‹ CatilinaChapitre 12 sur 32 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Marche de long en large.

LENTULUS et CETHEGITS

Causent avec lai.

Non ! Non ! Je vous répète que vous ne comprenez pas vous-mOmes L'horreur de ce que vous voulez me faire accomplir. Eh quoi ! lâchement je fomenterais la guerre civile ! Je tremperais mes mains dans le sang Romain ?

Jamais, entendez-vous bien !

Dussiez-vous tous m'abandonner. Jamais!

Tu refuses, Catilina

Je refuse !

LENTULUS

CETHEGUS

N'as-tu donc pas de vengeance à exercer! N'est-il personne que tu désires punir?

Vengez-vous si cela vous plaît, vous autres,

Moi, je ne le veux pas.

Crois-moi, Cethegus, le mépris silencieux

Est aussi une vengeance,

Voilà la mienne.

CETHEGUS

Ah ! Ah !

Nous venons à une heure mal choisie,

Mais demain certainement

Tu auras changé d'idée.

Pourquoi demain ?

CETHEGUS

De singuliers bruits circulent.

Dernièrement une vestale fut condamnée à mort !

catilina, surpris.

Une vestale ! Comment ?

LENTULUS

Oui ! Oui ! Une vestale Et l'on prétend...

Que prétend-on ?

CETHEGUS

Que tu n'es pas étranger A cette mystérieuse affaire.

On me prête un rôle dans ce drame ?

LENTULUS

Hum ! On dit...

Pour nous qui sommes tes amis

Peu nous importe !

Mais le peuple, Catilina ! sera plus sévère que nous.

catilina, pensif.

Et elle est morte.

CETHEGUS

Sans doute !

Une heure de réclusion dans le tombeau des vestales coupables,

Cela suffit amplement.

LENTULUS

Tout cela n'est pas mon affaire !

Et ce n'est pas pour parler d'elle

Que je suis ici,

Ecoute-moi, Catilina ! écoute-moi sérieusement !

Tu as brigué le consulat,

Et ton avenir était lié à ton faible espoir du succès,

L'espoir évanoui, tout est fini pour toi.

catilina, pensant à Furia.

« C'est toi-même qui appelas la vengeance divine sur ta tête. »

C ATI UN A

CETHEGUS

Loin de toi ces vaines pensées !

Sois un homme ! La bataille peut encore être gagnée ;

Décide-toi hardiment!

Tu as de nombreux amis

Qui te suivront au premier signe ;

Cela ne te séduit-il pas ? Réponds-moi !

Non encore une fois !

Pourquoi voulez-vous conspirer?

Dites-le franchement.

Est-ce l'amour de la liberté qui vous guide?

Est-ce pour rendre à la patrie sa splendeur

Que vous voulez tout détruire ?

LENTULUS

Du tout !

Mais l'intérêt et l'ambition de chacun de nous,

N'est-ce pas un motif assez puissant, Catilina ?

CETHEGUS

Posséder assez d'or, pour pouvoir Jouir amplement de la vie

N'est pas chose à dédaigner, C'est mon unique but à moi Qui ne suis pas ambitieux.

J'en étais sûr. Ce sont seulement ces considérations misérables,

C'est votre intérêt seul qui vous pousse,

Non, mes amis ! Mon dessein était plus noble !

Sans doute pour obtenir le consulat

J'ai corrompu les suffrages, mais,

Croyez-le, mon but était plus élevé

Que pouvaient le laisser croire les moyens que j'employais.

La liberté des citoyens et le bonheur de tous

Etaient mon unique but,

On a méconnu mes intentions. Les apparences étaient contre moi.

Mon destin en décida ainsi,

Je n'ai qu'à m'incliner devant le sort.

CETHEGUS

Soit. Mais songe aussi à notre situation,

Tu peux nous sauver d'un terrible désastre,

Tu sais fort bien que bientôt notre existence désordonnée

Nous va réduire à la mendicité.

Arrêtez-vous donc à temps !

Moi, j'ai résolu de le faire pour mon compte.

LENTULUS

Eh quoi ! Catilina, tu vas modifier

Ta façon de vivre. Non ! Tu plaisantes, n'est-ce pas !

Par les Dieux immortels, je parle sérieusement.

CETHEGUS

Plus rien à faire avec lui !

Viens donc, ï.entulus, allons porter aux amis Cette réponse. Nous les trouverons Réunis en joyeux festin, chez Bibulus.

Chez Bibulus! Que de nuits agréables Nous avons passées ensemble chez Bibulus ! Eh bien ! maintenant finie, cette vie oisive ! A l'aube j'aurai quitté la ville.

LENTULUS

Que dis-tu ?

CETHEGUS

Tu pars ?

Cette nuit même, avec ma femme,

Je laisserai Rome pour toujours.

Je fixerai ma demeure dans les vallées de la Gaule,

Et le champ que je cultiverai me nourrira.

CETHEGUS

Tu veux abandonner Rome ?

Il le faut ! Cette vie abjecte m'étouffe,

Je puis supporter la pauvreté !

Mais lire dans le regard de chaque Romain

Le mépris et la raillerie ! Non ! c'en est trop.

En Gaule, caché et paisible,

J'oublierai le passé,

J'étoufferai mes rêves d'ambition

Qui ne seront plus bientôt

Qu'un souvenir vague et lointain.

Sois donc heureux et que la fortune te soit favorable.

CETHEGUS

Conserve notre amical souvenir, Catilina !

Comme nous garderons le tien.

Maintenant nous allons aviser les frères De tes nouvelles résolutions.

Porte-leur mon salut fraternel.

(Lentulus et Cethegus sortent.)

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