C\PAR1US
Tu as raison, cela va de mal en pis, Et je ne sais comment tout cela finira !
CETHEGUS
A moi l'idée n'est jamais venue
De songer à la fin. Je profite du présent, Je vide chaque coupe de joie et le reste, Ah ! je m'en moque un peu !
LENTULUS
Heureux qui peut agir ainsi !
Pour moi, il m'est impossible
De prévoir avec indifférence le jour
Où il ne restera plus rien,
Oui, le jour où nous serons absolument sans ressources !
STATILIUS
Et sans espoir d'un avenir meilleur,
Il est vrai qu'avec la vie que nous menons...
CETHEGUS
Laissons cela!
LENTULUS
Le dernier héritage que je viens de faire Fut employé à éteindre mes dettes.
CETHEGUS
Loin des plaintes et des regrets !
CATILINA 3g
Suivez-moi, mes amis, venez largement boire Et noyer ainsi nos chagrins.
CAPARIUS
C'est entendu! Allons gaîment...
LENTULUS
Un moment ! J'aperçois là-bas le vieux Manlius. J'imagine que selon son habitude C'est nous qu'il cherche.
manlius, sur un ton élevé dénotant une grande irritation.
Maudits soient ces chiens misérables 1 Ils ne savent plus ce qu'est la justice.
LENTULUS
Qu'est-ce donc ? Pourquoi tant de colère
STATILIUS
Les usuriers te poursuivent-ils, toi aussi ?
MANLIUS
Non ! mais écoutez- moi. — Vous me connaissez tous,
Vous savez que j'ai lutté glorieusement parmi les soldats de Sylla
Et que pour récompense je reçus un lopin de terre.
La guerre terminée, j'ai vécu
De cette terre qui me nourrissait à peine,
Maintenant on vient de m'enlever mon bien.
Vous savez la formule, on reprend les terres appartenant à l'Etat,
Pour les partager également entre les citoyens.
C'est un vol, pas autre chose.
Le gouvernement cherche seulement
A satisfaire les appétits des siens.
CAPARIUS
C'est ainsi qu'ils tiennent compte de nos états de service. Les hommes du pouvoir osent tout!
cethegus, gai ment.
Je te plains, Manlius. — Mais ce qui m'arrive est pire.
Ecoute-moi !
La charmante Livie, ma belle maîtresse,
M'a lâchement abandonné
Au moment même où pour elle
Je venais de dépenser mon dernier as !
STATILIUS
Ton amour du luxe t'a conduit à ta perte.
CETHEGUS
La raison m'est indifférente, Je ne suis pas disposé à résister à mes désirs, Je compte au contraire les satisfaire Autant qu'il me sera possible.
MANLIUS
Moi qui ai vaillamment lutté
Pour gagner cette victoire
A qui les puissants du jour doivent tout'.
Ah ! si je pouvais !... Si mes compagnons d'armes
Etaient encore ici !
Mais non, beaucoup sont morts
Et les autres sont maintenant dispersés
Aux quatre coins du monde.
— Quant à vous, jeunes gens, qu'ctes-vous à côté de ces braves,
Vous vous inclinez jusqu'à terre
Devant les hommes du pouvoir,
Et vous n'avez pas l'énergie de secouer vos chaînes;
Lâchement vous supportez
Cette existence digne des esclaves.