PROLOGUE, TABLEAU I
SYLLA
Il sera rompu.
NIPHÉ.
Oh! demeurez encore longtemps , Sylla l'heureux, vous qui me faites si heureuse. {Elle embrasse Marcia.)
marcia, la repoussant doucement.
Niphé ! Niphé !
SYLLA
Ainsi, Marcia, te voilà réintégrée dans tous tes droits. Lorsque le temps du deuil sera passé, rappelle-toi donc, si tu vis encore, que tu as en moi un second père.
MARCIA
Merci, seigneur; mais cela ne peut être ainsi.
NIPHÉ.
Pourquoi?
SYLLA
Que dis-tu ?
MARCIA
Je dis que dans deux heures j'aurai quitté cette maison; que, légitime ou illégitime, la déesse Vesta a reçu mon serment; il fut bon à prononcer, il est bon à tenir. (L'esclave va se rasseoir et laisse tomber sa tête dans ses deux mains.) niphé, à genoux.
0 Marcia!... Marcia !
SYLLA
Je reconnais la probité du père dans la volonté de la fille; mais je te rendrai libre malgré toi, Marcia.
MARCIA
Non, vous ne ferez pas ce déplaisir aux mânes de votre ami, seigneur; vivant, il voulut me consacrer à Vesta; l'âme survit au corps; mort, il le veut toujours.
SYLLA
Réfléchis, Marcia; tu es rentrée dans tes foyers, tu as le droit d'y rester; lorsque tu auras quitté le seuil de cette maison et franchi celui du temple de Vesta, il ne sera plus temps; prends garde aux regrets, Marcia, prends garde. [Le Greclèvc la tête pour écouter la réponse de Marcia.)
MARCIA
Lorsque je quittai, il y a quatre ans , la maison de mon père pour entrer au collège des vestales, j'avais une colombe que je tenais prisonnière depuis un an seulement ; au moment de partir j'ouvris sa cage, afin de lui rendre la liberté; elles"envola d'abord joyeuse et disparut; mais, trois jours après, m'as-tu dit, Niphé,
10 CATILOA.
elle revint d'elle-même reprendre l'esclavage auquel elle était habituée; car n'ayant ni père ni mère, elle avait trouvé l'air vide et les bois solitaires. Je suis comme cette colombe , Niphé: Rome est vide, le monde est solitaire pour moi. Je retourne à ma cage ; merci , seigneur.
NIPHÉ. *
Marcia , je te supplie l
MARCIA
Quand la cérémonie des funérailles sera terminée, quand vous aurez tous ensemble pris le repas funèbre , et que moi je l'aurai pris seule , moi qui n'ai plus le droit de m'asseoir à la table des hommes , alors je rentrerai dans ma chambre pour revêtir mes habits de vestale, et je quitterai la maison.
sylla, regardant tour à tour Mphé et le Grec.
Mais tu n'es pas seule au monde , Marcia ; on n'est pas seule quand on est aimée. (Niphé supplie ; l 'esclave cache sa tète entre ses mains.)
MARCIA
Mou père a commandé, seigneur ; j'obéirai à mon père.
SYLLA
C'est votre dernier mot, ma fille ?
MARCIA
C'est ma suprême volonté , seigneur.
SYLLA
Sois respectée , Marcia , dans ta volonté suprême; mais n'essaye pas de rien changer à la mienne. Je te rends tes biens; avant ton départ tu en disposeras à ton plaisir. Tu as un testament à faire toi aussi , puisque toi aussi tu quittes le monde. Tiens , voici l'anneau que ton père m'avait envoyé en signe que j'étais son héritier. Je te le rends.
MARCIt'S NÉPOS , à AufèllUS.
Allons, allons, ma nièce n'est pas un soldat de Sylla , elle... et j'espère qu'elle n'oubliera point sa famille.
sïlla, à jViphéf en lui montrant V esclave grec. Quel est ce jeune homme là près du lit funèbre?
NIPHÉ.
Un Grec, nommé Clinias, recueilli tout enfant par mon maître, au milieu du pillage d'Athènes, où son père et sa mère furent tués.
SYLLA
Et il a vu souvent ta maîtresse, ce Clinias?
Deux fois : la première lorsqu'elle entia au collège , la seconde lorsqu'elle en sortit-