [microform]Chapitre 10 sur 35 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'Eglise romaine et la Bible

L'histoire de la Bible en France. — Les versions catholiques.

— L'opposition catholique. — Là doctrine de la Tradition. — • La Bible est-elle difficile à comprendre ? — Que vaùt-il mieux ne jamais lire la Bible, ou bien mal interpréter tel passage ?

— D'où viennent les erreurs des lecteurs de la Bible ? — Est-il vrai qu'une interprétation infa'illible est indispensable ?

— Est-il vrai que la Bible fait des hérétiques ? — Oui ou non, la Bible est-elle un livre pernicieux ?

Y., le 30 octobre 1913.

Deux mois et demi se sont écoulés depuis que j'ai quitté les rives de la Manche.

Océan, puissance une et multiple tout à la fois ; puissance énorme et toujours en mouvement, tu m'as séduit, tu m'as gagné. Mon rêve, c'est de revenir errer sur tes plages, humer ton air salin, me faire éclabousser par tes embruns...

Mais à ce souvenir se mêle intimement celui des amis que j'ai trouvés là-bas...

Souvent je revois en pensée M. de S*-Lambert et son regard lumineux^ J'entends sa voix grave célébrer avec l'impressionnante conviction qui m'a tant frappé, Vunité, la vérité, V infaillibilité romaines, en regard du néant des Eglises protestantes... Je suis allé dimanche dernier au culte de ma paroisse. Une vingtaine d'hommes et peut-être trois fois plus de dames étaient là pour entendre quelques prières et versets bibliques assez lestement lus, un discours compassé... J'ai eu froid !... froid à l'âme... Faut-il aller trouver

un curé, lui demander conseil, comme me l'insinue M. de S*-Lambert dans sa dernière lettre ?

Plus j'y réfléchis, plus le problème se pose clairement à mon esprit : De deux choses l'une, l'Eglise romaine est infaillible ou elle ne l'est pas. Si elle est infaillible, toute polémique de détail est vaine : il n'y a plus lieu de discuter aucun dogme, ni aucun rite, et Je deviendrai catholique : car étant chrétien, je ne veux pas rester en marge de la chrétienté.

Si elle n'est pas infaillible... alors tout est remis en question... Que Dieu m'éclaire...

Une idée... Si j'en causais avec Jacques Marchand, le pasteur de S. ? Il va s'effarer, s'emporter peut-être... Tant pis ; il faut tout essayer...

Y., le 2 novembre.

Plus j'y pensais, plus l'idée de m'ouvrir de toutes ces' choses à Jacques Marchand me souriait. Avec un vieux camarade de collège, on se gêne moins encore . qu'avec un parent...

Nous avons donc passé l'après-midi ensemble dans son gentil cabinet d'étude, parmi les rayons chargés de volumes, près d'un bon petit feu clair qui réchauffait le corps et égayait l'esprit...

Que de bons souvenirs nous avons retrouvés... Que de bons camarades, dont les noms revenaient peu à peu sur nos lèvres : et celui-ci ? — Il est avocat à Lausanne. — Ah ! oui ! c'est vrai. Et celui-là ? — Tu ne sais pas qu'il est mort ? — Non, vraiment, je ne le savais pas. Laisse-t-il une famille ? — Hélas oui, . quelques enfants dont aucun n'est élevé...

A un moment donné, l'occasion d'aborder la question religieuse se présenta d'elle-même.

— Où as-tu passé tes vacances de cette année ?

— Sur une plage normande, à X.-sur-Mer.

— Splendide ! Et tu t'es fait du bien ?

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— Beaucoup... et figure-toi qu'on a voulu me faire catholique.

— Allons donc; tu plaisantes 1

— Nullement. Et je t'avouerai que j'ai eu là telle discussion qui n'a pas été sans me rendre songeur.

^ Surtout, j'ai fait la connaissance d'un homme vraiment extraordinaire, ancien protestant devenu catholique... •

— Eh bien ! voilà qui est intéressant ; raconte-moi tout ça ! Et pour mieux suivre le récit, mon ami Jacques renversé dans son fauteuil croisa les jambes

f et suivant un geste qui lui était familier mit ses deux pouces aux entournures de son gilet.

Pendant une demi-heure, sans grand ordre, je dis la rencontre que j'avais faite, ma stupéfaction, mes essais de repartie. Malgré le feu que j'y mettais, mon camarade ne s'enthousiasmait guère. Le voyant étouffer un bâillement, je me tus.

