SCÈNE VI
La scène représente le fond d'un souterrain. Tout en haut sur la muraille on distingue une ouverture récemment fermée. Une lampe brille faiblement.
FURIA
Enveloppée de longs voiles noirs, debout, semble écouter un bruit au lointain.
Puis, CURIUS.
FURIA
Quel est ce bruit sourd ? Il doit y avoir de l'orage là-haut,
Et ce sont les roulements du tonnerre qui se font entendre jusqu'ici.
Mais la tombe elle-même est si calme... si calme.
Suis-je donc condamnée à l'éternel silence, à l'éternel repos,
Et ne pourrai-je plus courir sur la route comme je l'aimai ?
Quelle étrange vie fut la mienne ! Quel singulier destin !
Tout arriva et tout s'enfuit comme une étoile filante ;
Catilina m'apparut,
Et aussitôt une force secrète nous rapprocha l'un de l'autre.
J'étais Némésis et lui ma victime,
Mais la catastrophe suivit de près la vengeance.
(Une pause.)
A présent il fait jour sans doute là-haut,
Et doucement je descends
De la lumière dans l'abîme,
Je le souhaite ainsi. Je voudrais que ce passage
Au tombeau ne fût qu'un essor, qu'une prise de vol
Vers le pays des ténèbres,
Et que bientôt je pusse m'approcher du large Styx.
Là, les vagues lourdes comme le plomb
Se brisent avec force contre le rivage,
Et silencieusement Caron prépare sa barque.
Bientôt je serai là, et sans paroles,
Je viendrai m'asseoir au point d'embarquement.
Alors je demanderai à chaque âme errante,
A chaque ombre vague arrivée du pays des vivants
Qui s'approchera à pas légers du fleuve funèbre,
Oui, je leur demanderai comment Catilina
CATIUNA 77
Agit là-haut parmi les vivants,
Je leur demanderai s'il a tenu ses serments,
Et à la lumière bleue
D'une torche de soufre
Je regarderai dans les yeux éteints de chaque mort
Pour voir si ce ne sont pas ceux de Catilina.
Enfin quand il arrivera lui-même je m'attacherai à ses pas,
Ensemble nous traverserons le fleuve,
Ensemble nous pénétrerons dans
Le silencieux empire de Pluton ;
Devenue ombre, je poursuivrai son ombre,
Là où sera Catilina toujours on trouvera Furia.
(Après une pause, d'une voix plus faible.)
L'air devient lourd et chaud,
Je respire péniblement,
Je m'approche donc des sombres marais
Où les fleuves infernaux s'écoulent lentement.
(Elle écoute, on entend un bruit sourd.)
Quel est ce bruit ? On dirait le battement des rames. C'est le passeur des morts qui vient me chercher ; Je l'attends... Je l'attends ici.
(Les pierres de l'ouverture fraîchement marée tombent, Curius se montre dans l'ouverture et fait sigue à Furia.)
Salut à toi, Caron. Te voilà prêt
A mener ton invitée au pays des ombres,
Je t'attends.
curius, à voix basse.
Silence ! Je viens te sauver !
Rideau.