ACTE II, TABLEAU III
STORAX.
Chacun a ses petits secrets.
catflina, se levant sw sw séant.
C'est ce que je n'admets pas, maître Storax. Je vous ai sauvé la vie, vous êtes h moi... Or si votre corps seul m'appartient, ce n'est point assez... S'il ne s'agit que de votre corps, j'ai cinq cents esclaves plus beaux et mieux tournés que vous. Votre confiance, au contraire, m'est précieuse. Je vous prie donc dp me l'accorder, ou sinon je me verrais forcé, n'ayant aucun besoin de votre corps , de le rendre a Aurélia , ou même de le donner à Caton à qui ye n'ai jamais rien donné. Voyons, ce que je vous dis là fait-il effet sur vous, aimable Storax ?
STORAX.
Beaucoup d'effet.
Eh bien, voyons. (/( se recouche. )
STORAX.
Vous le voulez?
ihhhl
Absolument.
STORAX.
Vous saurez d'abord que je ne me suis pas toujours appelé Storax.
Ah!
STORAX.
Non. Du temps des proscriptions je m'appelais Quintus Pugio, j'étais tanneur.
Très -bien!
STORAX.
Sylla, vous en savez quelque chose, vous qui étiez son ami, Sylla mit un certain nombre de tètes a prix. Je n/avais pas d'ouvrage, la tête valait quatre mille drachmes. J'en coupai quelquesunes, mais honnêtement, je vous jure.
Qu'appelles-tu honnêtement?
STORAX.
C'est-à-dire que je n'imitais jamais ces ?ens de mauvaise foi, qui, pour s'épargner des recherches fatigantes, coupaient la lêtfl de leur voisin... quand celui-ci ressemblait au proscrit demandé. Non, avec moi, bon argent, bon jeu.
CVITLLNA.
C'était de la probité.
Ci CATIL1M.
STORAX.
Oui, jusque-là je sais bien, tout va à merveille... Mais voilà qu'un jour, Sylla eut la malheureuse idée de changer le mode de payement, et qu'au lieu de compter tant par tête, il se mit à acheter les têtes à la livre. Chacun alors de chercher les plus lourdes. Mes associés eurent de la chance... Les uns prirent des têtes de savants, de magistrats, les autres des têtes de philosophes... toutes têtes de poids... 11 ne me resta plus qu'un beau... qu'un élégant... un fils de sénateur.
CATILIN'A.
Tète légère, n'est-ce pas ? et que tu laissas vivre.
STORAX.
Non. J'imaginai un moyen. Je m'avisai de lui couler du plomb fondu dans l'oreille pour réparer l'injustice du sort... Je vous le disais, j'ai trop d'esprit.
En effet, j'ai entendu parler de cela... C'était ingénieux.
STORAX
N'est-ce pas?... Malheureusement la main me tourna, j'en mis trop... la tète devint si lourde que c'était invraisemblable... L'intendant après avoir payé s'aperçut de la supercherie. Sylla, qui était de bonne humeur ce jour-là, me fit grâce de la vie... mais il voulut que je rendisse l'argent. Je l'avais dépensé. On me déclara banqueroutier, et comme tel je fus mis à l'encan et vendu au vieux mari d'Aurélia Orestilla... Le mari mort, j'échus à la femme. Aujourd'hui, vous le savez... Caton recherche curieusement, pour en faire collection, les têtes de ceux qui se sont distingués dans les proscriptions. Je sais que mon trait du plomb fondu l'occupe et qu'il a fort envie de connaître particulièrement le citoyen Quintus Pugio. Voilà pourquoi tant que Caton vivra, je préfère m'appeler Storax. Auriez-vous quelque chose contre ce désir, seigneur Sergius ?
Moi, pas le moins du monde.
STORAX.
Voyez-vous, si vous êtes assez bon pour me protéger et contre Caton et contre Aurélia, je tâcherai de vous rendre à mon tour quelque service. J'ai beaucoup vu, beaucoup observé... Je sais beaucoup de choses qui, inutiles .;à moi, peuvent être fort utiles aux autres... Voulez- vous que je vous dise quelques mots de vos amis?
CATILIN'A.
Mes amis, je les connais.
STORAX.
Et vos ennemis?