— Et alors, re;prit-il ?

— Eh bien, qu'aurais-tu répondu, toi ?

— Que nous avons la Bible !

— Je l'ai dit. Mais de quel ton on m'a rétorqué « l'Eglise romaine l'a aussi »...

— Oui, l'Eglise romaine l'a ; seulement de quelle manière ! Pendant la messe, par exemple, on lit trois fois l'Ecriture sainte, entre autres deux fragments des Evangiles qui doivent être entendus debout par respect.

Voilà qui semble donner, dans le culte catholique, une place d'honneur à la Parole de Dieu ; mais prendsy garde; ces trois lectures ne sont pas écoutées par les fidèles. Pour l'Epître comme pour le premier Evangile et coiiime pour le dernier, il y a des prières que le fidèle doit dire pendant que le prêtre lif^). Du

Voir la Sainte Messe : Haas, grand catéchisme, pages 38-55.

reste, le fidèle voulût-il comprendre, qu'il ne le pourrait pas : toutes ces lectures sont faites en latin. Et même pour le fidèle au courant du latin, il n'y a rien à saisir, car le prêtre lit très vite et le dos tourné à l'assemblée 1

Pour moi, c'est typique : L'Église catholique accorde à la Bible toutes les marques imaginables de respect extérieur, puis avec la plus profonde révérence, la met de côté et s'en va.

Cette parole de mon ami m'irrita. J'eus l'impression qu'il n'avait pas donné suffisamment d'importance à mon récit. M. de S*-Lambert a raison, me disais-je; il est difficile aux protestants, et surtout aux ministres, de secouer leurs préjugés séculaires.

Cependant, craignant de prononcer un mot désagréable, je me contentai de tisonner silencieusement le feu. En levant les yeux, je remarquai que Jacques me regardait fixement comme pour se rendre compte de mes pensées. Un souci se lisait sans peine sur sa bonne physionomie.

— Connais-tu, dis-je, la vie de S*-François d'Assise ?

— Mais oui... quelque peu... Ce fut un chrétien admirable...

— Pourtant, c'était un catholique.

— D'avant la Réforme !

— D'accord; mais un catholique très attaché à l'Eglise, à la hiérarchie, au pape...

— Je vais te surprendre... Mais sans rien enlever à la merveilleuse personnalité du Poverello, je t'avoue que j'admire autrement encore l'œuvre d'un Pierre Valdo...

— Un hérétique !...

J'avais parlé trop vite, mais le mot était lâché. Jacques se leva comme un ressort.

-^ Pauvre ami, s'écria-t-il, tu en es là ? As-tu donc abjuré déjà la foi de tes pères?

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Une vive anxiété se peignait sur ses traits, tandis qu'il attendait une réponse. Il respira quand je lui fis signe que non, retomba sur son siège, et se plongea dans ses réflexions. Il avait les yeux fermés et je suppose qu'il priait, car par instants ses lèvres remuaient. Soudain il se releva, prit dans sa bibliothèque un assez grand volume, l'enveloppa et me le tendit en me disant affectueusement : Fais-moi le plaisir de lire cela à tête reposée, n'est-ce pas ?

— Volontiers, lui dis-je ; je ne demande pas mieux que de m'instruire.

— Vraiment ? alors tout ira bien, Dieu aidant !

A ce moment le tintement vif d'une sonnette se fit entendre dans le corridor. C'était le signal du souper. L'instant d'après, j'étais à table avec la famille de mon excellent ami...

Y., le 16 novembre.

J'ai parcouru le livre de Jacques : Histoire de la Bible en France^). Etrange publication de 600 pages, abondante et touffue ! Vaste collection de monographies, ayant toutes trait à la Bible, alternant avec divers récits et même des sonnets du pasteur Saillens.

Elle ne vous promène pas seulement en France et dans tous les pays de l'Europe, mais encore à travers les cinq parties du monde et toutes les époques de l'histoire. Ce qui d'emblée m'y a plu, c'est que les catholiques n'y sont pas systématiquement attaqués et décriés, comme dans tant d'ouvrages protestants : En regardant la table des matières, j'ai vu qu'il était question de traductions catholiques de la Bible et qu'après un chapitre inévitable sur les inexactitudes catholiques dans la traduction du Nouveau Testament, figurait un autre chapitre, que je n'attendais certes pas, sur les inexactitudes protestantes.

