SCENE III
Les Mêmes, plus CATON, LUCULLUS el CICÉRON assis.
volens, se penchant pour regarder les nouveaux venus. Caton, ils appellent cela la vertu ! un brigand qui nous traite d'assassins parce que nous coupions des têtes du temps de Sylla! Mais, imbéciles, si nous coupions des têtes, c'est que cela nous rapportait quelque chose; on vivait dans ce temps-là, tandis qu'aujourd'hui l'on vivote.
GORGO
Caton qui fait le sobre pour avoir le droit d'être avare, qui se nourrit de raves pour avoir le droit de nous laisser mourir de faim, qui se donne l'ennui d'être vertueux pour avoir le plaisir de reprocher leurs vices aux autres. Par Jupiter, j'aime encore mieux Lucullus, il a volé celui-là, c'est vrai, et beaucoup même, mais pas à Rome, en province. (Un homme entre à gauche, parle à Cicéron et sort.)
Et puis ce qu'il a volé, ça profite au moins; on dîne chez lui, et grassement.
GORGO
Est-ce que c'est là que tu te nourris, Cicada?
Ma foi oui, c'est près de la porte Salutaire, où je demeure.
GORGO
Tu demeures donc, toi ?
Oui, au pied d'une colonne, sous le portique d'Ancus Martius; ça fait que je vois de temps en temps son descendant Julius César. Je crie vive le noble Julius César, descendant d'Ancus Martius... ça le flatte et il me donne des sesterces... c'est pour jouer aux noix... Connais-tu Julius César, toi?
GORGO
Si je le connais!... je suis son client.
On est bien nourri chez lui?