D'AUTRES VOIX
Nous avons mérité son mépris.
Certes oui 1
Mais, voyez-vous, quand l'heure sera venue, Il ne dépend que de vous d'eflacer cette honte ! Tout ce qui reste derrière nous, tout le passé, Nous allons l'oublier.
Bientôt une nouvelle existence va commencer.
(Avec amertume.)
Fou que je suis, d'espérer vaincre avec vous !
L'esprit de victoire anime-t-il une bande de déclassés ?
(Enthousiaste.)
Beau a été mon rêve, de superbes visions Passaient devant mes yeux rêveurs.
Je suis semblable à Icare, Dans les nuages, emporté par mes ailes. Dans mon songe, je croyais que les dieux immortels, M'accordaient des forces surhumaines Et qu'ils mettaient la foudre à ma disposition : Alors ma main saisissait dans son vol le feu du ciel Et le lançait là-bas vers la cité.
Puis quand montaient les flammes rouges, Quand enfin Rome disparaissait, Sous un nuage sanglant, Je criais d'une voix forte et puissante Qu'il fallait faire revenir Caton et ses amis. Et mille esprits accouraient à mon appel, Tous ces esprits reprenaient la vie; Et une nouvelle Rome sortait des cendres.
(S'interrornpant.)
Tout cela ne fut qu'un songe,
Aucun Dieu ne saurait faire revenir le passé
Sous la lumière du jour présent,
Les esprits ne sortent pas des enfers.
(D'un ton sauvagement sinistre.)
Eh bien ! si cette main n'a pas la force
De reconstruire l'ancienne Rome, notre Rome,
La Rome actuelle va périr,
Bientôt là où se dressent les colonnes de marbre S'élèveront vers le ciel des flammes incendiaires Et bruyamment palais et temples s'écrouleront, Le capitole tombera en ruines.
Jurez, mes amis, que vous prêterez main forte A cette œuvre de destruction.
Je me mettrai à votre tête Dites, voulez -vous me suivre?
STATIL1US
Oui, nous te suivrons.
(Plusieurs autres semblent indécis et parlent entre eux à voix basse.) (Catilina les regarde, un sourire méprisant sur les lèvres.)
lentulus, à voix basse.
Nous faisons bien de le suivre, parmi les débris accumulés Nous trouverons aisément Ce que nous désirons.
tous, en criant.
Oui, Catilina, nous voulons te suivre.
Alors, jurez sur les Dieux de vos pères Que vous obéirez à tous mes ordres.
tous, les mains en l'air.
Oui, oui.
Nous jurons d'obéir aveuglément !
Allez vous en avec précaution et séparément Jusqu'à ma maison, là vous trouverez des armes Je viendrai plus tard; vous suivrez alors Le plan que j'ai choisi.
Partez maintenant.
(Tous sortent.)
lentulus, retenant Catilina.
Vite un mot.
Sais-tu que les Allobroges
Ont envoyé des ambassadeurs au sénat
Déposer des plaintes ?
Je le sais,
Ils sont arrivés aujourd'hui même à Rome.
LENTULUS
Oui.
Si on les faisait participer à notre projet?
Avec eux, la Gaule entière se soulèverait Et nos ennemis auraient alors fort à faire.
catilina, de mauvaise humeur.
Comment! nous chercherions une alliance avec des barbares ?
LENTULUS
Elle nous est nécessaire, Nous ne sommes pas assez forts pour Pouvoir seuls gagner la victoire.
Avec l'aide de l'étranger...
catilina, avce un sourire amer.
En quelle décadence est Rome !
Dans ses murs ne se trouvent même plus Des hommes assez vigoureux Pour renverser une ruine.
(Ils sortent.)