^) Par D. Lortsch, pasteur, chez Jeheber, Genève.

J'avoue que cet effort d'impartialité m'a engagé à aborder l'ouvrage dans un esprit plus sympathique, et j'en ai lu de nombreux fragments.

D'après ce livre, dans l'Eglise catholique, la Bible ne fut nullement délaissée au cours des âges ; bien au contraire.

Au début de l'ère chrétienne, plusieurs traductions latines de la Bible soutinrent le courage des martyrs pendant les dures persécutions d'alors.

Dès le IV°i6 siècle, la Vulgate de S*-Jérôme remplaça toutes ces versions et devint extrêmement populaire.

Plus tard apparurent les versions françaises, entre autres celle de Lefèvre d'Etaples, plusieurs fois revisée par des auteurs catholiques.

A partir de la Réformation, M. Lortsch ne compte pas moins de quatre-vingt sept versions originales catholiques de la Bible ou de fragments bibliques; et encore n'est-il pas sûr d'être complet.

Quatre-vingt-sept versions catholiques depuis la Réformation 1 J'en demeure stupéfait. Jamais je ne l'aurais cru. Pourtant il faut bien le croire, puisque c'est un protestant qui l'affirme.

Qui donc prétend que l'Eglise romaine est l'ennemie de la Bible ?

Qui le prétend ?

Mon auteur lui-même.

En effet, dans d'autres pages du même volume, il présente l'Eglise catholique comme résolument hostile à toute diffusion de la Bible en langue vulgaire.

Est-ce le préjugé protestant qui reparaît malgré lui ?

Il ne le semble pas, puisqu'il s'agit uniquement de citations très précises de pièces officielles, avec indications exactes des sources qui toutes, par conséquent, peuvent être vérifiées.

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Innocent IIP) interdit aux laïques et aux femmes de lire les Ecritures en français, disant « qu'il a été sagement décrété dans la loi divine que toute bête qui toucherait à la montagne sainte devait être lapidée ))2).

En 1229, le concile de Toulouse promulgua le canon suivant (canon 14) : « Nous prohibons qu'on permette aux laïques d'avoir les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, à moins que quelqu'un ne désire, par dévotion, posséder un psautier ou un bréviaire pour le service divin, ou les heures de la bienheureuse Vierge. Mais nous leur défendons très rigoureusement (arçtissime) d'avoir en langue vulgaire même les livres ci-dessus ».

Le même concile établissait le tribunal de l'Inquisition et lui traçait par les lignes suivantes un progranime d'action :

« On détruira entièrement jusqu'aux maisons, aux plus humbles abris et même aux retraites souterraines des hommes convaincus de posséder les Ecritures. On les poursuivra jusque dans les forêts et les antres de la terre. On punira sévèrement même quiconque leur donnera asile »)^.

Plus tard, la Sorbonne dirige des attaques répétées et furieuses contre Robert Estienne?), le célèbre imprimeur, parce qu'il avait publié la Bible. Il ne s'en tire que par la protection du roi François I^^".

De même pour Lefèvre d'Etaples^), l'illustre traducteur et commentateur du Nouveau Testament.

^) Pape de 1198 à 1216.

*) Epistol» Innocent! III, Rom. pont. lib. II. Epit. 141, t. II, p. 432. Ed. Baluze.^- Ouv. cité par D. Lortsch, p. 13.

') Lortsch, op. cit., p. 14.

*) 1503-1559, Lortsch, op. cit., p. 29. etc.

*) 1435-1536. Lefèvre mourut âgé de 101 ans sans s'être janials rattaché ouvertement à la Réforme. Lortsch, op. cit., p. 90-100.

Le pape Pie IV, en 1564, défend par la quatrième règle de l'Index la lecture de. la Bible en langue vulgaire^).

Pie VII adresse le 28 juin 1816, à l'archevêque de Gnesne, métropolitain de Pologne, la bulle suivante : « Je déclare que les associations formées dans la plus grande partie de l'Europe, pour traduire en langue vulgaire et répandre la loi de Dieu, me font horreur, et qu'elles tendent à renverser la religion chrétienne j usque dans ses fondements ; qu'il faut détruire cette peste par tous les moyens possibles, et dévoiler les machinations impies de ces novateurs, en prévenant le peuple contre de telles embûches, dressées pour le précipiter dans une ruine éternelle ».

