‹ Catholique ou Protestant? [microform]Chapitre 17 sur 35 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Quelques lettres

Y.^ le 2 avril 1914.

Mon cher Jacques^

Voici deux mois qu'ensemble nous revenions de chez le pasteur Z. ; deux mois que nous ne nous sommes point revus. Combien je regrette de t'avoir peiné ! A cette heure je comprends ce que tu as essayé de m' expliquer avec tant de cœur et, semblait-il, en pure perte. Je me suis donné au Christ et maintenant je connais que le Christ s'est donné pour moi. Quand pourrai-je te raconter tout ?

Ton bien affectionné et reconnaissant

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s., le 3 avril 1914.

Cher ami.

Je voudrais voler vers toi. Impossible aujourd'hui. Si tu ne peux monter à S. ces jours-ci, je descendrai la semaine prochaine.

Combien ton petit billet m'a réjoui ! Oh ! que Dieu est bon, et que son Esprit est puissant ! C'est Lui qui t'a éclairé. Nous en causerons bientôt.

Cordiale poignée de main de ton

Jacques M.

Y., le 11 avril 1914.

Monsieur de S*-Lambert, avocat, N. (France).

Cher monsieur et amU

De nos entretiens, comnie aussi des lectures que vous m'avez recommandées, s'est dégagée pour moi une claire vision : toute la question religieuse, qui nous a tant occupés, gravite autour d'un seul point : V infaillibilité.

L'Eglise catholique romaine est infaillible ou elle ne l'est pas.

Si elle est infaillible, toute discussion sur le sujet devient non seulement oiseuse, mais coupable. Il faut s'incliner.

Si elle ne l'est pas... il est permis, bien plus, il devient obligatoire d'examiner pour eux-mêmes chacun de ses dogmes et de ses rites.

La question de l'infaillibilité décide tout, comme le dit fort bien l'abbé Snell dans la préface des Lettres à un protestant^).

C'est donc à ce point unique que se rapporteront les cinq faits, j'écris faits et non pas arguments, auxquels je me permets de vous rendre attentif.

1° Si l'Eglise catholique romaine est infaillible» d'où vient qu'elle se sente gênée par le témoignage biblique, pris dans sa simplicité ? D'une part, elle affirme que lefe vérités révélées par Dieu se trouvent, en premier lieu, contenues dans l'Ecriture sainte. D'autre part, elle craint l'Ecriture sainte, au point de n'en pas conseiller la lecture à ses fidèles et même

1) Pages XXVI-XXVII.

en certains lieux et en certains temps, d'interdire cette lecture.

2° Si l'Eglise catholique romaine est infaillible, d'où vien,t que les Eglises qu'elle a tant de fois excommuniées ont pu vivre en dehors d''elle et de sa vérité pendant quatre cents ans, se développer, donner naissance à des personnalités chrétiennes d'une puissance et d'une profondeur spirituelles extraordinaires, et même, souvent apparaître à qui les étudie de près, comme miraculeusement secourues d'En-Haut ? .

3° Si l'Eglise catholique romaine est infaillible, d'où vient qu'à certaines époques, en Espagne dans les Pays-Bas, en Autriche, en France, elle a pu faire pendre et brûler, envoyer aux galères et dans les cachots des hommes et des femmes pieux, aimant le Christ, égarés disait-on, mais à coup sûr sincères ? Elle se défendait, dites-vous. Hélas, n'est-ce pas ainsi qu'elle a perdu pour des années la sympathie de grandes multitudes ? Et vous-même, cher Monsieur, en consscience, ne déplorez-vous pas qu'elle se soit défendue de la sorte ? Le moins qu'on puisse dire de ces véritables persécutions, n'est-ce pas qu'en faisant cela, l'Eglise s'est trompée ? Mais alors, que devient son infaillibilité en matière de foi et. de mœurs ?

4° Si l'Eglise catholique romaine est infaillible, d'où vient que certains hommes, d'une vie très honorable, à . commencer par les Réformateurs, se sont trouvés contraints par leur conscience de la quitter, au prix des plus terribles renoncements et parfois des plus grands dangers ?

5° Enfin, si l'Eglise catholique romaine est infaillible, d'où vient qu'une multitude d'hommes et de femmes ont trouvé en dehors de ses dogmes et de ses rites une certitude parfaite de leur salut, certitude qu'ils avaient vainement cherchée dans son sein ?

