SCÈNE IV
MARCIA et NIPHÉ rentrent.
MARCIA
Voyons, bonne nourrice, que feras-tu quand je serai partie?
Que veux-tu que je fasse? Ton père m'a donné sa petite métairie de Fésules, je m'y retirerai.
MARCIA
Tu quitteras Rome ?
NIPHÉ.
Ne pas te voir ici... ne pas te voir ailleurs... le supplice est pareil...
MARCIA
As-tu quelque argent, au moins?
NIPHÉ.
Vingt mille sesterces h peu près... je ne suis pas de celles qui amassent les gros pécules.
MARCIA
Non, tu es trop savante pour être riche... Vous autres Thessaîiennes, la science est votre déesse, et non pas la for tune... La richesse que vous poursuivez c'est la connaissance du passé... c'est la prévision de l'avenir... tu avais prédit la mort de mon père, Niphé... Oh ! c'est un don fatal des dieux que de voir ainsi d'avance les malheurs de l'avenir.
NIPHÉ.
Oui, c'est un don fatal quand ces malheurs ne peuvent être évités; mais, lorsqu'au contraire les dieux permettent que l'avenir nous soit révélé, pour le faire bon de mauvais qu'il pouvait être, la science augurale est un bonheur divin, une révélation sacrée.
MARCIA
Hélas ! on ne peut fuir son destin, Niphé, et toutes les révélations ne servent qu'à faire voir aux hommes le précipice dans lequel ils tombent.