Ce sont, paraît-il, les Sociétés bibliques que cette bulle appelle une peste. Plusieurs autres papes les ont également condamnées. Pie IX l'a fait au moins cinq fois pendant son pontificat^).

Je sais bien ce que me diraient ici M. de S*-Lambert ou l'abbé Glàudin : « Ces Bibles répandues par les Sociétés bibliques sont des versions protestantes abondamment fautives; de plus, ceux qui les lisent sont incapables d'en saisir le sens vrai. A chaque pas ils peuvent s'égarer. C'est ce que laisse entendre assez la profession de foi de Trente, article XXI, que je , trouve aussi dans le volume de Lortsch : « Nous confessons que l'Ecriture sainte est imparfaite et lettre morte, tant que le Souverain Pontife ne l'a pas expliquée et n'en a pas permis la lecture aux laïques»^.)

Mais pourquoi l'Eglise n'oppose-t-elle pas Bibles à Bibles, société à société ? Pourquoi l'Eglise catho-

^) Voir pour ce qui suit : Lortsch, op. cit., p. 467-469.

=') Cf. le Syllabus ou résumé des principales .erreurs de notre temps. § IV : Socialisme, Communisme, Sociétés clandestines, Sociétés bibliques. Sociétés clérico-libérales,

. ^) Confitemur Scripturam Sanctam esse imperfectam et liiteram mortuam, quousque a Sununo Pontifice ea non fuerit expUcata, et Laicis ad legendum concessa (Lortsch, op. cit., p. 467).

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lique ne répand-elle pas en abondance et à bon compte, dans tous les pays catholiques, les versions catholiques, avec toutes les explications catholiques qu'elle veut ? Au contraire, ce sont les sociétés bibliques protestantes, abondamment condamnées par l'Eglise, qui répandent tant qu'elles peuvent la Version catholique de Sacy, dont M. Lortsch du reste dit beaucoup de bien.

Quelle chose étrange I D'une part^ amour pour la Bible. D'autre part, opposition à la Bible.

Qu'en conclure ? Je me le demande, en vérité.

Y., le 30 novembre.

C'est aujourd'hui dimanche. Je reviens de chez Jacques Marchand. Par aventure, il n'avait cette après-midi ni réunion de tempérance, ni rencontre de Jeunesse, ni enterrement... Et nous en avons largement profité pour causer,

— Tu nous as fait ce matin, lui dis-je, un brave petit sermon... Tu es justement l'homme qu'il faut pour prêcher à ces paysans.

— C'est dire que mon « brave petit sermon » n'était pas pour toi ?...

— Tu sais, nous autres maîtres d'école...

— Oui, vous autres maîtres d'école, consentiriez à vous humilier jusqu'à la foi du charbonnier, pour croire le miracle de la transsubstantiation... Mais c'est plus bas qu'il faut descendre.

— Et jusqu'où donc ?

— Jusqu'à la foi du brigand, pour croire à votre péché et au salut qui est en Christ.

— Allons, m'écriai-je, vas-tu refaire la seconde édition de ta prédication ad usum magistri ?i)

— As-tu lu mon petit livre ?

* A l'usage du professeur.

— Ton petit livre ? Tu es modeste ; presque six cents pages grand format 1

— Mais enfin, l'as-tu lu ?

— J'en ai lu de copieux passages.

— Et qu'en dis-tu ?

— J'en dis... qu'il est drôlement bâti, mais qu'il est très intéressant. Par place, j'ai été empoigné; tout ce cortège de vieux copistes, traducteurs, imprimeurs, colporteurs d'autrefois n'est pas sans vous faire impression. Et sais-tu ce qui m'a étonné ?

— Non.

— C'est qu'il y ait eu tant de traductions françaises catholiques de la Bible.

— C'est intéressant, en effet.

— Mais je ne puis m' expliquer pourqiioi les conciles et les papes, loin d'encourager la diffusion de ces versions, ont tout fait pour l'entraver.

— C'est bien simple. L'Eglise romaine couvre la Bible de fleurs... en théorie et parce qu'elle ne peut autrement. Mais, en pratique, elle la craint.

— Et les quatre-vingt-sept versions catholiques depuis la Réformation ?