Vous me permettrez de dire, cher Monsieur, que

pour moi ce dernier point l'emporte sur les autres. Il m'a été donné de faire, il y a peu de semaines, une expérience directe particulièrement bénie et forte de l'amour du Christ. Je sais que par son sacrifice il m'a sauvé, moi pécheur, du jugement et de la mort, et que je suis réconcilié avec le Père céleste. Ne me demandez pas là-dessus des explications théologîques. Il me serait impossible d'en donner. Je sais seulement que j'étais mort et que je suis revenu à la vie. Comme cette expérience s'est faite sans le concours de l'Eglise qui dit : « Hors de moi, point de salut «i), et dans un moment où je n'étais plus attiré par elle, j'en conclus, qu'au moins en ce qui me concerne, cette Eglise s'est trompée. Elle n'est donc pas infaillible.

Cette lettre vous peinera. Je le regrette de tout mon cœur. Et je tiens à ajouter que je garderai toujours de vous, de votre caractère et de votre piété, le plus respectueux souvenir.

Agréez, cher Monsieur...

P.-S. — Voudriez-vous me dire quel est le vrai fondement de l'infaillibilité, d'après la doctrine catholique ? J'avoue que présentement, sur ce point, le catholicisme me semble tourner dans un cercle vicieux : « L'Eglise est infaillible parce qu'elle se dit telle, et qu'elle l'est »*

N., le 14 avril 1914.

M. X., professeur à Y. (Suisse).

Cher Monsieur,

Il y a quelque chose de fatigant, je dirais presque d'irritant, à voir que des difficultés, dès longtemps

ï) Haas, Grand Catéchisme, quest. 172-174. Pour la doctrine du corps et de l'âme de l'Eglise, comparer la troisième partie de ce livre, ch. XII.

résolues pour nous, restent insolubles pour d'autres malgré tous les efforts que nous tentons pour les aplanir. C'est le sentiment que j'ai éprouvé en lisant votre lettre.

Que vous répondrai-je ?

D'abord, dites-vous bien, Monsieur, que vous ne connaissez pas le catholicisme et que vous êtes très loin de le connaître. Que sont les petites conversations que nous eûmes jadis à X.-sur-Mer, où même les ouvrages que vous avez lus par la suite ? Avez-vous étudié les Pères ? Les avez-vous approfondis ? Et les grands théologiens du Moyen âge ? Vous êtes-vous penché sur les canons des Conciles ? La vie d'un homme n'y suffirait pas. Or il n'y a pas encore un an que vous vous en occupez. Vous n'avez pas même soumis vos difficultés à un prêtre quelque peu érudit. Et non seulement vous avez peu étudié le catholicisme, mais quand vous consacreriez vingt ans à ce travail, qu'en sauriez-vous ? C'est en embrassant le catholicisme que Newman a vu et compris beaucoup de choses qu'il ne voyait pas, et qu'il ne comprenait pas auparavant. Un autre des plus illustres parmi les convertis de l'Angleterre, le cardinal Manning si je ne me trompe, dit que les dogmes catholiques sont comme les vitraux de nos vieilles cathédrales dont on ne comprend pas, du dehors, les mystérieux dessins. Il faut être dans l'Eglise pour en saisir la signification, l'harmonie et la beauté.

Par exemple, vous me parlez des bénédictions que Dieu fait reposer sur les protestants. Je n'ai garde de les nier. Mais je vous dis : « Savez-vous les bénédictions beaucoup plus grandes que Dieu fait reposer sur les membres de la vraie Eglise, vous qui n'avez jamais été catholique ?»

Venons-en au grand point : l'infaillibilité.

Relisez attentivement ce qu'en dit Snell page 133 : « C'est douter de tout que de vouloir tout prouver. Il faut donc entendre que certains principes et certains

faits nécessitent l'adhésion de notre esprit, quoique nous soyons dans l'impossibilité de les prouver. La raison en est que leur universalité, leur perpétuité ou leur caractère d'évidence les place hors de la région des controverses. Lors donc que l'on nous demande : Comment prouvez-vous V infaillibilité de V Eglise ? notre réponse est aisée : Nous ne la prouvons pas. Nous l'admettons comme un fait, et ce fait, tel qu'il n'en a jamais existé de plus incontestable, produit notre certitude rationnelle »,

« La simplicité d'un cœur de bonne foi, dit encore l'abbé SnelP), admettra sans peine ce que les ergoteries de l'orgueil ne cesseront de contester. »

A cela je n'ajouterai qu'un mot :

Si l'Eglise n'est pas infaillible, comment Christ a-t-il pu à ce point abandonner son Eglise et permettre que s'effondrât dans l'erreur celle dont il avait dit: « Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle »?

Toujours votre très dévoué

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