‹ CatilinaChapitre 12 sur 138 · PROLOGUE, TABLEAU I · texte numérisé non relu

PROLOGUE, TABLEAU I

NIPHÉ.

Non, non, Marcia, il y a des malheurs auxquels on peut so soustraire, crois-moi.

MARCIA

Il fallait, Niphé, écarter la mort du lit de mon père, et je t'aurais crue.

NIPHÉ.

Ne pleure pas la mort de ton père, Marcia.

MARCIA

Les funérailles de celui qui m'a douné la vie ne sont pas achevées, et tu me dis de ne pas pleurer sa mort !

MPHE.

Je te dis qu'en ce moment même un nouveau malheur plane sur ta tête.

MARCIA

Aucun malheur ne peut me toucher en ce moment, où je viens d'éprouver le plus grand de tous.

MPHÉ.

Il y a des malheurs plus grands que ceux qui nous conduisent à la tombe; la mort est une des conditions de la vie. Quitte cette maison, Marcia.

MARCIA

C'est mon intention, mais pas avant d'avoir fait le partage de mes biens; je te dois une récompense, bonne Niphé.

MPHÉ.

Tu ne me dois rien, pars vite.

marcia, s'approche de la table et s'arrête.

Mais, Clinias... pauvre Clinias... qui, quoique esclave, aimait mon père... Clinias qui n'a pas quitté son maître un instant, et qui veillait au pied de son lit, tandis que nous veillions à son chevet...

MPHÉ.

Laisse-lui deux ou trois poignées d'or sur cette table; tu ne lui dois pas plus.

MARCIA

0 Niphé ! te croirais-tu payée de ton affection par deux ou trois poignées d'or ?

NIPHÉ.

Jette toute ta fortune sur cette table si tu le veux; mais, par les mânes de ton père... hâte-toi... hâte-toi...

MARCIA

Mais enfin, pourquoi partir ?

MPHÉ.

3e ne sais... j'entends une voix qui nie dit: qu'elle parte!.,, qu'elle parte!... voilà tout...

tt CATILINA.

MARCIA

Illusion.

XIPHÉ.

Qu'elle parte!... ou malheur!... malheur!... malheur!...

Mphé, tu m'effrayes!.,. (Elle descend la scène.)

NIPHÉ.

Je te dis que l'heure presse, Marcia... je te dis que le dieu m'avertit... que le dieu me tourmente... je te dis qu'il ly a un malheur dans la maison... hâte-toit... hâte-toi!... (Elle V entraîne vers la porte.)

2CÈIVE V.

Les Mêmes CLINIAS; les rideaux s'ouvrent et restent ouverts.

MARCIA

Rassure-toi, c'est Clinias. Approchez, Clinias.

C LIMAS.

Me voici.

MARCIA

Tout est donc terminé, là-bas?

CLINIAS

Tout.

marcia, soupirant.

Hélas ! quoi qu'en dise Mphé, voilà le véritable malheur. Clinias, vous avez tendrement soigné et fidèlement servi Marcius, mon père et votre maître. Vous devez être récompensé!

CLIAIAS.

Je devais servir fidèlement mon maître... je devais soigner tendrement votre père... J'ai fait mon devoir, voilà tout.

MARCIA

Que voulez-vous que je vous donne, Clinias ?

Un esclave n'a besoin de rien.

MARCIA

Le descendant d'une race illustre ne doit point parler comme un esclave ; votre aïeul avait été archoute. m'a dit souvent mon père. Demandez, et votre demande vous sera accordée.

CLINIAS

Eh bien ! restez dans la maison de votre père, et gardez-moi près de vous.

MARCIA

Pauvre Clinias ! tu me demandes la seule chose qu'il me soit impossible de t'accorder! Je ne suis plus au monde, je suis à Vesta.

Page 1