ACTE I, TABLEAU IL
GORGO
Regarde-moi... ai-je l'air d'un homme qui jeune... Et vous, Volens, chez qui mangez-vous?
volens, secouant la tête.
Oh! moi... je mange à une cuisine qui se refroidit de jour en jour. C'était cependant une belle marmite... à moitié renversée .. c'est dommage.
GORGO
De quelle marmite parles-tu ?
VOLENS
De celle d'un riche ruiné, d'un patricien h sec... de la marmite |de Lucius Sergius Catilina, mes enfants... C'était là une cuisine... j'y vais encore par reconnaissance... Et puis de temps en temps, il faut le dire, on y attrape de bons morceaux... Je devine le moment, j'arrive et je dis : Me voilà... L'autre jour il y a eu festin... Il avait fait faire une grande charse dans les Apennins par ses pâtres... On a envoyé douze chevreuils, cent lièvres, cinq cents perdrix... un dîner de gibier... Et quel vin, mes enfants... Il n'y a qu'un homme ruiné pour donner de pareils repas avec un vin si vieux.
GOi'.GO.
Oui... c'est quand il vide le fond du sac cela... mais quand lr sac est vide...
VOLENS
Ah! cesjours-là on voit venir le pauvre seigneur. Il est défrisé... il est pâle... il prend ses airs gracieux... Mes enfants, dit-il, excusez Lucius Catilina ; les créanciers ont tordu le cou à sa dernière poule. Aujourd'hui les croûtes seront dures... mais soyez tranquilles; d'ici à demain, je tâcherai d'empaumer quelque imbécile, et nous aurons un festin royal, un festin de satrape, comme il convient à de dignes Koniaius tels que vous. Seulement n'oubliez pas que si de temps en temps nous jeûnons, c'est la faute do sept ou huit gloutons qui dévorent la république. Là-dessus, comme c'est la vérité, on rit, on remercie le patron, et l'on so serre le ventre.
Bon... mais le lendemain ?
VOLENS
Quand Catilina a promis, c'est comme si l'on tenait. Quand il a il donne.