SCÈNE V
(Les envoyés des Allobroges, Ambiorix et Allovico, sortent de la maison, sans apercevoir Furia à moitié dans l'ombre des arbres.)
Les PRÉCÉDENTS, AURELIA, AMBIORIX et ALLOVICO.
AMBIORIX
Ainsi c'est décidé ! Peut-être était-il dangereux De faire partie de cette conspiration.
ALLOVICO
Certes ;
Mais le refus du Sénat à chacune de nos demandes légitimes
Ne laissait pas ouverte d'autre porte.
Enfin, si nos amis sont victorieux,
Le succès vaudra bien le moment périlleux
Que maintenant nous allons traverser.
AMBIORIX
Oui, ainsi soit-il, frère.
ALLOVICO
La délivrance de la tyrannie romaine, Le rachat de notre liberté perdue, Tout cela vaut bien une bataille.
AMBIORIX
Par la route la plus courte il nous faut retourner chez nous,
Partout dans la Gaule, il faut semer l'insurrection ;
Facilement nous soulèverons toutes les tribus
Contre les oppresseurs.
Tous nous suivront pour se joindre avec nous
Aux troupes de Catilina.
ALLOVICO
La lutte sera dure,
Rome est encore puissante.
AMBIORIX
Il faut courir ce risque, en route, Allovico!
furia, d'une voix prophétique.
Malheur sur vous !
ambiorix, en tressaillant.
Grands Dieux !
allovico, terrifié.
Ecoute !
Cette voix prophétique dans la nuit noire.
FURIA
Malheur sur votre peuple !
ALLOVICO
Frère, c'est de là-bas
Que vient le sombre oracle. Ecoute !
FURIA
Malheur à ceux qui suivent Catilina !
AMBIOR1X
Retournons ! Sauvons-nous !
Retirons nos engagements !
ALLOVICO
Une voix nous a prévenus, obéissons à cette voix.
(Ils sortent vite à droite.)
catilina, sortant de la maison.
C'est une œuvre impossible que de vouloir renverser Rome A l'aide de cette bande de misérables et de lâches ! Quel sentiment les fait agir ? cyniquement ils l'avouent : Rien que le besoin d'argent et l'espoir du brigandage. Vraiment est-ce la peine
De faire couler le sang? qu'ai-je alors à y gagner ? Qu'obtiendrai-je ?
furia, invisible derrière les arbres.
Vengeance, Catilina !
catilina, en tressaillant.
Qui parle, qui fait sortir l'esprit de la vengeance
De son sommeil ? Cette voix, est-ce la mienne ?
Vengeance ! oui,
C'est le mot, c'est ma devise, et
Mon cri de guerre ! Vengeance sanglante !
Vengeance pour tous mes espoirs, tous mes rêves
Qu'un destin haineux a détruits !
Vengeance, vengeance pour ma vie brisée !
(Les conspirateurs sortent armés de la maison )
LF.NTUÏ.US
La nuit noire couvre encore la ville,
CA'IILLNA I47
Le moment de partir est venu !
plusieurs hommes, à voix basse.
En route.
'Aurélia sort du pavillon sans apercevoir les conjurés.) AURELIA
Mon bien-aimé, es-tu ici ?
catilina, avec 7i7i cri.
Aurélia !
AURELIA
Dis, m'as-tu attendue?
(Elle aperçoit les conspirateurs et s'approche vite de Catilina.)
AURELIA
Grands dieux !
catilina, la repoussant.
Loin de moi, femme.
AURELIA
Catilina... parle...
Tous ces hommes en armes ! toi-même aussi !
Oh ! veux-tu...
catilina, d'un ton sauvage.
Oui, par tous les esprits de la nuit Je veux une joyeuse bataille !
Vois-tu comme brille mon glaive ?
Il a soif, il a soif!
Je vais le faire boire !
AURELIA
Mon espoir, mon rêve ! il était si beau mon rêve Et c'est ainsi que je me réveille !
Silence !
Reste ou suis-nous, ma poitrine est fermée
Aux plaintes et aux larmes,
Amis, contemplez combien lumineuse
Est la pleine lune à son coucher;
Lorsque la prochaine fois
Elle se lèvera à l'est,
Des flammes étincelantes
Se marieront à ses lueurs pour dorer la ville,
Et quand dans mille ans la lune brillera encore
Sur les ruines dans la campagne déserte du Latium, Un seul monument surgira du sable pour dire Au voyageur :
Ici, fut la ville de Rome.
(11 part vite à droite, tous les hommes le suivent.)
Rideau.