CONJURÉS
César n'est point à nous : son cœur pusillanime Ne conçoit point, amis, l'ardeur qui vous anime. Gêné dans ses désirs , lent à se déclarer. Ce n'est que du vaincu qu'il veut se séparer, Prêt à se réunir au parti qu'il méprise Pour recueillir le fruit qu'aura votre entreprise. Triomphons sans son aide, et méritons sans lui Un succès qui déjà n'a plus besoin d'appui.
Eh bien! de Cicéron vous les venez d'apprendre. Les rapides progrès dont j'ai cru vous surprendre?
II avance un aveu que j'ai dû diflerer,
El semble à nos desseins lui - même conspirer.
Mais ce qu'il n'a point dit, et qu'à sa vigilance
Cache encor le secret du plus profond silence ,
Mallius, dans nos murs secrètement conduit,
S'est des remparts de Rome approché cette nuit.
Prête à grossir l'élan de nos faibles cohortes,
Des soldats de Sylla l'armée est à nos portes.
Ces fameux conquérans , dans les travaux blanchis,
Qui pleuraient les exploits qui les ont enrichis,
Forcés, dans leur exil, à dévorer leur rage,
De leur proscription viennent venger l'outrage.
Du fond de l'Etrurie aux monts Apuliens ,
Tous ceux dont la discorde a dévoré les biens ,
Amis de Marins, victimes de Pompée ,
Tous ceux qui regrettaient leur fortune usurpée,
Qui demandaient au ciel le toit de leurs aïeux
Devenu le butin d'un soldat furieux.
Relevant dans nos champs leur superbe indigence.
De leurs libérateurs vont suivre la vengeance.
Tous ceux que du butin l'espérance enrichit ,
Que du frein du remords la misère aOranchit ,
Ou dont la pauvreté , des trésors qu'elle ignore ,
Sans espérer beaucoup a moins à craindre encore :
Ces malheureux , privés d'un aliri sous les cieux ,
Qui , partout étrangers, abondent en tous lieux ,
De leurs flots populeux viennent inonder Rome,
Rome dont aussi bien la perte se consomme,
Où de tant d'ennemis les fragiles liens
INous font des conjurés de tous ses citoyens.