‹ CatilinaChapitre 5 sur 32 · C\PAR1US · texte numérisé non relu

C\PAR1US

Tu as raison, cela va de mal en pis, Et je ne sais comment tout cela finira !

CETHEGUS

A moi l'idée n'est jamais venue

De songer à la fin. Je profite du présent, Je vide chaque coupe de joie et le reste, Ah ! je m'en moque un peu !

LENTULUS

Heureux qui peut agir ainsi !

Pour moi, il m'est impossible

De prévoir avec indifférence le jour

Où il ne restera plus rien,

Oui, le jour où nous serons absolument sans ressources !

STATILIUS

Et sans espoir d'un avenir meilleur,

Il est vrai qu'avec la vie que nous menons...

CETHEGUS

Laissons cela!

LENTULUS

Le dernier héritage que je viens de faire Fut employé à éteindre mes dettes.

CETHEGUS

Loin des plaintes et des regrets !

CATILINA 3g

Suivez-moi, mes amis, venez largement boire Et noyer ainsi nos chagrins.

CAPARIUS

C'est entendu! Allons gaîment...

LENTULUS

Un moment ! J'aperçois là-bas le vieux Manlius. J'imagine que selon son habitude C'est nous qu'il cherche.

manlius, sur un ton élevé dénotant une grande irritation.

Maudits soient ces chiens misérables 1 Ils ne savent plus ce qu'est la justice.

LENTULUS

Qu'est-ce donc ? Pourquoi tant de colère

STATILIUS

Les usuriers te poursuivent-ils, toi aussi ?

MANLIUS

Non ! mais écoutez- moi. — Vous me connaissez tous,

Vous savez que j'ai lutté glorieusement parmi les soldats de Sylla

Et que pour récompense je reçus un lopin de terre.

La guerre terminée, j'ai vécu

De cette terre qui me nourrissait à peine,

Maintenant on vient de m'enlever mon bien.

Vous savez la formule, on reprend les terres appartenant à l'Etat,

Pour les partager également entre les citoyens.

C'est un vol, pas autre chose.

Le gouvernement cherche seulement

A satisfaire les appétits des siens.

CAPARIUS

C'est ainsi qu'ils tiennent compte de nos états de service. Les hommes du pouvoir osent tout!

cethegus, gai ment.

Je te plains, Manlius. — Mais ce qui m'arrive est pire.

Ecoute-moi !

La charmante Livie, ma belle maîtresse,

M'a lâchement abandonné

Au moment même où pour elle

Je venais de dépenser mon dernier as !

STATILIUS

Ton amour du luxe t'a conduit à ta perte.

CETHEGUS

La raison m'est indifférente, Je ne suis pas disposé à résister à mes désirs, Je compte au contraire les satisfaire Autant qu'il me sera possible.

MANLIUS

Moi qui ai vaillamment lutté

Pour gagner cette victoire

A qui les puissants du jour doivent tout'.

Ah ! si je pouvais !... Si mes compagnons d'armes

Etaient encore ici !

Mais non, beaucoup sont morts

Et les autres sont maintenant dispersés

Aux quatre coins du monde.

— Quant à vous, jeunes gens, qu'ctes-vous à côté de ces braves,

Vous vous inclinez jusqu'à terre

Devant les hommes du pouvoir,

Et vous n'avez pas l'énergie de secouer vos chaînes;

Lâchement vous supportez

Cette existence digne des esclaves.

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