‹ CatilinaChapitre 23 sur 32 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

STATILIUS, MANL1US

L'un dort à côté du feu, l'autre se promène devant sa tente.

MANLIUS

Cela est bien d'eux,

De ces jeunes et insouciants enfants,

Ils dorment aussi profondément et aussi tranquillement

Que sur les genoux d'une mère,

Dans cette forêt sauvage.

Ils se reposent comme si c'était une joyeuse journée

Qui les attend, et non une bataille.

Et peut-être pour eux ce sera le dernier jour.

statilius se réveille et se lève.

Encore en sentinelle?

Tu dois être fatigué, je vais te remplacer.

MANLIUS

Dors plutôt encore, toi. L'homme jeune

A besoin d'un sommeil bienfaisant.

Les passions fougueuses demandent un repos réparateur;

Il en est autrement quand les cheveux grisonnent,

Quand le sang circule moins vite dans les veines

Et que la vieillesse pèse sur nos épaules.

STATILIUS

Tu as raison; moi aussi, j'agirai

De même quand je serai vieux soldat endurci.

MANLIUS

Es-tu donc certain Que le destin te réserve De longs jours?

CATILINA l55

STATILIUS

Eh ! pourquoi pas ?

Qui te fait penser le contraire ?

Quelque malheur serait-il arrivé?

MANLIUS

Insensé!

T'imagines-tu que nous n'ayons rien à craindre?

STATILIUS

Notre armée a reçu d'importants renforts.

MANLIUS

En effet,

Des esclaves en fuite et des gladiateurs.

STATILIUS

Qu'importe, leur secours

Augmente particulièrement nos forces, puis toute la Gaule

Nous viendra en aide.

MANLIUS

L'aide n'est pas encore venue.

STATILIUS

Tu doutes de la parole des Allobroges ?

l56 CA.TILINA

MANLIUS

Je connais depuis longtemps

Les mœurs de ces gens-là. Enfin 1

Le jour qui va venir nous apprendra

Ce que les dieux nous réservent.

Mais, va, Statilius, et rends-toi bien compte

Que toutes les sentinelles font leur devoir.

Il faut prendre nos précautions

Contre les attaques nocturnes,

Car nous ne connaissons pas au juste

La position de l'ennemi.

(Statilius entre dans la forêt.)

manlius, seul près du feu de campement.

Les nuages s'amoncellent de plus en plus; La nuit est noire et l'orage menace; Le brouillard humide me glace.

Qu'est devenue mon insouciance joyeuse D'autrefois au milieu des batailles?

Serait-ce seulement le poids des années Qui se fait sentir? Etrange ! Hier soir, Il me semblait aussi reconnaître Le découragement des jeunes gens.

(Une pause.)

Les vieux seuls le savent,

Que ce ne fut point dans un but de vengeance

Que je me suis attaché à Catilina.

Il est vrai qu'un instant la colère m'excita,

Lorsque je compris l'injustice et le tort qu'on voulait me faire.

Mon vieux sang n'est pas encore tout à fait refroidi.

Ht de temps en temps il bout

Dans mes veines ;

Mais maintenant tout cela est oublié,

J'ai suivi Catilina, mon ami Catilina,

Par attachement pour lui-même,

Et soigneusement je veillerai sur lui.

C'est le seul homme qui vive au milieu de cette bande

De dégénérés et de misérables criminels.

Ils sont incapables de le comprendre,

Et lui est trop fier pour s'abaisser jusqu'à eux.

(11 jette quelques branches sur le feu et demeure silencieux).

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