SCÈNE I
Marche de long en large.
LENTULUS et CETHEGITS
Causent avec lai.
Non ! Non ! Je vous répète que vous ne comprenez pas vous-mOmes L'horreur de ce que vous voulez me faire accomplir. Eh quoi ! lâchement je fomenterais la guerre civile ! Je tremperais mes mains dans le sang Romain ?
Jamais, entendez-vous bien !
Dussiez-vous tous m'abandonner. Jamais!
Tu refuses, Catilina
Je refuse !
LENTULUS
CETHEGUS
N'as-tu donc pas de vengeance à exercer! N'est-il personne que tu désires punir?
Vengez-vous si cela vous plaît, vous autres,
Moi, je ne le veux pas.
Crois-moi, Cethegus, le mépris silencieux
Est aussi une vengeance,
Voilà la mienne.
CETHEGUS
Ah ! Ah !
Nous venons à une heure mal choisie,
Mais demain certainement
Tu auras changé d'idée.
Pourquoi demain ?
CETHEGUS
De singuliers bruits circulent.
Dernièrement une vestale fut condamnée à mort !
catilina, surpris.
Une vestale ! Comment ?
LENTULUS
Oui ! Oui ! Une vestale Et l'on prétend...
Que prétend-on ?
CETHEGUS
Que tu n'es pas étranger A cette mystérieuse affaire.
On me prête un rôle dans ce drame ?
LENTULUS
Hum ! On dit...
Pour nous qui sommes tes amis
Peu nous importe !
Mais le peuple, Catilina ! sera plus sévère que nous.
catilina, pensif.
Et elle est morte.
CETHEGUS
Sans doute !
Une heure de réclusion dans le tombeau des vestales coupables,
Cela suffit amplement.
LENTULUS
Tout cela n'est pas mon affaire !
Et ce n'est pas pour parler d'elle
Que je suis ici,
Ecoute-moi, Catilina ! écoute-moi sérieusement !
Tu as brigué le consulat,
Et ton avenir était lié à ton faible espoir du succès,
L'espoir évanoui, tout est fini pour toi.
catilina, pensant à Furia.
« C'est toi-même qui appelas la vengeance divine sur ta tête. »
C ATI UN A
CETHEGUS
Loin de toi ces vaines pensées !
Sois un homme ! La bataille peut encore être gagnée ;
Décide-toi hardiment!
Tu as de nombreux amis
Qui te suivront au premier signe ;
Cela ne te séduit-il pas ? Réponds-moi !
Non encore une fois !
Pourquoi voulez-vous conspirer?
Dites-le franchement.
Est-ce l'amour de la liberté qui vous guide?
Est-ce pour rendre à la patrie sa splendeur
Que vous voulez tout détruire ?
LENTULUS
Du tout !
Mais l'intérêt et l'ambition de chacun de nous,
N'est-ce pas un motif assez puissant, Catilina ?
CETHEGUS
Posséder assez d'or, pour pouvoir Jouir amplement de la vie
N'est pas chose à dédaigner, C'est mon unique but à moi Qui ne suis pas ambitieux.
J'en étais sûr. Ce sont seulement ces considérations misérables,
C'est votre intérêt seul qui vous pousse,
Non, mes amis ! Mon dessein était plus noble !
Sans doute pour obtenir le consulat
J'ai corrompu les suffrages, mais,
Croyez-le, mon but était plus élevé
Que pouvaient le laisser croire les moyens que j'employais.
La liberté des citoyens et le bonheur de tous
Etaient mon unique but,
On a méconnu mes intentions. Les apparences étaient contre moi.
Mon destin en décida ainsi,
Je n'ai qu'à m'incliner devant le sort.
CETHEGUS
Soit. Mais songe aussi à notre situation,
Tu peux nous sauver d'un terrible désastre,
Tu sais fort bien que bientôt notre existence désordonnée
Nous va réduire à la mendicité.
Arrêtez-vous donc à temps !
Moi, j'ai résolu de le faire pour mon compte.
LENTULUS
Eh quoi ! Catilina, tu vas modifier
Ta façon de vivre. Non ! Tu plaisantes, n'est-ce pas !
Par les Dieux immortels, je parle sérieusement.
CETHEGUS
Plus rien à faire avec lui !
Viens donc, ï.entulus, allons porter aux amis Cette réponse. Nous les trouverons Réunis en joyeux festin, chez Bibulus.
Chez Bibulus! Que de nuits agréables Nous avons passées ensemble chez Bibulus ! Eh bien ! maintenant finie, cette vie oisive ! A l'aube j'aurai quitté la ville.
LENTULUS
Que dis-tu ?
CETHEGUS
Tu pars ?
Cette nuit même, avec ma femme,
Je laisserai Rome pour toujours.
Je fixerai ma demeure dans les vallées de la Gaule,
Et le champ que je cultiverai me nourrira.
CETHEGUS
Tu veux abandonner Rome ?
Il le faut ! Cette vie abjecte m'étouffe,
Je puis supporter la pauvreté !
Mais lire dans le regard de chaque Romain
Le mépris et la raillerie ! Non ! c'en est trop.
En Gaule, caché et paisible,
J'oublierai le passé,
J'étoufferai mes rêves d'ambition
Qui ne seront plus bientôt
Qu'un souvenir vague et lointain.
Sois donc heureux et que la fortune te soit favorable.
CETHEGUS
Conserve notre amical souvenir, Catilina !
Comme nous garderons le tien.
Maintenant nous allons aviser les frères De tes nouvelles résolutions.
Porte-leur mon salut fraternel.
(Lentulus et Cethegus sortent.)