— Entendons-nous. Il faut toujours distinguer les catholiques du catholicisme. Beaucoup de catholiques aiment la Bible parce qu'elle leur a fait du bien; naïvement ils cherchent à la répandre. Mais presque toujours, à leur grande surprise, l'Eglise entrave de tout son pouvoir leur initiative. Témoin Henri Lasserre, ce catholique français, qui traduisait les quatre Evangiles et les faisait paraître en 1887 avec l'imprimatur de l'archevêque de Paris et l'autorisation du Saint-Siège. Cent mille exemplaires s'en vendirent comme du sucre, en moins d'un an, et la même année l'ouvrage était mis à l'index, c'est-à-dire entièrement interdit par Rome.

En réalité l'Eglise, je le répète, se méfie de l'Ecri-

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ture sainte et la craint. Pour s'en débarrasser, elle a inventé la doctrine de. la tradition, grâce à laquelle elle escamote la Bible, ni plus ni moins qu'un prestidigitateur, à la foiré, escaiiiote la pièce de vingt sôus.

— Je trouve, Jacques, que tu as une manière presque divertissante de traiter ces questions si sévères. Enfin, va, continue.

— Tu vas voir, mon cher, si j'exagère le moins du monde !

Et, ce disant, il courait à sa bibliothèque et en revenait avec un volume offrant cette apparence frottée des manuels de classes qu'ont palpés maints doigts studieux d'écoliers,

— M. de S*-Lambert te citait le catéchisme romain, m'as-tu dit. Pourquoi ne te le citerais-je pas aussi ? Récemment, dans une dé mes tournées, j'ai mis la main sur cet exemplaire et je l'ai quelque peu étudié ces derniers jours, en pensant à toi.

Voilà le sujet qui nous occupe. Je lis textuellement^) :

Demande. Par qui Dieu nous a-t-il révélé ce que nous devons croire ?

Réponse. Dieu nous a révélé ce que nous devons croire : 1° par les patriarches et les prophètes, dans l'ancienne alliance; 2° par Jésus-Christ son Fils, dans la nouvelle alliance.

Dieu ayant parlé autrefois à nos pères, en diverses occasions et en diverses manières par les prophètes, nous a parlé en ces derniers temps par son Fils (Hébreux I, 1-2),

— Que trouves-tu là à reprendre ? Il me semble que j'entends l'écho des passages que notre pàsteiir nous faisait mémoriser jadis,

— Patience ! laisse-moi continuer.

Demande. Qù se trouvent contenues les vérités révélées par Dieu et enseignées par l'Eglise ?

*) Haas, Grand Catéchisme, quèst. 7 à 12,

Réponse. Les vérités révélées par Dieu et enseignées par l'Eglise se trouvent contenues dans V Ecriture sainte et la Tradition.

Prête grande attention, je te prie, à ces trois mots : ET LA Tradition.

— Ils sont gravés dans ma mémoire : et la Tradition.

— Je continue.

Demande. Qu'est-ce que l'Ecriture sainte ?

Réponse. L'Ecriture sainte est l'ensemble des livres écrits par l'inspiration du Saint-Esprit et reconnus comme tels par l'Eglise.

D. Comment se divise l'Ecriture sainte ?

iî. L'Ecriture sainte se divise en deux parties : l'Ancien et le Nouveau Testament, et c'est ce qu'on appelle la Sainte Bible.

D. Qu'est-ce que la Tradition ?

R. La Tradition est la Parole de Dieu non consignée dans les livres saints mais prêchée par les apôtres et transmise par l'Eglise de génération en génération.

Tu m' écoutes ? ^ '

— Je suis tout oreilles.

— Je lis toujours textuellement : La Tradition catholique est donc aussi bien la parole de Dieu gué la sainte Ecriture. Jésus-Christ n'a pas donné aux apôtres la mission d'écrjre, mais de prêcher (Saint-Marc XVI).

Il ferma le livre.

— C'est tout ? fis-je.

— Qui, c'est tout ce que j'avais à te lire.

— Je n'y vois rien de si noir.

— En réalité, mon cher, c'est la fable de l'Arabe et de son chameau. Celui-ci ne voulait abriter dans la tente que le bout de son museau, puis sa tête, son cou, ses épaules, enfin il y pénétra tout entier, chassant son maître à la pluie !

— Comment ?

— Je m'explique. La sainte Ecriture contient les

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